Heille le gros!

Ben oui, c’est à toi que je parle! À toi, pas aux quatre personnes qui se cachent derrière toi tellement t’es large… Viens lire ça, ça pourrait t’intéresser. Passe le mot à un ou deux maigres, aussi, parce qu’inévitablement, en vieillissant, ça pourrait les concerner aussi.

En passant, l’emploi du masculin, dans le cas présent, n’est qu’une question de sécurité. Parce que comme vous le savez, appeler un chat un chat, ou plus exactement appeler une grosse, une grosse, c’est pas de santé!

Je regardais le vidéo, sur Youtube, du spectacle d’un ami, il y a quelques temps. C’est pas que je raffole des enregistrements où le cameraman semble souffrir de parkinson, comme c’est toujours le cas quand c’est amateur, mais j’ai eu pitié en voyant qu’une seule personne l’avait visionné. Probablement mon ami, ce qui veut dire que même les deux autres membres du band n’étaient pas intéressés à voir ça. C’était mauvais, ‘faut bien le dire. L’enregistrement, mais aussi la performance. De plus, on voyait pas grand chose, parce que le gars qui filmait ça avec son téléphone s’était caché derrière un gros qui lui masquait la vue. Pas gros-difforme, là. Juste gros et dans le chemin. Comme les spectacles de ce groupe-là attirent toujours la même demi-douzaine d’amis, qui viennent par devoir, pour encourager, j’essaye de me rappeler où je me trouvais par rapport à la scène.

J’arrête de chercher. Je viens d’allumer que le gros qui cache la vue porte le même manteau que moi. Ça pourrait être une coïncidence, hein? Après tout, le gars a peut-être été dans la même boutique des Bahamas où je me suis procuré le mien…

Continue de rêver, le gros…

Puis, deux ou trois jours plus tard, en pleine nuit, je tombe face-à-face, au milieu de mon nouvel appart, avec un obèse à l’air pas commode, plus gras encore que celui du show, et je te lâche un cri de mort, toi!

Puis, je me rappelle que mon garde-robe a des portes miroirs. Calice.

Il y a gros et gros… Un petit peu de ventre, rendu à trente-cinq ans, ça se peut, et ça ne dérange pas toujours les femmes. J’avais hâte de passer trente ans pour ça d’ailleurs. À vingt-neuf, avec un surplus de poids, t’es juste un porc. Passé trente, tu es prospère…

Mais là, je me rendais compte que j’étais un petit peu trop prospère…

C’est pas le regard des autres, qui devrait te déranger. Après tout, ce que pensent les autres, depuis que j’ai pris de la maturité, je m’en fous un peu. Tant que l’autre n’est pas une jolie femme. Si ta propre apparence te dérange, par contre, il est temps de… Heille! Sors du McDo, viarge! C’est à toi que je parle!

J’ai déjà été plus gros. À 280 livres, étalées sur cinq pieds et dix, j’ai même carrément été bouboule. Presque plus large que haut. Quand la plus jolie femme, à mon boulot, s’est tout de même déclarée à moi, j’ai trouvé ça gênant. Autant pour elle que pour moi. J’imagine qu’elle aurait dû être plus gênée que moi, puisque j’étais le seul des deux à ne pas porter d’alliance, mais c’est une histoire pour un autre jour…

Je me suis pris une passe de gym. Je me suis acheté un vélo de spinning. J’ai mis une photo de moi sur le fridge. J’étais motivé. Une blonde sculpturale peut faire cet effet. Je suis passé de 280 à 210 en six mois. J’aurais peut-être pas dû. Après ça, son mari est devenu pas mal plus soupçonneux…

J’ai perdu tout ce poids en continuant de manger n’importe quoi… Si vous voulez vous nourrir de pizzas et de burgers, il y a moyen. Passez simplement quatre heures par jour à vous entrainer. Pendant un déménagement, je peinais à trainer jusqu’au troisième une caisse d’haltères (peut-être aussi parce qu’elle suivait dix-huit caisses de livres, mais bon…), quand j’ai réalisé qu’il y en avait pour soixante-dix livres, soit le poids exact que je venais de perdre. Je me la suis presque échappée sur le pied. Je trainais ça sur moi tout ce temps? Bordel… C’est donc pour ça que je ne battais jamais personne à la course!

L’emmerdement, c’est que le poids, à moins que vous ne soyez du genre à pouvoir manger ce que vous voulez sans prendre un gramme (je vous hais, vous autres…), ça ne demeure jamais stable. La blonde est partie, et subitement, ça semblait moins important de s’entrainer. 215…220… 225… 240… et nous voilà revenu au gros de la vidéo dont je parlais plus tôt. Et je suis chanceux, pourtant, parce que je suis bâti large, et que ça parait déjà pas mal moins, sur moi. J’ai peut-être l’air d’avoir cinq ans de plus que mon âge, mais je parais généralement vingt livres de moins. Ce qui ne change pas grand chose quand t’as soixante livres de trop…

En plus, j’ai pas des gros os. Ni des problèmes de glandes. Ni aucune des raisons foireuses que tous les gros aiment avancer. Chaque fois que j’entends ça, je pense à Jean-Marc Parent qui disait: Ton problème de glandes, c’est que t’as une glande de porc…

T’es gros parce que tu manges trop. Parce que tu manges mal. Parce que tu ne bouges pas. Parce que de rester le cul vissé sur une chaise t’apparaît plus intéressant que de sortir de chez vous. Il y a un truc, concernant la perte de poids: le choix qui te tente le moins est toujours le meilleur. Burger ou salade? Film ou exercice? Randonnée en montagne ou resort au Mexique? Et au fond de toi, là où t’enterre la petite voix fatiguante, tu le sais, ce que t’as à faire, le gros…

Faire un peu d’exercice, pour te donner bonne conscience, ça fera pas le boulot. Faut faire beaucoup d’exercice. Beaucoup. Même quand ça te tente pas. Même s’il pleut, ou neige. Même quand t’es malade. Ça fait chier, je sais. Il y a deux mois, quand j’ai dit à ma chum que j’avais perdu du poids, et que je m’étais remis à l’exercice, elle m’a réveillé en me disant:

-T’en fais pas assez.

-Heille! Pourquoi tu dis ça?

-T’es encore gros non?

Naturellement, elle avait raison. Sur les deux points. Je suis donc passé à la vitesse supérieure.

Je ne vous mentirai pas: c’est pas bon, un repas composé uniquement de légumes, où les protéines ne sont que symboliques. C’est chiant, les petites portions. Ça écoeure, au resto, de commander une salade en ayant envie d’un steak. Ça reste ton choix, le gros. T’es libre d’y aller, chez McDo, et tu le sais. Il n’y a pas de mal à ça, si tu vas pédaler trois heures, après… Mais pense à ce qui arriverait si tu faisais les trois heures de vélo sans aller manger là…  En plus, tu le sais, que tu vas avoir faim au bout d’une heure…

Il y a aussi la technique des paresseux, pour se donner bonne conscience: la diète. Je vais baisser le ton, un peu, vu que ma soeurette est diététiste… Elle, remarque, elle donne des bons conseils, pas des conneries à la Montignac. Elle te fait pas manger en te faisant trier les couleurs, elle. Faut pas être un génie pour savoir que de manger vert, à moins de bouffer du Martien, ça va te faire maigrir! Elle te recommande pas d’aller chez Weigth Watchers pour qu’une inconnue puisse te dire que t’es encore gros, avant de te prendre ton argent! Elle te dit pas de payer six cents dollars par mois à une compagnie qui va t’envoyer chaque repas par la poste pour s’assurer de palier à ton manque de volonté! Elle t’apprends à manger équilibré, et à comprendre pourquoi c’est important. C’est l’idée. Tant que tu ne comprendras pas que c’est pour toi que tu le fais, tu vas rester gros.

Je sortais avec une presque mince, dans le temps, qui avait déjà été très grosse. Qui l’est redevenue, en fait, pendant qu’on était ensemble, avant de refaire le chemin inverse, quand je l’ai laissée. Si ton apparence est importante uniquement parce que tu te vois dans le regard des autres, tu vas te planter, sûr et certain. Et les montagnes russes, en matière de poids, c’est presque aussi mauvais que d’être simplement gros.

Alors je suis remonté sur mon vélo. Stationnaire, et régulier. Je me suis mis à aligner les kilomètres à pied, ce qui, vu le prix du gaz, n’était pas plus mal. J’ai recommencé à mettre pas mal plus de légumes que de viande, dans mon assiette, et même si j’aime pas, je continue. Parce que j’aime le résultat. 240…230… 225… 215… Il y a loin de la coupe aux lèvres, mais au moins, ma bédaine n’empêche plus la coupe d’approcher…

T’es capable, le gros… Tu vas te rendre compte que la fierté de parvenir à ton but est encore la meilleure motivation à se mettre en mouvement. Que l’exercice, finalement, c’est pas si pire que ça, et que tu te sens bien, après, parce que tu sais que tu t’es donné, même si ça te tentait pas. Tu vas être fier de toi, et ça, crois-moi, c’est encore mieux que d’être mince. Et l’un n’empêche pas l’autre…

Puis, un de ces quatre, tu vas croiser une belle fille qui va te regarder des pieds à la tête, avant de te sourire. Tu seras pas habitué, je sais bien, mais ça m’est arrivé, la semaine passée. J’ai regardé derrière moi; c’était bien à ma petite personne que ça s’adressait. Cours pas après, là, même si courir, c’est bon pour la santé. Rappelle-toi en, toutefois, quand tu vas grimper sur ton vélo. Continue, et il y en aura d’autres. Plein d’autres.

Et toi, le petit maigre qui rit, ta gueule… Tu vas finir par être gros, toi aussi, si tu continues de manger de même. Un métabolisme, ça change, mon pote, et les bonnes habitudes, tu ne les auras pas prises.

Et toi, le maigre qui a des bonnes habitudes… Qu’est-ce tu veux que je te dise… T’as compris avant moi, bravo. Au moins, vante-toi pas. Parce que pense à ça: si j’étais pas à côté de toi, tu paraitrais pas si bien…

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