Il y a des jours comme ça…

Vous savez de quoi je parle… Oui, oui, celle-là. La christ de journée. Vous vous levez, et ça ne paraît pas du tout. Vous vous sentez parfaitement bien! Pour vous, mesdames, elle commence généralement à la salle de bain. Dans le noir, parce que vous avez encore les yeux à moitié fermés, et dans l’humidité, parce que votre copain n’a ni levé le siège, ni visé juste, durant la nuit quand il s’est levé pour les mêmes raisons. Pire encore: il peut avoir à moitié assimilé vos enseignements, et uniquement levé le siège, sans se rappeler de le descendre ensuite, et là, c’est plus que de l’humidité. Non, il ne s’est pas non plus souvenu de flusher À tous les coups, une journée qui commence par un Tabarnac!, avant même le premier café n’annonce rien de bon…

Parlons-en, de ce premier café. Vous avez oublié de remplir le réservoir de la Tassimo de flotte, mais il en restait juste assez pour partir le processus, et remplir votre tasse de marc de café, flottant sur un petit fond de jus… Ça coule aussi partout parce que vous avez oublié de remettre le contenant du bas, et vous voilà à éponger le comptoir. Naturellement, c’était la dernière cartouche. Vous passez donc à la machine régulière, mais là également, faut nettoyer, parce que la dernière personne à s’en être servi (et c’est rarement vous…) a laissé le filtre et le marc du café précédent à l’intérieur… depuis trois semaines.

Vous récurez le tout. Muni de votre café qui goûte le savon à vaisselle, vous allumez la télé. Ben merde! C’était aujourd’hui que les garderies se mettaient en grève! La présidente de l’association des garderies a beau dire que les parents comprennent leur réalité, vous commencez déjà à vous douter que ça va être une journée comme ça… Ce que la gardienne en chef ne dit pas, c’est que votre patron, lui, n’a pas d’enfants, et ne comprendra pas votre réalité, quand vous allez vous pointer au boulot avec deux marmots.

D’ailleurs, ils se lèvent, les petits. Le seul point positif, c’est qu’ils ne boivent pas de café, parce que vraiment, celui que la machine a fait passer est imbuvable. Il fait des bulles. Vous avez vraiment mis trop de savon. Les gamins ne demandent que des toasts. Si ça tombe bien, toi, parce que justement, il n’y a plus de pain! Vous songez un instant à les bourrer de beurre d’arachides à la cuiller, puis vous vous rappelez que la DPJ existe pour des trucs comme ça, et vous en êtes quitte pour les faire déjeuner (et diner; il n’y aura pas de sandwichs!) au restaurant. Vous aviez bien besoin de cette dépense inattendue dans votre budget…

Si vous prenez les transports en commun, c’est naturellement le matin où, pour une fois, le bus passe en avance et non en retard.  Juste assez pour que vous le voyiez passer alors que vous êtes à un coin de rue de l’arrêt, les enfants en remorque. Oui, c’était le matin où on cherche les tuques et les foulards pendant une demi-heure, et qu’on les retrouve dans la tente qu’ils se sont bâtie au sous-sol pour jouer les explorateurs de l’Arctique. D’où les foulards et les tuques. Si votre fils avait voulu jouer Christophe Colomb, vous auriez attrapé le bus…

Si vous voyagez en voiture, elle ne partira pas. Peu importe le problème; elle ne le fera plus ce soir, lorsque vous reviendrez du travail. À moins d’en avoir besoin dans la soirée, naturellement.

Vous finissez par atteindre le boulot, en taxi, avec vos deux marmots. Votre patron est en général de bonne humeur, le lundi, parce qu’il a eu sa baise de la semaine la veille, mais cette semaine, Mme Patron la lui a refusé, comme il lui avait refusé ce voyage dans le Sud. Il est d’une humeur massacrante, et aujourd’hui, il se donne à fond. Vous êtes la quatrième femme à entrer au travail avec ses enfants, et en plus, vous êtes en retard, parce que le Paki qui conduisait le taxi vous a fait faire six détours, pour éviter des travaux. Vous y goûtez avant même d’avoir pu enlever votre manteau, et devant les enfants, encore…

Votre voisine de bureau, elle, est demeurée chez elle. Elle n’a même pas d’enfants, la salope! Elle s’est simplement pris une fin de semaine de trois jours avec son amoureux, dans les Laurentides. Assurément, pour elle, aujourd’hui, ce n’est pas une de ces journées, mais vous allez devoir assurer sa charge de travail en plus de la votre, c’est gagné…

Au restaurant, le midi, le serveur se trompe deux fois dans votre commande, et vous finissez, par manque de temps, à manger un truc dont vous n’aviez aucune envie. Vous regrettez presque de ne pas avoir écouté les enfants, qui voulaient aller à La belle province La petite, deux minutes avant de repartir, vous échappe son pepsi sur les genoux, et re-retard, en rentrant au travail, tachée de partout, avec votre fille qui braille comme une perdue qu’elle veut une autre boisson gazeuse. Vous seriez bien retournée chez vous pour vous changer, mais sans voiture, vous pouvez oublier. Naturellement, votre patron, qui prend généralement deux heures, pour dîner, est déjà sur place, et un de vos clients l’a déjà fait enrager, avant même votre arrivée. Devinez sur qui ça va tomber? Évidemment…

Et ça ne va pas s’arranger durant l’après-midi, quand votre fils, pour voir ce qui va se passer, essaie de photocopier de l’eau sur la copieuse du bureau…

En revenant, vous attrapez le bus, enfin, mais la seule place disponible se trouve entre deux femmes qui pourraient s’inscrire à une compétition de sumo sans même se faire remarquer. Hasard des hasards, elles semblent toutes les deux avoir bouffé de l’ail tout l’après-midi, comme d’autres mâchent de l’Excel…

En arrivant, votre chum ou votre blonde est du même type d’humeur que votre patron, et les choses s’enveniment. Il n’a pas beaucoup apprécié votre note, laissé au rouge sur le miroir de la salle de bain, à propos de sa manie de pisser partout et de ne rien nettoyer. Vous étiez à moitié endormie (et à moitié enragée) quand vous l’avez écrite, et vous l’aviez oubliée. La blonde, elle, est fâchée à cause de la note sur la machine à café, où vous demandiez si elle était trop conne pour remplir le réservoir, alors que vous connaissiez pourtant déjà la réponse (vous êtes ensemble depuis six ans, et elle n’a jamais rempli celui-ci. C’était donc votre tour de le faire.)

Le souper brûle. Évidemment, qu’il brûle, puisque vous étiez descendu vous engueuler au sous-sol, pour ne pas faire ça devant les enfants. Votre fils a bien vu que les bâtonnets de scrap du Capitaine Machin brûlaient, mais lui, il les aime brûlés, alors il n’a pas dit un mot et est resté devant la fenêtre du four à les regarder passer de Presque trop tard à Clairement trop tard, ressors la boîte.. Et quand vous ressortez la boîte, naturellement, elle est vide…

Faut faire livrer. Vous avez payé le matin et le midi, et lorsque le livreur arrive, une heure et demie plus tard (c’est le Paki du taxi, qui s’est pris un boulot de soir) vous demandez à votre conjoint de le régler. Vous voilà assurés d’avoir une autre discussion sur l’argent, qui vous empêchera de bien profiter de la pizza froide et graisseuse. Je le sais, que vous êtes assez intelligent pour réchauffer une pizz’ mais le four ET le micro-onde ont lâché. Pour être juste, le micro ne fonctionnait plus depuis la semaine précédente, quand votre fille a laissé sa fourchette dans son assiette, avant de la faire réchauffer. Une autre de ces journées, assurément).

Heureusement, il y a la Voix.  Une fois les enfants couchés, et le dégât d’eau de la salle de bain épongé (votre fils veut devenir nageur olympique, sans égard à la quantité d’eau disponible) vous vous enfermez dans votre chambre, et allumez la petite télé. Votre conjoint écoute naturellement le hockey sur la grosse, vu que c’est un cadeau de sa mère. La télé lâche.

La petite, oui. Naturellement.

Vous ravalez le cri de mort qui vous monte dans la gorge. Après tout, cette journée va ben finir par finir, hein?

Votre chum entre dans la chambre, et aperçoit la télé, qui fait de la fumée, ‘demandez-moi par pourquoi. Vous sentez qu’il aimerait faire un commentaire, mais que dans un rare moment de lucidité, il comprend que c’est mieux pas. Il retourne au hockey. Quelques secondes plus tard, la voix du commentateur est remplacée par celle de Charles Lafortune. Vous risquez un oeil dans le salon. Votre copain vous a versé une coupe de vin et tapote le coussin près de lui. Il a clairement la tête d’un gars qui ne s’attendait pas à écouter la Voix, alors que Washington est en ville, mais c’est comme ça que vous savez qu’il vous aime. Vous allez vous blottir contre lui, avec votre coupe, et vous savez que vous allez même rester pour le hockey, après, même si ça ne vous parle pas.

Cette journée est enfin finie.

C’est à la fois la bénédiction et la malédiction d’être en couple. Vous croisez deux fois plus de journées de même parce que vous subissez les contrecoups de celles de votre conjoint(e), mais vous avez aussi le pouvoir de renverser la situation, quand c’est votre douce moitié qui en bave…

Idéalement, vous renversez la situation dès le début de la journée, par contre, pas à l’heure du hockey…

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2 Comments Add yours

  1. Joannie dit :

    Bienvenue dans le club. Excellent texte; il m’a ravie.
    Meilleure journée. 🙂

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    1. Merci beaucoup! Bien aimable!

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