Lettre à quelqu’un d’exceptionnel

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Je connais Julie depuis plus de vingt-cinq ans, même si on s’est perdu de vue sur de longues périodes. Nous allions à la même école primaire. Puis, à la même polyvalente. Nous n’étions pas spécialement proches, à l’époque, mais quand, à seize ans, tu croises quelqu’un que tu as aperçu pratiquement tous les jours, durant la moitié de ta vie, tu envoies au moins une discrète salutation. Ça n’allait pas tellement plus loin. Une courte discussion de temps en temps, peut-être… Un sourire un peu contraint par la gêne, parfois. Julie l’ignore sans doute, mais c’est elle qui m’a offert l’un de mes premiers baisers. Pour un type qui bafouillait dès qu’il se trouvait en présence d’une belle fille, le jeu de la bouteille était ce qui se rapprochait le plus du paradis…

J’ai repris contact avec elle, récemment. Plus exactement, j’ai commencé à m’intéresser à mes  »amis » facebook, pour en faire le tri. Je me suis aperçu que j’en savais étonnamment peu sur elle. J’ai bien l’intention d’y remédier. Sa simplicité me plait beaucoup, et sa force, encore plus.

Julie n’est pas son prénom, d’ailleurs, mais elle se reconnaitra. Au départ, je voulais simplement lui écrire un mot d’encouragement, malgré mon envie de vous la faire connaitre. C’est elle qui m’a dit de le publier en ligne.

On a souvent gravité dans les mêmes sphères, mais les jolies filles me rendaient muet, quand j’étais jeune, et passablement stupide. Julie était mignonne tout plein, alors j’en pinçais beaucoup pour elle. Elle l’est toujours, mignonne,d’ailleurs. Encore plus qu’avant. Sauf que plus je la connais, plus je comprends que c’est la moindre de ses qualités.

Je la regardais de loin, ou de proche, selon les groupes d’amis avec qui je me tenais. Elle avait l’air d’avoir dix ans d’âge mental de plus que moi. Je retardais de cinq ans, et elle avançait de la même façon, disons… Socialement, je n’étais pas une grosse réussite, pour dire le moins. Je ne crois pas que Julie ait jamais pensé à moi avec le genre de regard que je lui portais. Je comprenais ça. Je ne pouvais pas savoir qu’elle en arrachait autant que moi, que sa confiance en elle était le plus souvent jouée, et qu’il ne fallait pas se fier aux apparences. Pour moi une belle fille était une fille parfaite. J’étais con. Je le suis sans doute encore, mais beaucoup moins, sur ce plan…

Julie en a bavé, à l’adolescence. Autant que moi, probablement, sinon plus. Elle ne l’a pas eu facile. Je ne ferai pas comme si je connaissais son parcours sur le bout de mes doigts, parce que ce n’est pas le cas. J’ai reconnu des patterns, toutefois, dont j’essaie, encore aujourd’hui, de me débarrasser moi-même. Julie l’a eu rough, et en quelque part, loin au fond, elle pense que c’est de sa faute. Que c’est ce qu’elle est qui lui vaut sa situation actuelle, qui n’est pas plus aisée que celle que nous traversions jadis. Il me semblait important de lui faire comprendre que c’était faux.

C’est facile, pour moi; je la vois d’un regard extérieur. Je ne me débat pas avec les problèmes qu’elle traverse sans en parler à personne. Je ne suis pas un saint non plus; je me suis à nouveau intéressé à elle parce qu’elle était toujours aussi canon. J’ai rapidement compris qu’elle avait plus besoin d’un ami que d’autre chose, toutefois, alors je rattrape le coup. Ça ne m’arrive pas souvent d’être utile, quoi, faut comprendre…

Julie a de la peine, depuis un bout. Beaucoup. De quoi faire passer un gros chagrin d’amour pour de la petite bière. Elle a un fils qu’elle adore, vous voyez, et cette année n’a pas été la meilleure, question relations familiales. Son fils, elle l’élève seule, sans aide, depuis toujours. En combattant l’aliénation parentale pratiquée par le père, que je ne connais pas du tout, mais qui me semble être un joyeux connard tout de même… Julie a essayé de lui éviter les problèmes qu’elle a elle-même connu à son âge. La drogue, notamment. Elle a tenté d’enrayer sa consommation, pendant que le père, lui, fumait des joints avec son fils, en refilant de ce fait à Julie le mauvais rôle, celui de la méchante. Chez elle, le gamin a toujours été chéri, appuyé, et bien traité, avec son coin à lui. Chez son père, pas même une chambre…

Récemment, Julie a du faire placer son fils. La drogue avait pris le dessus, et à bout de ressources, Julie a mis sa fierté de mère de côté, pour le sauver. Elle s’est privé de ce qu’elle aimait le plus au monde, pour lui donner une chance de survivre, loin de l’influence néfaste pratiquée par son ex. De la ressource, Julie, elle en a, pourtant. Elle travaille dans le domaine de la santé, connaît bien son affaire, et fait partie de l’élite des infirmières spécialisées. Elle travaille comme une dingue à sauver la vie de tout le monde, chaque jour,  sans que personne ne se doute du drame qu’elle traverse. Elle paie son loyer, plus le placement de son garçon, et ça l’étrangle complètement, mais elle ne dit rien. Elle endure, et elle espère, avec son coeur en miettes, que les choses vont s’arranger.

D’ici à ce qu’elles s’arrangent, toutefois, son fils refuse de lui parler. Je ne le connais même pas, et ça me brise le coeur, alors j’imagine comment elle se sent… Pour lui, Julie l’empêche non seulement d’avoir accès à ce qu’il aime, mais elle l’a abandonné. Parfois, je me dis qu’elle-même n’est pas loin de le penser, même si c’est totalement faux.

Tu lui as sauvé la vie, Julie. Ni plus, ni moins. Et tu l’as fait parce que tu es une bonne mère. Je sais que ça ne change rien à ta peine, actuellement, mais quand, à trente ans, tu le verras heureux et resplendissant, tu sauras à qui tu le dois. Et il le saura aussi.

Julie se trouve nulle , pour de mauvaises raisons. Parce qu’elle n’est pas en couple. Parce que son fils va mal. Parce qu’elle en arrache à joindre les deux bouts. J’ai beau lui dire qu’elle est dans le champ, ça ne change rien. Elle sait qu’elle me plait, et je pourrais raconter n’importe quoi, au fond… Pourtant, je la trouve tellement forte! Elle se débat, et elle le fait sans aide, même si elle est entourée d’amis, qui ne savent rien. Elle fait un boulot difficile, dont la seule description me fait plier les genoux, et elle le fait avec professionnalisme et générosité. Elle rentre chez elle, le soir, et avec ce qui lui reste d’énergie, elle aime de tout son coeur un enfant qui n’est pas en état de le lui rendre, actuellement. Elle garde le moral, même, malgré une douleur qui en pousserait plusieurs à tout abandonner. Elle a tout pour être aimée, et j’ai l’impression qu’elle ne le sait pas, parce qu’elle est tombée sur trop d’imbéciles qui lui ont fait sentir le contraire.

Je suis certain qu’elle a des tas de défauts, comme tout le monde, mais si c’est le cas, ils ne sont pas apparents. Ceux qu’elle m’aligne ne sont pas des défauts, mais simplement le résultat d’une fausse vision qu’elle a d’elle-même. J’aimerais qu’elle se voit comme je la vois: indépendante, forte, adorable et responsable. Une mère aimante. Une collègue dévouée et compétente. Une amie appréciée de son entourage, et aimée par sa famille.

Je veux lui dire que les pires situations sont passagères, et que les choses vont s’arranger. Elles finissent toujours par le faire…

T’es magnifique, Julie… Ne laisse jamais personne te dire le contraire. Pas même toi. Jamais.

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