Le magasin des clowns

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J’écoutais un reportage sur la fermeture de Smart Set, hier, dont je n’aurais pu moins me soucier, étant donné que je n’y ai jamais mis les pieds, malgré deux ou trois exs qui se sont refait une garde-robe à mes frais. Ce qui m’a frappé, c’est que la reporter  »mode » en a profité pour faire une infopub de Simons. Que c’était donc merveilleux, Simons! Que c’était donc beau! Que c’était donc une grande aventure d’aller magasiner là-bas! Qu’on en avait donc pour notre argent! Des grands couturiers! Une incroyable expérience de magasinage! Un service à la clientèle impeccable! Et que j’te beurre ça quatre pouces d’épais, toi!

Pardon?

Au début, je me suis dit qu’elle parlait sans doute d’un autre magasin. D’une petite boutique de mode magnifique qui avait le malheur de porter le même nom que celle dont je me souvenais pour y avoir maintes fois mis les pieds, dans mes moments de déprime, lorsque j’habitais Québec. C’était nécessairement ça. Nous ne pouvions penser à la même chose, impossible…

Elle ne pouvait parler du magasin des clowns, quand même!

J’ai détesté Québec. À m’en damner. J’habitais le plus bel appartement de ma vie, dans le quartier historique, et j’ai quand même haï ça. J’ai vu la différence entre le tourisme et l’immigration. Moi qui avait toujours adoré y faire un tour pour le salon du livre, je m’apercevais que je ne supportais pas d’y vivre à plein temps. Trop cher. Trop de touristes. Pas assez de parkings. Bon, pas du tout de parking. Bref, j’ai haï. J’ai déprimé. Et chaque fois que je déprimais, je descendais la rue St-Jean et j’entrais chez Simons.

Pour rire un bon coup.

Chaque fois, c’était la rigolade assurée. Chaque fois. Je devais toujours vérifier, pour commencer, que j’étais dans la partie pour hommes, parce qu’avec ce qu’il nous vendent, ce n’était pas gagné d’avance de deviner. Chemise rose, chandail rose, pantalons de pyjama rose. Ah, tiens, un truc bleu! Ah non, je suis rendu du côté des femmes… Le style des vêtements, atroce, me faisait déjà rigoler. Des carreaux partout. Du pastel partout. De quoi bien faire comprendre que vous êtes un bucheron gai… Ou un clown gai, au choix…

Mais les prix, seigneur! Si le reste est une question de goût, puisque tout un chacun a bien le droit de s’habiller en clown pour suivre la mode de la semaine, les prix, moi, me faisaient vachement marrer. 95$ pour une chemise rose? 70$ pour un bas de pyjama à carreaux identique à celui à 15$ chez Sears? Une tuque noire, en cotton, pour 50$? 45$ pour un boxer? 375$ pour un manteau de printemps en vinyle? Chacun son humour, quoi, mais moi, ça me faisait rire. J’adore quand on tente de me prendre pour un con.

Ce n’est pas une question d’argent. Bien que mes goûts restent généralement simples, certains de mes vêtements valent beaucoup plus d’argent que je ne pouvais en dépenser. Le prix de certains de mes chapeaux vous feraient me cracher dessus. Des bottes à 500$, j’en ai. Une vraie femme, sur ce plan. Mais j’ai payé pour de la qualité, par pour du linge qu’on trouve au tiers du prix ailleurs!

Le plus comique, à mon sens, restait leur service à la clientèle. La prétention de leurs employés. Chaque fois, en voyant leur air hautain, je devais me rappeler que je ne venais pas d’entrer chez Saks Fifth Avenue. J’aimais leur poser des questions idiotes pour voir leur bouche se pincer, et leur nez se plisser. Vous n’auriez pas ce joli pyjama à 150$ en rose? Ou en carreaux roses et fuschia, ce serait encore mieux? Le manteau à 500$, il vient avec le skidoo? Comment, je suis déjà dans la section des hommes? Où vous voyez des vêtements d’hommes, dans le coin? Vos gants à 110$, ils sont en peau de chameau, ou quoi?

Je n’étais pas leur client préféré, disons… D’autant plus que je n’ai jamais rien acheté.

J’ai été surpris de trouver des vêtements presque normaux dans leur boutique de Montréal. Oui, celle qu’ils ont fini par ouvrir après avoir refusé de sortir de Québec pendant des années, par un snobisme régional qui a sans doute assez limité leur chiffre d’affaire pour changer d’idée. À Montréal, les prix étaient toujours aussi ridicules, mais le linge l’était un peu moins. Les employées étaient normales, elles aussi. J’ai été déçu. Ce n’était pas comme le cirque du Vieux-Québec… Je suis ressorti avec deux chandails, mais sans avoir ri.

Tout ça pour dire qu’ils vont ouvrir un magasin à Toronto, si ce n’est déjà fait. Ça tombe bien, parce que les Ontariens et l’humour, hein…

Il demeure que je ne crois pas que la reporter de mode et votre humble serviteur risquent un jour de faire la tournée des boutiques ensemble. C’est bien triste, parce qu’elle m’a bien fait rire, elle aussi…

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