La boussole intérieure

Chaque fois que l’on me demande pourquoi je suis devenu écrivain, je confie que je cherchais un boulot que je pouvais faire assis. Heureusement, les gens qui sont assez tordus pour me lire le sont également assez pour comprendre mon humour. Le pire, c’est que lorsque l’on me demande comment j’écris, et que je réponds un mot à la fois, mes interlocuteurs croient que je rigole. C’est pourtant ainsi que la plupart des gens écrivent…

La vérité, sur le pourquoi est encore plus ridicule, j’en ai peur. Je suis descendu, la veille de mes dix-huit ans, pour fêter l’anniversaire d’une amie à Saint-Hyacinthe. Le dernier bus ne s’est jamais pointé. Je suis resté coincé dans une bergerie toute la nuit, et j’y ai pondu ma première nouvelle. Je m’en souviens encore mot à mot, je crois, alors que j’aurais du mal à vous dire ce que j’ai mangé hier.

Le moment où l’aiguille de votre boussole se fixe enfin sur quelque chose laisse une forte impression.

La plupart des gens que nous croisons dans la rue ignorent que cette boussole existe. Certains s’en doutent, mais n’écoutent pas. Ils vous sortent généralement des phrases commençant par: J’ai toujours voulu faire ceci ou cela, mais au moment même où ils parlent, ils se doutent bien qu’ils ne passeront jamais à l’acte. Vous le savez aussi. Ça parait dans leurs yeux. Il s’agit souvent des mêmes qui font plus vieux que leur âge, vous verrez…

Il y a aussi ceux qui attendent, qui se tiennent prêt, qui cherchent. Ceux-là sont intéressant, et patients. Rien ne semble se présenter pour faire frémir leur aiguille, mais ils y croient. Ils veulent se lancer dans quelque chose à fond. Vous les connaissez. Vous ne les voyez pas souvent, parce qu’ils se lancent généralement dans plusieurs trucs en même temps, ce qui leur fait parfois manquer leur cible, mais vous en avez un dans votre entourage. Cherchez celui qui a essayé le bouddhisme, l’Ikebana, a mangé macrobiotique durant des mois avant d’admettre que ça l’écoeurait, et vous envoie des cartes de fête faites maison. C’est celui-là, oui… Souvent, ils trouvent. Parfois, non, et c’est triste…

Puis, il reste la majorité de la population. Qui un jour ou l’autre est tombé pile sur ce qu’elle aimait faire, au détour d’un hasard. Ceux qui se sont écoutés, et se sont réalisés. Ceux qui ont eux-même cru à un caprice de leur part et ne l’ont pas fait. De quelle catégorie faites-vous partie? C’est pas que je veux sonner comme un de ces motivateurs à deux sous (que mon correcteur, étrangement, s’obstine à vouloir traduire par mutilateur…) mais vous êtes-vous simplement déjà demandé si vous étiez heureux? Pas heureux de partir en vacances, ou heureux d’une bonne soirée avec vos chums, mais heureux sur le fond?

C’est idiot, mais je ne me l’étais jamais demandé. Et après me l’être demandé, je me suis mis à poser la question aux autres. En général après plusieurs bières. Vous seriez étonné de la quantité de non que j’ai reçu, et je ne me promène pourtant pas dans des cercles de déprimés… La quantité d’insatisfaits qui jouent la comédie pour sauver la face, autour de vous, vous jetterait sur le cul. Quand est-ce que vous avez répondu à Salut, ça va? avec franchise, pour la dernière fois, vous?

Je crois que le bonheur s’atteint en suivant cette foutue boussole, en fin de compte. En trouvant simplement ce qui nous rend heureux, et en suivant cette voie, sans égard à ce que ça coûte. C’est si facile de trouver des excuses pour ne pas le faire; il y en a toujours une douzaine à notre disposition. Pas le temps. Pas l’argent. Pas le talent. Les enfants. Tout est bon pour y couper.

Comme l’a écrit un de mes auteurs favoris: Vous pouvez. Vous devriez. Et si vous êtes assez brave pour commencer, vous le ferez.

Et ça s’applique à absolument tout, d’apprendre à remplacer une crevaison jusqu’à réinventer votre vie sexuelle…

Qu’avez-vous toujours souhaité faire? (Non, pas sexuellement; je veux pas le savoir…) Demandez-vous le. Si vous le faites déjà, tant mieux pour vous. Je parle aux autres, alors inutile de vous vanter, là… Vous vouliez enseigner le parachutisme? Être équilibriste dans un cirque? Être comptable (écoute, chose, c’est pas tout le monde qui nait avec de l’imagination, hein?)? Vous souhaitiez être vétérinaire, anthropologue, philatéliste? Vous vouliez boxer, ou éclater des gueules d’un atemi bien placé dans un cours de karaté que vos parents ont toujours refusé de vous payer? Qu’est-ce qui vous en empêche vraiment, désormais? Si vous avez répondu: Rien, finalement…, vous êtes sur le bon chemin.

D’ailleurs, personne n’a dit que ce serait toujours plaisant. Ou que ce serait facile. Assurément, ce sera dur. Par contre, ça sonnera juste, à vos oreilles. C’est tout ce qui compte. La tonalité de ce que vous faites. Calvaire… On dirait Raël…

Vous allez immédiatement le savoir. Que vous êtes à votre place. Que vous faites ce qu’il faut faire. On n’utilise que quelques pourcents du potentiel de notre cerveau, vous le savez comme moi. Je vous assure que dans la vaste portion inutilisée, ou utilisée sans que nous y soyons pour quelque chose, il y a un type, dans un petit bureau, dont le seul travail est d’attendre que passe votre passion. Son seul et unique travail, c’est de tendre le bras, quand cela se produit, et de dire simplement:

-Voilà.

Suivez votre instinct. Foncez. Parlez à vos enfants de cette boussole, pour qu’ils reconnaissent la voix du gars lorsqu’ils l’entendront. Prêchez par l’exemple, et suivez vos passions. L’important n’est pas d’y performer, mais d’aimer ça. L’important, c’est simplement que ça vous rende heureux. Je voudrais avoir l’air moins simpliste, mais les plus grandes vérités sont les plus simples. C’est sans doute pourquoi on passe par-dessus en se compliquant la vie.

Jetez vous à l’eau, dès maintenant. Vous nagerez, vous verrez. Nous savons tous les deux que vous en êtes capable. C’est pas plus compliqué que ça. Cela ne prend qu’un peu de courage.

Voilà.

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