La démence Iphone

Ça fait sept ans que j’ai un Iphone. Ça fait six ans et demi que je m’en fous comme de l’an quarante…

On parle ici d’une époque ou presque personne, encore, ne se trimballait de téléphone intelligent. À l’époque, c’était encore le monde qui l’était. En 2007, avec une application idiote de vache qui répète ce que tu dis, tu pouvais occuper toute une tablée, au boulot, pendant vingt minutes, à lui faire sortir toutes les énormités qui te passaient en tête. Déjà, ça ne m’amusait pas tellement. J’avais une copine qui faisait la même chose au souper, sans le côté attachant de l’animal en cartoons.

C’était un temps où les détenteurs d’un Iphone le sortaient à toute les sauces, dans l’espoir d’impressionner quelqu’un. Le pire, c’est que ça marchait. Je m’en servais aussi. Je le flanquais dans les mains de la personne qui m’interrogeait à ce sujet, et je me tirais durant une heure. Anyway, le téléphone ne sonnait jamais. Chaque fois que je le regardais, je me demandais ce que je foutais avec ça. Je m’encourageais en me disant que la boussole pourrait servir, si je me perdais quelque part. S’il y avait de l’internet pour la faire fonctionner. Et le wi-fi, en 2007, c’était pas mal comme les téléphones intelligents. Fallait courir pour en trouver…

C’est à ça que servaient, déjà, les forfaits couple. Ma blonde en voulait absolument un, et comme elle ne connaissait personne qui avait le sien, son chum allait s’en acheter un aussi, pour pouvoir essayer les applications qui ne fonctionnaient qu’entre Iphone. Misère… Le forfait a duré pas mal plus longtemps que le couple, maintenant que j’y pense.

On s’entends: c’est de la magnifique technologie. Ce l’était, et ça l’est toujours, même si on est devenu blasé. Je me souviens que ma grand-mère de 80 ans s’était exclamée que c’était de la magie, quand j’avais déposé ça sur la table, devant elle. Je me souviens aussi toutefois que ce qui l’impressionnait le plus, c’était que sa photo apparaisse sur l’écran, lorsqu’elle appelait… Elle m’appelait beaucoup plus souvent lorsque j’étais chez elle qu’à la maison.

Comme tous les nouveaux propriétaires, j’ai téléchargé des tonnes d’applications, la plupart totalement inutiles. Des jeux pas trop mal. Des jeux totalement idiots. Wikipédia pour me donner bonne conscience en lisant quelques articles, après avoir passé vingt minutes à trancher des fruits d’un coup de doigt, ou balancé des indigènes à l’eau dans une île où j’étais un Dieu. De temps en temps, par accident, je tombais sur quelque chose d’utile, comme des plans interactifs, pour mes voyages, mais c’était rare… Quelques jeux de sociétés pour les longs trajets de bus à deux, peut-être, mais les applications qui produisaient des bruits incongrus ou les vieilles versions de street fighter étaient en majorité. C’est à ce moment que j’ai compris une vérité essentielle, que l’on a eu l’occasion de constater depuis, de façon généralisée.

Si tu étais intelligent au départ, le téléphone du même genre pouvait effectivement servir ta cause. Si tu étais con, ça n’allait certainement pas s’arranger…

Et les accidents de circulation avaient pourtant depuis longtemps éliminé les gens assez stupides pour texter au volant avec leur vieux téléphone qui flippait, et sur lequel il fallait appuyer trois fois sur le 2 pour obtenir un C…

Les années ont passé. J’ai cesser de télécharger. J’ai oublié mon mot de passe pour l’app store, et n’ai pas tenté de le récupérer. La carte de crédit associée au compte est venue à échéance, et je ne l’ai pas renouvelée. Je ne savais jamais à quel point mon téléphone était plein, sinon qu’à chaque fois que je tentais de synchroniser, mon ordi et lui s’engueulaient et ne finissaient pas le boulot. Je l’ai toujours. Je m’en sers toujours, et ça demeure pratique quand, dans un bar,  vous êtes six à avoir le nom d’un acteur sur le bout de la langue. Pratique pour avoir accès au net, et prendre tes messages facebook, une autre application qui ne bouffe pas du tout ton temps et le mien de façon inutile…

Ça reste utile, et je me dis qu’au moins, aujourd’hui, on a cessé de perdre du temps à admirer celui des autres…

Mais…

Quand je vois un clown avec un Iphone 5 en poche faire la file trois jours durant, sous la pluie, pour obtenir le Iphone 6, je ne peux conclure qu’à la démence. Ça a été dit un million de fois, mais c’est le même téléphone, bordel! Je suis passé du 1 au 4, et j’ai à peine senti la différence, alors s’imposer ça pour un écran plus grand? Pourquoi? Parce que c’est le dernier modèle? Mais l’ami, il y aura un Iphone 15, un de ces quatre (il fera la vaisselle et te bordera, en te traitant de geek pour t’exciter…) et tu ne comptes pas tous les acheter en chemin, si?

Et vraiment, si ce qui te vient à l’esprit est Pourquoi pas???, tu souffres, mon frère… Tu souffres…

À des fins totalement inutiles et pas tellement scientifiques, je me suis amusé, un soir où une bouteille de whisky s’était par inadvertance renversée dans nos verres, à balancer, avec un ami, mon premier modèle d’Iphone contre un mur. Je m’en suis lassé après quelques fois (fallait tout de même aller le rechercher!), et il est toujours entier.  Pas une marque.

Ça fait deux fois que je craque la vitre du modèle 4 en éternuant, et j’exagère à peine.

Ils les font de moins en moins solides..

Nos cerveaux également.

Advertisements

One Comment Add yours

  1. Valérie Laroche dit :

    Très bon texte!

    J’aime

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s