Crackpot inc.

Quand je vois que des experts vont débattre, au procès de Luca Rocco Magnotta, de son état mental, j’ai l’impression d’être moi-même devenu fou. Nécessairement, je le suis, ou ils le sont, parce que pour moi, un débile qui découpe un pauvre type en pièces, se filme en train de le faire, et le met ensuite à la poste ne peut être qu’un malade mental. De première bourre, j’ajouterais…

Le problème, vu notre système de justice, c’est que c’est payant, d’être fou. On s’en tire bien, en se cognant la tête sur les murs et en proclamant qu’on est le fils de la Vierge Marie, ou la réincarnation de Raspoutine. C’est tout bénéfice, de tuer quelqu’un et de mordre ensuite un chien, en soutenant qu’il vous a insulté. C’est gagnant, de se la jouer Jack Nicholson dans Fly over a cuckoo’s nest. Ou Jack Nicholson dans une bonne moitié des rôles qu’il a tenu, tant qu’on y est. Dans le pire des cas, si on ne vous croit pas, c’est la prison. Vous y alliez, de toute façon… Si on vous accorde le bénéfice du doute, toutefois, bienvenue à l’hôtel…

Le problème n’est pas dans la classification, mais dans ce qu’on fait de nos crackpots, par la suite. Je ne peux m’empêcher de penser à Andrei Chikatilo, le Boucher de Rostov, un tueur en série sur lequel les Russes ont fini par mettre la main, au début des années ’90. Après cinquante-deux meurtres de femmes et d’enfants (il en avouait pourtant cinquante-cinq!), dont il avait consommé (oui, oui…) certaines parties, mon neveu de sept ans aurait pu lui servir d’avocat et plaider la folie. Est-ce que nos amis soviétiques sont allés dans cette direction? Non. Il était coupable. Il avait avoué. Après une parodie de procès, ils l’ont trainé dans une cave humide d’un immeuble gouvernemental et lui ont simplement tiré une balle derrière la tête. Bon débarras. C’est mon avis et je le respecte, comme disait l’autre…

Magnotta est coupable. Magnotta a avoué.

Nous? On en fait un cirque. Nous? On en tire du divertissement. Nous? On fait survivre le Journal de Montréal, avec une histoire comme celle qui se déroule présentement. C’est à cet endroit précis que devrait se terminer la liberté de presse. Aucun accès, point. Pas d’articles sur le sujet, pas de journalistes autorisés à assister à l’audience, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs. Si vous considérez le meurtre du pauvre Lin Jun comme de la nouvelle, vous n’êtes pas journaliste, de toute façon. Vous êtes charognard. La marge est mince, je sais, mais elle est là. De la presse, c’est exactement ce Magnotta recherchait…

Mais non. Ça amuse le bon peuple, ce genre de conneries. Le bon peuple qui réagit à peine, en apprenant que 375 000 de nos dollars durement gagnés ont été nécessaires pour ramener cet enfoiré d’Allemagne, quand il s’est sauvé. Sans parler de ce que ça nous a coûté en flics, en frais de justice, de prison, de sécurité. Il était effectivement important de l’arrêter et de le rapatrier, pour ne pas perdre la face, mais dans un CC150 Solaris? Avec traiteur? Entouré de représentants de  »l’Ordre », alors que je pourrais le casser en deux d’une seule main, tant il est rachitique? N’importe quoi. L’attacher au train d’atterrisage d’un tout petit avion aurait suffi, à mon avis. Par le cou.

Et si vous me trouvez trop dur, sachez que personnellement, je l’aurais simplement mis à la poste, lui aussi.  En plusieurs paquets.

Et Guy Turcotte, me direz-vous? Fou? Je ne sais pas. Con? Assurément. Plus que notre système de justice? Je ne crois pas que j’irais jusque là. Qu’il ait pu passer un seul jour hors de prison depuis les meurtres de ses enfants dépasse l’entendement. Être ministre de la justice, je laisserais un membre de la famille Gaston le visiter chaque soir derrière les barreaux, armé d’un bâton de baseball. On s’éviterait les frais d’un procès. Parce qu’on en a déjà payé un, vous voyez, qui a été une vraie farce… Et comme la justice n’a pas fait son boulot, on s’apprête à en payer un second. Pendant ce temps, le gouvernement cherche où couper de l’argent…

Et Turcotte, servir d’aidant naturel? Je serais inquiet en calvaire si cet homme s’occupait de moi… Allez savoir quand il lui prendra une petite soif d’Antigel…

Je ne suis ni flic, ni juge, ni avocat (j’ai quand même un peu de respect pour moi-même…). Je ne suis que le citoyen lambda, qui en a marre de voir la Justice, la vraie, être ridiculisée sans arrêt par les pires criminels, alors que nos prisons débordent de petites frappes. Je ne suis que le gars qui se demande pourquoi c’est le Québec qui paie pour tout ça, alors que ni le meurtrier, ni la victime ne sont d’ici. Et question justice, dans un cas comme celui-là, je laisserais avec plaisir la Chine s’occuper de Magnotta… La sentence vaudrait le coup d’oeil. C’est là, qu’on devrait faire entrer les journalistes. Uniquement pour montrer aux cinglés en liberté ce qui leur arrivera s’ils passent à l’acte. Les exécutions, en pareil cas, devraient non seulement être remises à l’ordre du jour, mais être publiques, comme à l’époque. C’était l’idée, dans le temps: servir d’exemple. Et les meurtriers devraient être mis à mort de la même façon que leur(s) victime(s). Je supporte les droits de l’Homme pourtant. Je crois seulement que certains actes vous font sortir de cette catégorie. Personne ne me fera croire qu’un type capable de poignarder des enfants est un homme, cinglé ou pas.

Car oui, malgré ce que pense la loi, il y a différents types de meurtres, et certains sont plus crapuleux que d’autres. Les sentences devraient être distribuées en conséquence. Non, Robert Latimer, qui a mis fin aux souffrances de sa fille en Saskatchewan, ne sera jamais à mettre dans la même catégorie que Guy Turcotte, mais notre système pense autrement. On est mous. On est pathétiques. Et le pire? On s’en fout, du moment que le journalisme-poubelle nous donne des détails bien sanglants…

Une sentence-bonbon, pour un juge, ça n’existe pas. Il n’y a que des sentences. L’avis de la population n’est qu’un avis, et compte pour du beurre…

J’ai même eu l’occasion de le constater de visu, il y a dix ans. C’était une journée comme une autre. Puisque personne n’est parfait, j’habitais alors Longueuil. Je voulais faire une surprise à ma blonde, pour notre premier anniversaire, en lui offrant la clef de mon appart’. Je suis allé faire tailler un double à la quincaillerie près de chez moi. La dame au comptoir était aimable, a fait le boulot, et je suis reparti, sans pouvoir me défaire de l’impression que je l’avais déjà vue quelque part. La mère d’un ami? Un ancien prof en réorientation de carrière? Une collègue depuis longtemps oubliée? Je mentirais si je disais que j’y pensais encore, une fois revenu chez moi.

Deux mois plus tard, j’ai eu ma réponse. En pleine page du journal.

C’était Karla Homolka.

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