La fille du bar

Je ne connais pas le nom de la fille du bar, et ça me semble normal. Les barmaids semblent n’avoir qu’un prénom, généralement constitué de trois syllabes (Kimberly, Jordane, ce genre de truc…), mais je ne connais pas celui-ci non plus. Je lui poserais bien la question, parce que ça me semble toujours étrange  de demander quoi que ce soit à quelqu’un que je ne connais pas, mais j’ai peur d’avoir l’air de la cruiser. Ce que je ferais peut-être si je le connaissais. On n’en sort pas.

La fille du bar n’essaie pas de paraître; c’est la première chose qui frappe. Elle est simplement là. Elle a un boulot à faire, et elle le fait. Elle est adorable, mais c’est par accident. Elle n’y tient pas du tout, avec la clientèle qui fréquente l’endroit.

Votre humble serviteur aime bien taper le carton, et est mordu de poker. Le plus souvent, après dix-neuf heures, on peut me retrouver autour d’une table dans une salle où une ligue s’est constituée. Accessoirement, on y vend aussi de l’alcool. C’est la que la fille du bar entre en jeu.

Je ne bois jamais quand je joue, alors nécessairement, je parle rarement à la fille du bar. Je lui ai demandé le stylo avec lequel j’ai écris tout ça. J’ai promis de le rapporter dans l’heure. Je crois que c’est celui qui traine présentement près de mon ordi. C’est le même phénomène qu’avec les briquets…

La fille du bar entend dix fois par soir qu’elle est cute. Chaque fois, j’observe le sourire qui disparait dès qu’elle tourne le dos. Je ne crois pas que ça lui plaise tant que ça. Pas ici, en tout cas. Ce qui est clair, c’est que sa beauté détonne, et surprend. Comme de voir un Van Gogh accroché au mur d’une caverne. Je ne sais pas si la fille du bar a été engagée parce qu’elle était jolie, mais je me doute qu’ils l’ont gardé pour son efficacité. Elle ne sourit pas pour être fake, mais pour abréger les conversations sans avoir l’air hautaine. Son attitude crie: je suis venu faire mon quart, c’est tout. Je vais être charmante parce que ça fait partie de la job et belle parce que j’ai pas le choix. Je ne le resterai que si tu ne me cherches pas…

De temps en temps, je la vois écouter une histoire qu’elle n’a clairement pas envie d’entendre. et son sourire est si bien contrefait que j’y croirais, si je n’avais pas vu pleuvoir…

Son boulot est difficile; c’est évident, et elle le fait en se forçant à sourire de façon crédible à des gens qui ont souvent un verre de trop dans le nez et le filtre à zéro. Je trouve qu’il y a de l’héroïsme, là-dedans. Comme quand vous souriez à votre patron, vous voyez? Ça en demande plus qu’il n’y parait. Je me suis retenu de la féliciter, en sortant.

J’ai bien fait. Le lendemain, elle était assise à ma droite, à la table de jeu.

Je connais toujours pas son prénom, remarquez…

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s