Si j’avais de l’argent…

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Aaaaah! Si j’avais de l’argent!

Combien de fois avez-vous dit, ou entendu l’un de vos proches dire ça…

Bon… Souvent, c’était plus Aaaah! Si j’aurais de l’argent, mais on se comprend…

Le sacro-saint billet. La porte ouverte au moindre de vos rêves. Le fruit de votre dur labeur, qui arrive en trop petite quantité à votre goût, généralement.

Si j’en avais plus, je pourrais faire ci. S’il en entrait plus, je pourrais acheter ça… Je pourrais aller là. Faire ça. Vivre ça.

Je suis désolé de briser vos rêves, mais être riche est un état d’esprit. Ce n’est pas de moi, naturellement, mais ce n’en est pas moins vrai pour autant. Quand j’étais pauvre, je pensais que c’était du n’importe quoi. Une phrase de riche, assurément. Il fallait vraiment en avoir de planqué pour oser dire un truc pareil…

C’était effectivement une phrase de riche, mais de riche qui savait de quoi il parlait…

Puis, un jour, je me suis ramassé à la tête de ce qui, vu mes précédents standards financiers, était une petite fortune. Pas la meilleure situation, pour l’acheteur compulsif que j’étais, mais assurément un problème plus agréable à gérer que de racler les fonds de tiroirs à la fin du mois, ce que j’avais toujours fait.

J’avais été pauvre durant l’essentiel de ma vie. Même quand j’avais de bonnes rentrées d’argent, j’étais pauvre quand même, parce qu’il me brûlait les poches. Quand la manne est tombée, j’avais des années de retard en désirs et en besoins inassouvis.  Prenez un affamé et balancez-le dans un buffet chinois. Devinez ce qui se produira. C’était moi. J’ai fait des razzias dans les librairies, en achetant tellement de bouquins qu’il m’en reste encore à lire, des années plus tard. J’ai acheté assez de films pour me partir un vidéoclub. J’achetais plus rapidement, sur Ebay, qu’on ne pouvait me livrer. J’ai abusé de l’alcool, et d’autres substances. J’ai acheté assez de vêtements et de godasses pour durer dix ans.  Je me suis mis en couple avec des connes high-maintenance, mais sans revenus, qui m’ont coûté la peau du cul et ont plus qu’écorné mon pécule. Je les ai emmenées en voyage, parce que je voulais partir et que ça semblait ridicule de les laisser derrière. Je me suis bien fait avoir. Par les autres, mais encore plus par moi.

Puis, un jour, j’étais assis, seul, dans un bar de Playa del Carmen, et entre deux verres, j’ai réalisé. Je n’étais pas plus heureux pour tout ça. Je l’étais même vachement moins, pour tout dire…

La débarque. La chute. D’aussi haut que j’avais cru m’élever. Toute ma vie, j’avais pensé que l’argent règlerait beaucoup de choses. Peut-être pas tout, mais l’essentiel de mes problèmes. Je m’apercevais que j’avais seulement échangé ceux-ci pour d’autres. J’étais désormais entouré, à quelques exceptions près, de profiteurs. Rien de ce que je m’étais offert n’avait changé quoi que ce soit à mon état d’esprit.

Ça tombait vachement bien, de le réaliser à ce moment-là, il faut dire… En revenant de ce voyage, et en jetant un oeil dans mon compte, j’ai compris que j’étais redevenu pauvre.

Je n’en ai pas été plus malheureux. Ça ne changeait rien. J’avais eu un aperçu de ce que c’était, et ça n’avait rien changé non plus. J’ai simplement repris mes vieilles habitudes. Compter le prix des articles à l’épicerie, et remettre certains trucs sur les rayons, généralement pas au bon endroit. Revenir à des femmes normales, qui ne s’attendaient pas à ce que je les fasse vivre. Sacrer après Hydro-Québec, et baisser le chauffage pour essayer de faire de même avec les comptes. Arrêter de fréquenter les sites d’achats en ligne, et les magasins. J’avais déjà tout ce dont je pouvais avoir besoin, ou croyais avoir besoin. J’avais surtout abandonné toute illusion d’un bonheur relié à la richesse. Ça ne rend pas plus heureux, mais ça ouvre les portes à chercher ce qui pourrait bien vous approcher de ce résultat.

Il vient un temps où tu as pas mal fait le tour de tes désirs, de ce que tu voulais acheter, de ce qui devait t’apporter le bonheur.  À moins de rêver de la grosse baraque à un million ou du voilier à six cent mille dollars, ce qui n’a jamais été mon cas. J’ai la chance de ne pas avoir beaucoup de rêves qui s’achètent. Ce qui me plaisait surtout, c’était d’acheter. Une fois rendu chez moi, je me demandais le plus souvent pourquoi. J’ai dans mon salon un détecteur de métal, pour me le rappeler. J’en avais toujours voulu un; ‘demandez-moi pas pourquoi. Je voulais découvrir des trucs, j’imagine, ce que je n’ai encore jamais fait. Je le regarde, parfois, et ça me rappelle que nos envies n’ont souvent rien à voir avec ce dont on a réellement besoin… Ce foutu truc m’a coûté les yeux de la tête, et il me sert le plus souvent à y déposer mon chapeau…

Cherchez ce qui vous fait plaisir. Cherchez dans les petites choses. Les moments spéciaux, passés avec des gens qui le sont tout autant. Il y a rarement de l’argent d’impliqué dans les petits bonheurs, et quand c’est le cas, ça ne coûte pas grand chose. Les petites attentions de vos proches. La nature. L’exercice. Sortir de votre routine. Profitez-en. Aucun besoin d’en avoir de pilé pour ça. La face de la Reine n’est pas imprimée sur les joies les plus simples.

Quand on me demande, et ça arrive souvent, comment j’ai pu claquer autant d’argent en si peu de temps, je réponds toujours que je me suis acheté une vie. C’est faux, en un sens, même si je me suis effectivement payé la liberté d’écrire.

Ce que je me suis offert, en fait, c’est une meilleure connaissance de moi-même. Ne vous en faites pas. On peut faire ça sans argent, facilement. Sortez. Respirez à fond. Félicitez vous d’être toujours là, et encore d’attaque, avec une envie de voir plus loin. Devenez léger, en laissant tomber les poids que vous trainez sur votre dos depuis si longtemps. Rien ne vous oblige  à vous imposer ça.

Souriez. Parfois, c’est tout ce que ça prend…

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