Comment tuer un enfant en toute impunité

C’est un matin comme les autres. Mike a installé son garçon de cinq ans dans son siège, à l’arrière de la voiture. Il va le reconduire à l’école, comme chaque jour. Il ignore qu’il va croiser la stupidité incarnée sur son chemin. Il est loin de se douter qu’il va découvrir que la justice ne s’applique pas à tout le monde, ce jour-là. Il ne sait pas qu’il a embrassé son fils pour la dernière fois, avant de se mettre au volant.

À l’angle de la rue Davis, à Longueuil, dans une zone de 50 km/h, Mike a tourné à gauche. Il a peut-être vu venir la voiture du flic, mais ne peut se douter que l’imbécile qui la conduit roule à plus de cent vingt. Le flic n’allait pourtant pas sauver une vieille, prise dans un incendie, ni porter secours à la veuve et  l’orphelin. Il allait simplement relever une autre équipe de sa filature. En clair, pour ceux qui ne sont pas familier avec les romans policiers, il allait simplement demeurer devant une maison pour la surveiller, le cul vissé derrière son volant. Rien ne pressait. Aucune urgence. Rien pour justifier sa conduite de fou furieux.

Plutôt que de défendre la veuve, il a failli en créer une. La voiture du policier est entrée en collision avec celle de Mike. À près de cent kilomètre/heure, après une tentative de freinage. L’homme de 29 ans roulait naturellement trop vite pour parvenir à s’arrêter. Sa voiture a percuté le coté droit de celle du père, à la hauteur du siège arrière. Là où se trouvait l’enfant. Il a fallu que les sauveteurs utilisent les pinces de désincarcération pour sortir le bambin de sa prison de tôle froissée.

Cinq jours plus tard, l’enfant est mort des suites de ses blessures, alors que les parents tentaient toujours d’avoir des informations supplémentaires sur le meurtrier de leur fils, qu’ils n’ont jamais obtenues. Le fautif étant sous enquête, on ne pouvait leur dire grand chose. Stéphanie et Mike ont pleuré leur fils, et l’ont enterré. Ils ont attendu que le système lui rende justice. Ils ont attendu que le coupable soit accusé.

Pour n’importe qui, vous, moi, un singe sous lithium, l’affaire était entendue. Quand tu es assez con pour rouler 120km/h dans une zone de 50, sans raison aucune, et que tu causes la mort d’autrui, tu mérites la prison. Si un poteux est passible de six mois d’emprisonnement pour quelques plants de marie-jeanne, un meurtrier, même involontaire, mérite de connaitre l’intérieur d’une cellule.

Le conducteur, toutefois, était policier. Les enquêteurs, même d’un autre service, étaient de la maison, également. Mike et Stéphanie se sont donc entendu dire, la semaine dernière, qu’aucune accusation ne serait portée contre l’homme qui leur avait ravi leur enfant pour toujours.

«Une enquête indépendant est un processus sérieux et rigoureux» a osé dire le gugusse du bureau du directeur des poursuites judiciaires et pénales. J’ignore qui il essayait de convaincre, mais assurément, il ne m’a pas convaincu. Il n’a pas convaincu les parents non plus, ni aucun de ceux qui connaissaient la jeune victime. Naturellement, puisque qu’aucune accusation n’a été portée, le porte-parole du DPCP ne peut donner de détails sur ce qui a justifié leur décision. Si ça tombe bien, toi…

Mike et Stéphanie ne sauront jamais l’identité de l’homme qui a tué leur fils. Il ne savent presque rien des circonstances de l’accident, et ce n’est pas le rapport du coroner qui les a aidé. Comme une enquête était en cours, ledit rapport était des plus succinct. Ce salopard n’a même jamais essayé de s’excuser. Le SPVM, chargé de l’enquête, ne les a pas davantage aidé. Ah, elle est belle, la justice…

Un chum, c’t’un chum ne s’applique pas seulement à la commission Charbonneau. Les policiers se tiennent les coudes, et ce n’est pas le premier exemple du genre à survenir. Qu’on puisse laisser des policiers enquêter sur les fautes d’autres policiers est risible. Idem pour le Barreau du Québec, qui chargent des avocats de décider si une enquête sur un collègue est nécessaire. Comme ces  »enquêteurs » savent qu’un jour, ils pourraient se retrouver dans la situation inverse, ils s’appuient entre eux, et au diable la vérité. C’est indécent, et pathétique.

Il n’y a qu’à penser à l’agent 728, qui n’a été accusée que sous le poids de l’opinion publique. Pensez-vous réellement que sans la vidéo démontrant la multitude d’abus dont elle s’était rendue coupable, ses quatre victimes auraient eu la moindre chance d’obtenir justice? S’il vous plaît…

Service, intégrité, justice est inscrit sur le badge de la sureté du Québec. J’imagine que ça arrive, de temps à autre…

Le comité de déontologie policière est une farce. Il faut être naïf pour penser qu’ils vont défendre les victimes avant leurs membres. N’attendez pas de justice pourrait être inscrit sur leur blason. C’est assurément devenu le crédo de tout ceux qui ont un jour tenté d’obtenir réparation contre un membre des forces de l’ordre qui avait abusé de sa position.

Je parie que c’est également, désormais, celui de Mike et Stéphanie.

Leur fils ne reviendra pas. En composant le 911, par contre, vous pourriez voir arriver à votre secours son meurtrier.

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