Je vais mourir quand même…

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Ces derniers temps, la vie a comme un petit goût de panique. Un air de tassez-vous-de-là-que-je-me-pousse. Pour peu que vous écoutiez les nouvelles, il y a de quoi vouloir sauter par une fenêtre, comme quand le petit Jérémie (qui n’a plus l’excuse d’être petit) se met à pousser la chansonnette. Comme j’ai pas de télé, je les écoute à la radio, mais j’ai de l’imagination, et je vois quand même les images, dans ma tête. C’est pas bon signe, quand ils ont besoin de faire une catégorie spéciale de La Bonne Nouvelle TVA, ce qui en laisse cinquante-neuf autres, dans l’heure, pour celles qui te donnent envie de te sauver en courant.

Quand j’étais petit, et même maintenant que je suis gros, j’ai toujours aimé les romans et les films qui traitaient de la fin du monde. Je suis le gars, après tout, qui a écrit sur une guerre civile suivant un référendum, au Québec, alors que mes concitoyens ne descendent dans les rues que pour les séries, qu’on gagne ou non, et pour taper sur leurs casseroles comme des cons. J’avais honte, moi, pendant le printemps érable. Vraiment honte. On se fait marcher dessus depuis toujours, et c’est pour éviter de payer  un peu plus de frais de scolarité que vous vous êtes enfin soulevés? Come on…

 Dans ces romans, qui se passaient dans le futur, on nous montrait toujours, comme trame de fond, des émeutes à New York, des groupes terroristes barbus qui faisaient sauter le Golden Gate, des dictateurs fascistes, et des virus qui dépeuplaient à la vitesse grand V.

Puis, Al-Quaïda s’est improvisé démolisseur du World Trade, Poutine a été élu, puis réélu, à l’instar d’autres cinglés au Moyen-Orient, Le sida s’est répandu. Les journalistes ayant mal choisi leur affectation se sont mis à perdre la tête. Des fous furieux, qui officiaient auparavant dans l’ombre, se sont mis à découper leur victimes devant les caméras pour un quinze minutes de gloire douteux. Anne-France Golwater est apparue à la télévision. L’État Islamique est venu faire un coucou, pour traiter de chiens infidèles et menacer tout ce qui n’habitait pas dans un rayon d’un kilomètre autour de chez eux. La Terre, d’un point de vue écologique, est sur le point de ne plus pouvoir supporter nos abus, mais qu’importe! Et j’en passe, et des meilleures…

Bref, j’ai compris que la fin du monde était arrivée depuis un moment, mais que nous ne l’avions pas compris, parce que personne ne nous en avait fait part sur notre fil Facebook.

C’est l’Ebola, ces temps-ci, qui fait paniquer le monde. Est-ce que je pourrais l’attraper, même si la plus proche victime se trouve à quatre mille kilomètres? Oui, oui, je sais, mais si elle éternuait? Après tout, j’ai entendu qu’on éternuait à deux cent kilomètres à l’heure, alors si ça se rendait, hein?  Et si un voyageur atteint parvenait à passer entre les mailles, hein? Et si?

Je veux pas vous faire de peine, mais si ça a à arriver, ça va arriver. C’est bizarre, aussi, comme vous n’en aviez rien à foutre, quand il n’y avait que des Africains qui en mourraient. C’est pas né le mois dernier, cette saloperie! Ce virus a trente-sept ans! Comme la famine, les guerres civiles, la sécheresse et les enfants qui meurent, toutefois, ça vous semblait acceptable tant que c’était loin de chez vous. Le monde peut bien aller se faire foutre, du moment que je peux écouter La Voix, ou voir de jolies écervelés en bikini partir en voyage dans une télé-réalité stupide à TVA. Je les enverrais en Syrie sans backup, moi, juste pour voir comment les participants se débrouilleraient. Juste pour voir s’ils trouveraient ça malalaisant, comme l’a déjà sorti une de ces cruches…

Mais voilà Ebola aux État-Unis. Mais voilà que l’hôpital Notre-Dame est désigné, à Montréal, comme centre de traitement, en cas de pandémie. Mais voilà une première victime qui n’avait jamais quitté l’Amérique du Nord. Oh. Le reste du monde vient de se rapprocher, subitement, hein? Ça prend une toute autre réalité, et ça fait paniquer…

Je vois pas pourquoi. O.k., oui, l’Ebola fait peur. Personne veut finir sa vie en se liquéfiant, littéralement. Je ne vous écoeurerai pas avant votre déjeuner, mais en définitive, c’est ce que fait ce charmant virus. Oui, ça tue 90% des gens atteints. Oui, avec les bonnes conditions, un de ces quatre, ça pourrait atteindre Longueuil, ou Saint-Ephrem. Il y a toutefois des centaines de virus du même genre, parfois même créés par l’homme, qui peuvent en faire autant. La différence, c’est qu’ils ne se diffuseront pas par accident. Avant longtemps, un barbu attardé qui travaille actuellement dans un labo va se rendre à Time Square, sur la Place Rouge, ou sur les Champs-Élysées, et balancer une petite fiole au sol. Un seul cinglé, armé d’un virus aérobiose, c’est tout ce que ça prendra pour causer la fin du monde. Ils ont déjà essayé. Ils le referont.

Prenez la variole, par exemple. Nous ne sommes plus immunisés contre elle depuis des décennies. Pourtant, des chercheurs, partout dans le monde, continuent de travailler sur des échantillons de cette maladie. Si elle devait se répandre, combien de doses d’antidote sont, à votre avis, actuellement disponibles, dans le monde, entre le CDC et autres organismes similaires?

Sept.

Si un truc aussi simple que la variole peut rayer l’espèce humaine de la Terre, à quoi bon s’en faire? Il y a des centaines de virus disponibles aux malades en tout genre, pour parvenir aux mêmes résultats. Je suis foutrement étonné que ça ne se soit pas encore produit, pour dire vrai… Étonné qu’on les arrête toujours à temps…

Ajoutez à ça les agressions, le cancer, notre façon de détruire l’environnement, Stephen Harper, et ça en fait, des fléaux contre lesquels on ne peut rien faire, ou presque… Ça en fait, des raisons de s’inquiéter. Alors à quoi bon?

Profitez donc de la vie… Vous pouvez manquer une marche, à votre boulot, demain, et vous casser le cou dans les escaliers. Vous pouvez vous faire ramasser par un crétin, dans sa voiture, qui textait à sa blonde qu’il n’y avait plus de pain, à la maison. Vous pouvez vous faire attaquer par un Rottweiler rendu agressif par la chiasse. Il peut vous arriver n’importe quoi. Ne le prenez pas comme une raison d’avoir encore plus peur. Sentez-vous libéré. On est tous dans la même situation. On vit sur du temps emprunté.

En passant, mon homme, prends pas ça pour excuse, pour te justifier de tromper ta femme avec la secrétaire du bureau qui te fait de l’oeil… Ta douce moitié pourrait se révéler beaucoup plus dangereuse que la variole…

Les horreurs qui nous entourent devraient donner une toute nouvelle saveur à tout ce que nous faisons. De savoir qu’on le fait peut-être pour la dernière fois. Pourquoi gâcher une seule seconde à avoir peur, de quoi que ce soit? Profitez-en. Soyez inventif. Ne remettez rien à demain, sauf la vaisselle. Vivez. Même s’il ne vous arrive rien, vous allez mourir, un de ces quatre. Oui, oui, je vous jure…

Allez-y à fond, en attendant, et vivez.

Vivez.

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