Un viol autorisé

Samantha avait treize ans. Son violeur, quarante-quatre. Il l’a fait boire, puis l’a droguée. Il l’a ensuite sodomisée. Malheureusement, c’est une histoire comme il s’en produit chaque semaine, à un détail près: l’agresseur, cette fois, était connu, et apprécié du grand public. Le violeur était aimé de ses fans, et respecté de ses pairs. Ce tueur d’enfance, qui plus est, s’en est sorti. Ce salopard a continué sa vie, a augmenté sa notoriété, son prestige, et sa fortune, pendant que la petite, le plus souvent, était décrite comme une victime, certes, mais également comme une profiteuse. Une croqueuse de diamants. Une salope. À treize ans.

Pire, les journaux n’ont jamais cessé de s’intéresser à elle. Chaque fois que son agresseur faisait parler de lui, on parlait d’elle, et pas toujours avec sympathie. Impossible d’oublier, pour Samantha. Pour sa mère, non plus, dont la stupidité avait en partie mené à ce qui lui était arrivé. Son violeur s’en était sorti parce qu’il avait les moyens, et elle ne pouvait échapper à son passé, pour les raisons inverses.

Son agresseur avait reçu une nomination aux Oscars, trois ans avant l’agression. Il en a reçu une autre deux ans après le viol. Buisness as usual… En 2003, l’Académie le lui a même remis, ce foutu trophée. Ils ont décoré un violeur d’enfant, alors que cet enculé n’aurait jamais dû pouvoir mettre le pied sur un plateau de tournage à nouveau, après ce qu’il avait fait.

Quand l’homme qui a tué ce que tu promettais de devenir s’appelle Roman Polansky, les règles du jeu ne sont plus les mêmes.

Le réalisateur n’a, d’ailleurs, jamais été accusé de viol, mais d’avoir eu des relations sexuelles illégales avec une mineure. Relation sexuelle! Comme si ce moment en avait été un partagé! Comme s’il avait seulement usé de son prestige pour la séduire! Comme si la petite n’avait pas été gelée comme une balle lorsqu’il avait décidé de quitter la race humaine pour celle des animaux.

Il a plaidé coupable, certes. Il a été envoyé quarante-sept jours en prison. Il a plaidé coupable en sachant qu’il s’en tirait à bon compte. Il a plaidé coupable en sachant que ce qui s’était produit dans la maison de Jack Nicholson, sur Mulholland Drive, n’avait rien eu de consensuel. Il a plaidé coupable en sachant qu’il allait se tirer à la vitesse grand V, lorsque durant sa comparution suivante, le juge a laissé entendre qu’il repartirait derrière les barreaux pour quarante-huit jours de plus.

Et c’est exactement ce qu’il a fait, sans jamais être inquiété, malgré un mandat d’arrêt international. Il l’avait violé, le savait, et ne pouvait supporter les conséquences de ses actes sur sa vie. Sans égard à celles que son geste avait eu sur sa victime, il s’est tiré, et ne l’a jamais regretté. Il n’est jamais revenu. La célébrité vous fait sortir du cadre commun. Parfois, la loi ne s’applique pas à vous.

S’il avait disparu dans la clandestinité, pour débarrasser le monde de sa présence, Samantha aurait peut-être pu s’en tirer, après quelques années. Il n’a pas eu cette décence. Il a simplement continué sa vie à l’étranger, durant des décennies. À chacun de ses films, des journalistes en manque de copie ressortaient l’histoire, et Samantha se faisait de nouveau harceler, poursuivre, et même salir, par les supporteurs de son violeur. Chaque fois.

Des films, ce connard en a sorti seize, depuis qu’il l’a violée. Seize. Il a été acclamé. Décoré. Aimé. Chaque fois.

Samantha, un peu moins. Elle, elle était l’empêcheuse de tourner en rond.

Il s’en est tiré durant si longtemps qu’en définitive, pour ne pas devenir folle, Samantha a préféré pardonner. Oublier, c’était impossible, mais pardonner, au moins un peu, elle pouvait.

Polansky s’est excusé. Quelques fois, dans les médias, et une de plus, dans un documentaire sur sa vie.

Aujourd’hui, il leur arrive même d’échanger un courriel, quand les évènements l’exigent. Comme la sortie du documentaire en question, ou celle du livre qu’elle a fait paraître il y a quelques années, pour cesser d’être seulement la fille que Polansky avait violé. Samantha, à ce propos, dira: ce n’est pas un ami, mais c’est mieux que de passer par les avocats… Elle pardonne, mais continue de soutenir que c’était un viol. Évidemment, que c’était un viol, bordel! Elle avait treize ans!

Le temps a tellement passé, en fait, que Samantha ne tient même plus à ce que son agresseur soit jugé. Elle a demandé l’arrêt des procédures, de la même façon que le réalisateur. Après tout, elle avait déjà poursuivi l’homme au civil et obtenu un demi-million.  Elle voulait passer à autre chose. Les États-Unis ont refusé, sa requête comme celle du fuyard. Samantha avait treize ans, lors des évènements. Elle va fêter son cinquantième anniversaire, prochainement. Elle en a décidément assez de cette histoire. Elle a sorti un livre pour clore la chose, avec pour seul résultat de relancer la polémique. En utilisant comme couverture une photo d’elle, adolescente, prise par… Polansky.

Discutable, pour dire le moins…

J’ai failli admirer les Suisses, il y a quelques années, lorsqu’ils l’ont arrêté alors qu’il entrait chez eux. Je l’aurais fait, s’ils n’avaient pas refusé de l’extrader ensuite. À croire qu’ils ne l’avaient fait que pour narguer les États-Unis, qui refusent, pour le principe, de lâcher prise, et avec raison. Pour une fois que la justice s’acharne sur un coupable, et non sur un innocent…

Et ceux qui mêlent à cette histoire le meurtre de Sharon Tate, l’épouse de Polansky, par le psychopathe Manson, font fausse route. Si tous les veufs et les veuves d’actes criminels devaient devenir des violeurs pédophiles, on n’en sortirait pas…

Si j’écris tout ça, c’est que les États-Unis ont récidivé dans leurs tentatives pour remettre la main sur leur coupable, la semaine dernière. Ils ont demandé à la Pologne d’arrêter le réalisateur alors qu’il se rendait à l’ouverture d’un musée sur leur territoire. Ils avaient confiance, puisque la Pologne est un de leurs proches alliés.

Bernique! Peut-être que nos voisins oubliaient que Polansky était Polonais, avant d’être naturalisé Français? Qu’il était adoré, là-bas? Les Polonais, pour leur faire plaisir, sont allé l’interroger, mais ont refusé de l’arrêter, et à plus forte raison de l’extrader. L’interroger? Pour lui demander quoi? Toutes nos excuses, M.Polansky, mais pouvez-vous nous confirmer à nouveau que vous avez violé une jeune fille de treize ans? Risible…

Pire encore, la première ministre est allé le soutenir! Aucun citoyen Polonais ne peut être extradé si son crime a subi la prescription. Bravo championne…

L’insulte sur l’injure; ils ont joué la carte de l’holocauste… Un conseiller du Président polonais est allé dire qu’il trouvait inapproprié que l’on exige l’extradition d’un enfant de la Shoah, durant l’ouverture d’un musée qui dépeint la Pologne comme un endroit sûr pour les Juifs, avant la seconde guerre mondiale. Heureusement qu’il a précisé, ce clown, parce qu’effectivement, ces imbéciles ont un peu moins bien défendu les coreligionnaires de Polansky, dans les années quarante, hein… Le même conseiller a taxé les États-Unis d’ignorance absolue, d’avoir même osé le demander.

Quel rapport avec le prix du riz en Chine? Il est tragique que la mère du cinéaste ait péri dans un camp de la mort, et je le déplore, mais cela n’a aucun lien avec le fait que son fils ait violé une jeune fille! Un viol demeure un viol.

Samantha a fini par lâcher prise. La haine est épuisante, à la longue. Polansky, lui, continue son petit bonhomme de chemin, comme s’il n’avait jamais abusé d’elle.  Il continue d’abreuver le marché de ses films endormants, alors que ses supporteurs continuent de crier au génie. Il est marié, a un fils, et jouit de sa vie de nanti.

Celui que je ne comprend pas, c’est le père de Samantha, qui est décédé, ces dernières années.

Parce que si un homme violait ma fille, la France ne serait pas assez grande pour le cacher. La planète Mars, pas assez loin pour m’empêcher de lui mettre la main dessus.

Histoire de voir si j’arriverais, moi aussi, à échapper à la justice, par la suite…

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