Vos enfants seront astronautes

on

-Je veux être programmeur de jeux vidéos, plus tard, me confia un jour le fils d’une de mes exs.

La réponse de la mère, automatique ou presque, en provenance (malheureusement) de la cuisine:

-Oublie ça; tes maths font déjà dur et t’es juste en secondaire 1…

Je m’étouffe presque. À moitié parce qu’elle n’a jamais su cuisiner, mais surtout, surtout, parce que je n’en reviens pas. Aucune empathie, mais surtout, aucune psychologie. Je souffle au gamin:

-Ta mère ne pourrait sans doute pas, et moi non plus, mais toi, tu peux, si tu y mets l’effort. Tu as le temps devant toi, alors commence immédiatement. Va chercher ton livre de maths.

Un grand sourire s’épanouit sur son visage, et il détale en courant. Pas génial de contredire l’avis maternel, je sais bien, mais il fallait rattraper une telle connerie. Ne jamais, jamais dire à qui que ce soit, et encore moins à un enfant, qu’il ne pourra jamais atteindre un but qu’il s’est fixé. Même si c’est irréaliste, ce qui n’était pas le cas avec celui-ci. Lorsque cela le sera, il le réalisera seul, et aura appris quelque chose en chemin. Quelque chose d’autre que le peu de support apporté par son entourage.

Si votre fils vous dit qu’il veut devenir Youppi, au centre Bell, vous hochez la tête. C’est oui. S’il veut se partir un bar, c’est oui, et vous lui offrez un livre sur les cocktails (mais surveillez tout de même le niveau de vos bouteilles). S’il veut devenir policier, c’est oui (je déconseille d’offrir immédiatement le pistolet), et allez dans une autre pièce, pour pleurer. Il veut devenir danseur de ballet? Vous avez intérêt à avoir l’esprit large, car éventuellement, il vous annoncera autre chose, qui vous plaira peut-être encore moins…

Vous saisissez le principe. Rien n’est impossible. Jamais. À personne. Et si vous, vous n’avez pas réalisé vos rêves, ce n’est pas le problème de votre gamin; c’est le vôtre. Vous n’y avez pas mis assez d’efforts, et essayez donc de vous rappelez pourquoi. N’était-ce pas, justement, parce que personne ne vous encourageait? Et si votre enfant se plante, malgré vos encouragements,  l’échec sera peut-être dur à prendre, mais il se rappellera d’une chose: vous étiez derrière lui.

Je revois la tête de mes parents, le jour où j’ai annoncé qu’on venait de m’accepter à l’Option-Théâtre de Saint-Hyacinthe. Ils m’ont regardé. Ils se sont regardés. Ils m’ont regardé de nouveau, et ils ont soupiré. Jusque là, ce n’était qu’une idée. Désormais, c’était du tangible: leur fils voulait (et veut toujours) devenir acteur. Mes parents n’ont jamais été du genre spécialement encourageant, mais j’ai beau chercher, je ne peux me souvenir d’une seule fois où ils m’ont découragé de faire quoi que ce soit. J’étais irresponsable. J’étais paresseux. Je n’avais jamais été, par ma facilité à assimiler ce qu’on m’enseignait, préparé à travailler fort. J’avais du talent, mais aucune idée de la manière dont on me pousserait à l’exploiter. Bref, j’allais m’éclater la gueule dans le mur; c’était garanti. Est-ce qu’ils me l’ont dit? Non. Ils m’ont donné les moyens d’essayer. Aujourd’hui, je me souviens à peine de Saint-Hyacinthe, mais je me rappelle que même si les moyens dont je viens de parler étaient trop limités, par rapport à ce qu’il me fallait vraiment, mes vieux ne le réalisaient pas, et me donnaient beaucoup plus que ce qu’ils avaient eux-même reçu: rien.

Vos enfants sont des éponges, et ils absorbent, actuellement. Un jour, leur boussole intérieure se fixera définitivement sur une direction bien particulière. Ils auront besoin de vous, ce jour-là, pour hocher la tête et dire oui. C’est tout ce qu’ils demandent. Vous êtes les piliers de leur univers, et une simple fissure apparente, dans l’un de ce piliers, suffit souvent pour ébranler la solidité de l’édifice qu’ils construisent.

Réfléchissez un instant. Et si la mère de Neil Armstrong (l’astronaute, là, pas le cycliste, et encore moins le joueur de trompette…) l’avait convaincu qu’il était trop idiot en maths pour devenir ce qu’il est devenu? Peut-être qu’en ’69, c’est un dénommé Packard, ou Barbenstein, qui aurait mis le pied sur la lune. Au lieu d’ Un petit pas pour l’homme, mais un bond de géant pour l’humanité, on aurait peut-être eu droit à: Bon ben, c’est ça qui est ça; on est arrivés… Vous voyez le pouvoir que vous avez sur le monde?

Et si la mère du Docteur Pasteur avait voulu qu’il devienne fermier? Que la famille d’Aznavour en avait fait un avocat? Que celle de Stephen Harper en avait fait un arpenteur? Ouais, j’aurais préféré, aussi, mais ils l’ont appuyé, que voulez-vous…

Et si le père de Van Gogh avait eu en horreur qu’il devienne peintre? Ah, oui, il avait ça en horreur, et l’a foutu dehors trois fois pour cette exacte raison… Mon point, d’ailleurs: que vous le vouliez ou non, ils deviendront ce qu’ils veulent devenir, alors autant vous joindre à eux… Le frère de Van Gogh, Théo, l’avait compris, et il s’est ruiné, toute sa vie, pour faire vivre l’artiste. Sans lui, aujourd’hui…

Et si Hitler était effectivement devenu peintre, comme il le souhaitait tant, vers la fin de l’adolescence? Qu’une famille aimante l’y avait fortement encouragé? Je vous laisse y réfléchir…

Alors si votre fils vous annonce qu’il veut entrer en politique et représenter la CAQ, vous dites quoi? Vous dites non, bordel! Vous êtes cons ou quoi?

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s