One-man-show

Personne, enfant, n’imagine que sa vie sera plate. Je ne dis pas que la mienne l’est, là, même si ça m’arrive de le penser. Je ne dis pas que la vôtre l’est, non plus, même si nécessairement, certains d’entre vous sont de cet avis aussi. Je suis juste frappé, de temps en temps, par le fait que les choses n’auraient pas dû se passer comme ça. Que ce n’était pas le Plan.

Quand un adulte nous demandait ce qu’on allait faire, dans la vie, on annonçait une certitude:  Ingénieur! Prof! Policier! Thanatologue! Vous pouvez rigoler, mais j’avais un type dans mon cours de français, Paul-André, qui, à quinze ans, se destinait effectivement à s’occuper des cadavres des autres, sans même que sa famille soit dans le business des pompes funèbres. Je le trouvais un peu étrange, le gars, mais il savait au moins où il s’en allait. Pour certains, le doute n’était même pas permis. Mylène, la plus brillante de la bande, voulait devenir médecin. Personne ne doutait qu’elle y parviendrait. En faisant quelques recherches, avant d’écrire ce billet, j’ai tapé son nom sur Google, alors que je n’avais pas pensé à elle depuis plus de dix ans. Elle est devenue médecin. À moins d’un kilomètre de l’endroit où on étudiait. Je n’ai pas été surpris. Elle avait déjà, à quinze ans, un caractère trempé dans l’acier. Pour la plupart d’entre nous, les choses se sont déroulées autrement…

Nous avions des plans. Je voyagerai! Je vais aider les pauvres! Je vais braquer des banques! Je vais guérir le cancer! J’ai l’impression que celui qui avait dit ça a dû se perdre en chemin. Celui qui voulait braquer des banques, par contre, a tenu parole. Il s’en est fait trois, avant de finir à Bordeaux.

Je me souviens d’une jolie blondinette, pas spécialement brillante, qui avait répondu en disant: je vais être heureuse. Tout le monde l’avait regardé de travers. Je l’avais trouvée fantastique. J’espère qu’elle y est parvenue.

On se voit tous, nécessairement, comme les héros d’un film. Le nôtre. Personne ne s’imagine qu’il va être laissé derrière, puisque tout ceux qui nous entourent ne sont que des personnages secondaires de notre épopée-fleuve. Importants, mais secondaires. ‘Pourront toujours postuler pour l’Oscar du second rôle, mais après avoir contribué à faire une réussite de notre histoire, pas avant! Comme tout le monde se dit ça, toutefois, et que personne ne veut jouer sur les lignes de côté,  je vous dis pas le bordel sur le terrain…

On vieillit, finalement. On se rends compte qu’on n’apparaît plus sous notre meilleur jour, parce qu’un éclairagiste s’est tiré, ou que la maquilleuse sniffe de la coke et butche la job, par moment. Certains acteurs se poussent du plateau, trop occupés par leur propre film, et la distribution devient bancale, pendant un temps. La beauté fatale du casting file avec un autre acteur. Le syndicat des techs se met en grève. Avant même que l’on ne comprenne, tout se barre en couille…

On réalise subitement qu’il ne s’agissait pas d’un film sur notre vie, en fin de compte. Plutôt une fresque, avec des milliers, des millions d’acteurs, tous centrés sur leur rôle, et la plupart, inconscients jusqu’à la fin de ce que vous venez de réaliser à force de vous prendre des tuiles sur la tête. Il ne va pas nécessairement vous arriver des tas de trucs biens, pour entretenir l’histoire. Vous n’êtes peut-être pas, contrairement à ce que vous pensiez, le réalisateur, mais pas moyen pour autant de mettre la main sur ce salopard, pour demander des éclaircissements.

Ça vous frappe, d’un coup:  vous n’allez peut-être pas pouvoir faire ce que vous pensiez de votre vie. Certains, peut-être, mais pas tous. On ne vous laissera pas faire. Pas vous, en tout cas, selon toute vraisemblance. Vous êtes une toute petite fourmi dans la fourmilière. Le mieux que vous puissiez espérer est de ne pas vous faire marcher dessus. Pas trop souvent, en tout cas…

Tout ce temps, vous jouiez au 6\49 en croyant réellement à vos chances. Désormais, vous savez votre billet noyé dans la masse. Vous étiez unique, mais vous voilà au milieu de la foule. Et si vous poussez votre introspection toute neuve assez loin, vous comprenez que certains méritent plus que vous ce que vous désiriez: un scénario de vie intéressant, bonifié de scènes de cul régulières.

C’est un dur constat. Pendant un instant, vous souhaitez presque d’être demeuré inconscient. Après tout, ceux qui n’ont pas réalisé ont l’air heureux. Comme le dit Winston Groom: c’est très amusant d’être un imbécile lorsque personne ne vous regarde… On ne peut pas remettre la pâte à dents dans le tube, en la matière. Lorsqu’on devient conscient des gens qui nous entourent, et qu’on les voit réellement, impossible de se centrer à nouveau sur son petit nombril. J’ai essayé; perdez pas votre temps…

La solution est là, sous votre nez, et vous ne la voyiez pas, parce que vous mettez l’emphase sur vos désillusions. Ma solution, en tout cas, et vous en ferez ce que vous voulez… Ça fonctionne pour moi, c’est tout.

Devenez le second rôle, dans le plus de films possibles, que vos proches aient ou non compris qu’ils ne faisaient pas un one-man-show. Soyez celui ou celle sur lesquelles vos vedettes se reposent. Faites les bien paraître. Devenez essentiels, ou à tout le moins aussi essentiels qu’il est possible de l’être dans le monde d’aujourd’hui.  Ne pensez pas trop à vous; c’est comme ça que vous vous êtes retrouvés à travailler sur un plateau vide. Donnez-vous. Ne comptez pas. Faites même de la figuration, en aidant des gens que vous ne connaissez pas, de temps à autre. Vous serez étonné de voir votre propre scénario prendre du mieux. Puis devenir intéressant. Même les scènes de cul pourraient être au rendez-vous, car un bienfait n’est jamais ignoré. Contribuez au bonheur des autres. Ça ne coûte rien, je vous assure…

Si vous le faites, il est bien possible que vous réalisiez, un jour, que vous êtes redevenu le héros que vous souhaitiez être au départ. Que votre rôle est plus étoffé, et plus enrichissant. Que vous avez appris à être heureux, sans même vous en rendre compte. Sans même penser à vous. Vous allez comprendre que le bonheur attire le bonheur (et les jaloux, je sais, mais envoyez-les se faire foutre; vous n’êtes pas devenus un saint, non plus…). Que le bonheur est sexy, et a ramené toute l’équipe technique sur votre plateau. Vous paraitrez bien aux seuls yeux qui comptent: les vôtres. Vous vous aimerez, et le bonheur commence à cet endroit précis. Donnez-vous des raisons de vous apprécier.

En un mot comme en cent, soyez gentils. Aimez-vous les uns les autres. Et ne vous arrêtez pas au fait que le dernier gars qui a conseillé ça a fini cloué sur un 2X4.

Mon père n’était pas le genre à donner des conseils. Du tout. Il prônait plutôt de se mêler de ses affaires. Il l’a fait en deux occasions, toutefois, et je m’en souviens d’autant mieux.

Le premier conseil était de garder profil bas en toute circonstance. Celui-là n’était pas pour moi, même si je dois avouer que j’aurais eu une vie plus facile en le suivant. Too bad…

J’ai enregistré le second, toutefois. Un jour, il m’a dit:

-Pose des questions aux gens que tu rencontres. Fais-les parler d’eux. Même le pire des trou-de-culs a une histoire à raconter, et il a besoin de la raconter. Fais-les parler d’eux, et ils t’aimeront.

Allez-y. Mettez les autres de l’avant. Commencez maintenant. Ils vous aimeront aussi…

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