Ni beau ni laid

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Il y a des jours ou je voudrais être laid. Pas un peu, mais beaucoup. Moche à faire peur. Je voudrais avoir l’air d’être tombé de l’arbre de la laideur en frappant chaque branche avec ma tête en chemin. Comme si le bon Dieu, dans son infinie sagesse, avait créé un portier pour le musée des horreurs. Dans ce goût-là, quoi… Pour être fixé. Pour cesser de me demander. Pour arrêter de me questionner. Régler mon cas une fois pour toutes.

Je ne dis pas ça parce que je pense être beau. C’est bien là le problème. Je ne le suis pas. Ni beau ni laid, en fait, et franchement, c’est problématique. Si la beauté est discutable, et atteint ou non certaines personnes pour en laisser d’autres parfaitement froides, la laideur, elle, fait l’unanimité. Personne, devant l’horreur, ne tente d’y trouver de la beauté pour être sympa. C’est le jugement définitif, et la paix de l’esprit. Je ne serai jamais beau, et voilà; plus besoin d’y penser. Si chaque torchon trouve sa guenille, la plupart des gens ne souhaite ni l’un ni l’autre…

Quand tu es dans la moyenne, tu passes ton temps à te demander. Tu aimerais savoir pourquoi ton ex te trouvait magnifique, alors que la femme qui t’intéresse a frissonné devant tes avances. Non, ce n’était pas le climat; ‘faisait chaud… Tu te questionnes sur pourquoi elles te trouvent beau au début de votre relation et atroce à la fin, alors que tu n’as pas changé d’un iota.  Tu t’interroges sur le fait que tu te trouves toi-même pas pire, certains jours, et qu’à d’autres, tu balancerais un truc dans le miroir pour fêler ton reflet, des fois que ça t’arrangerait.

Quand tu es gros, tu peux toujours maigrir et espérer mieux. Pas tellement, tellement mieux, tu t’en aperçois vite, mais quand même un peu. Assez pour être content de toi un moment, en tout cas… Si tu ne sais pas t’arranger, ou que tu n’as pas de style, c’est possible d’y remédier, et si ça ne t’améliore pas, ma foi, ça détourne toujours un peu l’attention. Quand tu es déjà mince et bien habillé, par contre, et que tu ne sais toujours pas ce que tu devrais penser de ta bouille, ça se corse un brin…

Rendu là, il te reste l’option de t’inscrire à une téléréalité. Il y en a toujours un moins cute que les autres, pour que les producteurs puissent dire que c’est ouvert à tous. Avec la loi des nombres, il y en aura bien quelques centaines pour te trouver craquant. Pour ta personnalité.

Parce que c’est là que ça se joue, pour les ni beaux ni laids. La personnalité qui fait pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Il parait, en tout cas… C’est ce qu’elles disent, mais comme elles te disent également qu’elles te trouvent beau, tu n’en sors pas… Il reste qu’il existe nombre de cas de laiderons qui fréquentent des mannequins. Reste à savoir si le mannequin a toute sa tête, et le laideron, un compte en banque bien garni…

Car il y a les cas où l’argent entre en ligne de compte, sans mauvais jeu de mots, mais essayons de ne pas nous mélanger les pinceaux, ici… C’est déjà une plaie d’essayer de décider ce qu’on vaut physiquement sans se demander en plus si on est en couple uniquement parce qu’on a du fric…

Si tu n’as pas d’argent, pas de personnalité et qu’en plus, tu te classes dans la moyenne, aïe! Tu n’es pas sorti de l’auberge, l’ami, et je ne m’étonne pas que tu aies amplement le temps de me lire…

Si je pouvais choisir, je voudrais être de ces inébranlables qui se trouvent magnifiques, même quand ils sont loin de l’être. De ceux à qui cent femmes peuvent dire non sans qu’ils doutent d’autre chose que du mauvais goût de celles-ci. Ceux-là me renversent. Oh, il ne réussissent guère mieux que moi, côté séduction, mais ne dépriment jamais sur la question. Quelque part, pour eux, existe une Miss Univers qui ne rêve que de finir dans leur lit. Tant qu’à être indécis, j’aimerais autant être inconscient comme ça.

Parce qu’au fond, s’il ne reste que le rêve, autant y aller rondement…

Alors que j’écris tout ça, une femme lève la tête de son bouquin, au fond du café, et me regarde à la dérobée. C’est la troisième fois qu’elle le fait depuis vingt minutes. Je l’ai remarquée chaque fois, mais je ne suis pas parvenu à décider de ce qu’elle pensait. C’est exactement le propos de ce billet, bordel, et je ne suis pas plus avancé…

Alors qu’elle se lève et se dirige vers moi, je remarque, amusé, qu’elle tient mon roman à la main. Je pense donc savoir pourquoi elle me regardait, vu que ma grosse face se trouve à l’endos du bouquin. Lorsqu’elle m’aborde, toutefois, c’est pour me demander:

-C’est pas toi qui sortait avec Isabelle, l’an dernier?

Autant pour mon quinze minutes de gloire, apparemment…

-Euh… Oui.

-Ah. C’est toi, ça… qu’elle m’envoie avec du fiel dans la voix, avant de pousser la porte et de sortir…

Ouais, bon… J’ai l’impression que même avec la tête de Brad Pitt, je l’aurais eu dans l’os, sur ce coup…

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