La ronde des poires

Vous avez élu des imbéciles. Non, pas nous. Vous. Après avoir déménagé quatre fois en un an, j’avais perdu le Directeur des élections depuis un moment, quand sont arrivées les dernières. Je vous aime quand même, là… C’était comme de choisir entre du foie et du boudin, de toute façon. Non, je n’ai pas dit qui était le boudin; ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit… Après tout, j’habite dans une ville tellement déconnectée de la politique que sa population a élu deux députés de la CAQ, alors…

Je vous entends d’ici: il n’a même pas voté et il chiale sur les résultats!!! Tut-tut-tut!!!  J’ai participé! J’étais même l’attaché de presse d’un candidat du PQ que je ne nommerai pas, et qui s’est planté dans les grandes largeurs. Même le gars du parti vert s’en est bien tiré, en comparaison… Je voulais m’impliquer, et me créer un réseau, dans une ville où je venais de m’installer. Le directeur de campagne était un ami de mon ex, et allait, selon elle,  m’aider à m’en ériger un. Apparemment, il n’était pas plus doué pour ça que pour diriger une campagne. J’ai rarement vu un tel fiasco, et je m’intéresse à la politique depuis que j’ai douze ans…

Mon ami Marc et moi avons suivi la soirée des élections fidèlement. On s’est envoyés des textos, de plus en plus incrédules, tout au long de la soirée.

Ben voyons…

Ben voyons donc!

Ben voyons donc, calice!

Quessé ça???

HEIN?

Je reviens; j’ai besoin d’une autre bière!

Comment ça, les libéraux majoritaires? Je passe au bourbon!

On savait bien que matante Pauline ne pourrait ramener le PQ majoritaire. Ou même minoritaire, même si après un coup comme la vague orange de 2011,  il est toujours permis d’espérer n’importe quoi, en politique, au Québec.

Et c’est exactement ce que nous avons eu: n’importe quoi.

Mais bon, on le savait, qu’on aimait le ridicule. Il n’y a qu’à regarder François Legault. Ou Option Nationale.

Matante Pauline était déconnectée. Trop fière d’être la première Première Ministre pour réaliser qu’elle avait dépassé depuis longtemps son seuil de compétence. ‘Y avait juste personne d’autre pour faire la job. Ce n’est jamais une raison suffisante. Quand tu ne te trouves pas d’électricien pour faire le filage, chez vous, tu ne vas pas te chercher un plombier…

De plus, Matante Pauline se l’est fait dire, ce soir-là, alors ne tapons pas trop sur le clou. La pauvre est retournée à ses millions, son manoir, et sa vie bien pénible…

De plus, depuis dix-huit mois, c’était tellement n’importe quoi que même moi, j’ai pensé que Couillard ne pouvait faire pire. Je ne suis toujours pas convaincu que ce soit le cas, d’ailleurs, mais j’ai confiance en notre Premier Ministre pour descendre encore plus. Ce n’est pas tant qu’il soit incompétent. C’est simplement qu’il agisse comme tel, et s’entoure de gens qui le sont réellement…

Pendant qu’on parle de son entourage, réglons une affaire tout de suite. On le sait, viarge, que le fait que Gaétan Barette pèse trois cent livres n’a rien à voir avec son intelligence. On le sait! Mais on ne parle pas du ministre des transports, ici! On parle du ministre de la santé! SANTÉ! C’est comme si j’allais placer un type qui a fait six faillites à la tête du ministère des finances! Ou comme si on me nommait directeur de votre banque! En plus, ce n’est pas exactement comme s’il était particulièrement compétent…

Quant à l’autre moineau, là, Bolduc… Seigneur… Il a beau avoir publié un petit recueil de poésie, ça n’en fait apparemment pas un intellectuel, hein? Trop de livres? Sa déclaration est arrivée pendant la mode du Ice Bucket Challenge. J’aurais volontiers payé sa contribution, uniquement pour que quelqu’un lui verse un seau d’eau glacée sur la tête. Pas pour la cause, là… Juste pour le réveiller. Parlez-moi de promotion de la culture…

Et sincèrement? Ils sont tous à mettre dans le même sac. PL, PQ, CAQ… Avant toute chose, ils veulent leur bien. S’ils ont le temps, ensuite, peut-être, ils nous voleront le nôtre…

La seule chose encourageante, pour moi, était que les candidats étaient tellement riches qu’ils ne pouvaient, décemment, en vouloir personnellement à notre argent. Après tout, ça doit faire un sacré bout de temps que l’un des trois chefs de parti des dernières élections a compilé le prix de ses articles, à l’épicerie, avant de se rendre à la caisse, pour être sûr d’arriver. Des déconnectés. Comme la présidente du mouvement Desjardins, qui nous assure que l’austérité est un passage obligé, alors qu’elle gagne près de quatre millions par an. Le cas de misère de la semaine…

Je comprends la population d’avoir voté pour Couillard. Je pensais jamais dire ça. Quels autres choix? Marois, qui venait de nous prouver durant dix-huit mois qu’elle n’était absolument pas taillée pour ce poste, mais qui s’est accrochée jusqu’à ce que ses électeurs bottent son cul de pacha dans son propre fief? Legault, qui nous rabâchait à chaque discours qu’il avait créé une compagnie d’aviation aussi pathétique qu’Air Sardines? Québec Solidaire, pour voir Khadir devenir ministre et l’entendre encore plus, même si j’ai le plus grand respect pour Mme David (j’aime son nom; j’y peux rien…)? La vérité, c’est que seul Couillard avait à peu près l’air de savoir ce qu’il faisait. L’air. Faites pas cette face-là… Vous avez vu comme moi sa majorité. Vous y avez probablement contribué.

Depuis, on coupe à tout va. Aux endroits précis où on ne devrait pas couper. Dans l’éducation. Dans les soins. En santé mentale. Dans le communautaire. Ça me tue. Mais pour financer des amphithéâtres, ça on en a de l’argent. Donnez-leur du pain et des jeux…

Petite lumière au bout du tunnel: PKP. Non, je ne vais pas embarquer dans la polémique de son bloc d’actions de Québécor. Ce que Péladeau a proposé de faire, cette semaine, me satisfait, en la matière, et les hauts cris de Lisée, de Bonnardel, et autres opportunistes, m’annonce seulement qu’ils ont vachement peur du grand méchant PKP, qui les balaierait d’un revers de main, en élection. J’ai travaillé quelques mois, chez Quebecor. Un boulot insignifiant, mais qui me le faisait croiser deux ou trois fois par jour. Péladeau est un chic type.  Gêné, mais plutôt agréable, pour un milliardaire. J’ignore ce qu’il vaudrait comme Premier Ministre, mais on est descendu si bas, depuis dix ans, qu’un singe sur la morphine ne pourrait faire pire, anyway. Il commence à peine son premier mandat, mais il a déjà l’étoffe d’un chef. Il soulève les passions. Il inspire. Ça faisait longtemps, très longtemps, qu’on n’avait pas vu ça, dans le coin, habitués que nous sommes à toujours voter pour le moins pire. Au milieu du foie et du boudin, on nous sert enfin du steak…

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai envie d’être inspiré. Envie de voir quelqu’un se démarquer du lot.  Envie d’être dirigé par un homme que je respecte. Par quelqu’un qui, à la tête d’une compagnie de plusieurs milliers d’employés, prenait le temps de saluer le gars qui livrait le courrier à son bureau. Ça me plairait. C’est loin, tout ça, mais il y a un espoir.

Et de l’espoir, en politique, au Québec, c’est rare…

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