Un génie en prison

Jeffrey Archer… Assurément l’un des plus brillants auteurs que l’Angleterre ait produit. Près de trois cent millions de romans vendus. Un conteur extraordinaire, auteur de Kane and Abel, Honnor among thieves, The Clifton Chronicles et j’en passe, et des meilleurs. Chacun de ses romans est un petit chef-d’oeuvre. Ses nouvelles, si possible, sont encore meilleures. Archer siège à la chambre de Lords, est l’ancien chef de l’opposition au Parlement, et s’est mis au roman pour éviter la faillite après une défaite électorale, il y a plus de trente ans. Personnellement, je le considère comme l’un des deux ou trois auteurs vivants les plus talentueux. Il a du génie, ni plus ni moins.

Il y a près de quinze ans, Archer a été envoyé en prison, pour s’être parjuré durant un procès contre un journal britannique qui l’accusait d’avoir passé la soirée avec une prostituée. Que cela soit vrai ou non, le procès a été une véritable parodie, et a enflammé le Royaume-Uni. Le juge, dont c’était le dernier procès, a tout fait sauf aller reconduire Lord Archer jusqu’à la prison. Partial jusqu’à la moëlle, le vieux schnock, comme c’est malheureusement souvent le cas, avant même que le procès commence. Le témoin de l’accusation était une ancienne secrétaire de l’écrivain, qui a admis en cour lui avoir volé des dizaines de milliers de livres sterling, et avait donc tout intérêt à le voir disparaitre derrière les barreaux. L’homme qui avait fourni un alibi à Archer le soir de la prostituée a été, quant à lui déclaré non-coupable. Le juge, dans sa récapitulation des faits au jury, leur a pratiquement demandé de le reconnaître coupable. Lorsqu’ils l’eurent fait, il lui a infligé la peine la plus sévère jamais donnée à un parjure en Grande-Bretagne: quatre ans. Une parodie de justice. Des témoins se sont présentés après le procès pour témoigner que le juge avait, l’année précédente, tenu des propos incendiaires sur l’écrivain lors d’un souper où il était invité. Il le détestait, et avait la chance de lui rentrer dedans. Il a sauté sur l’occasion.

Pour obtenir un équivalent, à notre petite échelle, imaginez que l’on envoie Michel Tremblay, Marie Laberge, ou Patrick Sénécal en prison pour quatre ans, à Rivières-des-prairies, pour avoir menti en cour, et vous serez encore très loin de l’injustice commise à l’égard du romancier, mondialement connu et traduit dans des dizaines de langues. Multipliez également leur talent combiné, pourtant non négligeable, par dix, et vous aurez une petite idée de l’homme que les Anglais ont envoyé, au départ, dans une prison à sécurité maximale. Une vraie blague.

En prison, Archer a continué d’écrire. Il a, au gré des ses transferts dans trois prisons, pondu The prison diaries: Hell, Purgatory, Heaven. Son journal, au jour le jour, de son séjour en prison, et des rencontres qu’il y a faites. Je viens de les relire, et c’est fantastique. Émaillé d’histoires survenues également à ses co-détenus, le résultat est non seulement divertissant, mais incroyablement instructif sur le système pénitentiaire Anglais, tout aussi foireux que le notre. Rien n’y est laissé de côté, avec la synthèse dont l’auteur a toujours fait montre dans ses romans. C’est une critique juste, sensible, et souvent drôle de la vie derrière les barreaux, par un homme désespéré d’avoir été condamné aussi injustement. Nombre de ses co-détenus, pour avoir battu quelqu’un à mort ou avoir importé pour des millions de dollars de drogues, avaient reçu des sentences plus légères que la sienne. Ça vous donne une idée…

The prison diaries est une leçon de vie, réellement, qui n’a jamais eu la prétention d’en être une. Archer y travaillait pour passer le temps, pour oublier, pour ne pas devenir fou. Pourtant, il en ressort une grande dignité, le visage de l’homme qu’il est vraiment, derrière la célébrité, le succès, et l’argent. Sur beaucoup de points, il m’y rappelle mon vieux. Sur plusieurs autres, je m’y retrouve moi-même. Si vous lisez en anglais, c’est un must qu’il faut absolument vous procurer. J’ai eu autant de plaisir à les relire qu’à les découvrir. Ça se lit pratiquement comme un roman, et vous y partagerez sa révolte et ses espoirs. Vous y découvrirez un univers parallèle, où l’honneur est souvent plus présent qu’il ne l’est dans notre société. À lire absolument.

Archer vous donne l’impression, l’espace de cette trilogie, d’être dans la cellule d’à côté….

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