Ceux sur qui vous marchez…

Dans la vie, chaque nouvelle expérience est sensée nous apprendre quelque chose, sur un plan humain. Chaque nouvelle rencontre. Chaque nouvel emploi. Chaque nouvelle expérience. Chaque jour qui passe, si vous êtes à l’écoute, offre une leçon à retenir. La plupart du temps, toutefois, nous demeurons sourds et aveugles, parce que la vie passe rapidement,  que la routine embarque, et que nos préoccupations prennent le dessus. Notre dialogue intérieur en est un de sourds, le plus souvent:

-Qu’est-ce que je vais faire pour souper? Et où est-ce que je vais prendre l’argent pour la garderie du petit, cette semaine? Est-ce que je vais avoir le temps de…

-Oh! Regarde ça! Je pense que tu pourrais tirer quelque chose de…

-Et si je retire l’argent de mes REER, est-ce que je vais payer plus d’impôts sur…

-He! Je te parle! Ouvre les yeux! Regarde ce qui arrive! Regarde la belle leçon de vie!

-Hein? Quoi? De quoi tu parles?

-Laisse faire, l’épais… T’as manqué ta chance d’apprendre de quoi…

-Ouais,bon… On prendra la prochaine, hein…

Ce n’est jamais plus évident, à mon avis, que dans notre rapport aux autres. Pas celui que vous entretenez avec votre femme, votre famille ou vos amis; on est tous agréable avec ceux qu’on aime. Réfléchissez plutôt à votre façon d’être avec les inconnus qui vous servent. La serveuse du resto. La barmaid qui vous apporte votre verre. Le type qui vient ramoner votre cheminée, remplir l’huile de votre réservoir, vous porter votre pizza. Avez-vous tendance à penser, dès le départ, que c’est leur boulot de vous servir? Trouvez-vous normal de les prendre de haut? Est-ce habituel, pour vous, de juger de leur performance?

Ces jours-ci, j’y réfléchis. J’ai accepté un poste de livreur pour la période du temps des fêtes. Je ne nommerai pas de compagnie, mais disons seulement que je suis habillé en brun de la tête aux pieds, et vous n’aurez pas à chercher bien loin. Je vous raconterais bien que j’y faisais de la recherche pour cet article, mais j’ai simplement besoin de l’argent pour offrir des cadeaux de Noël à mes proches. Pour en avoir bavé, dans la vie, j’ai toujours trouvé important de faire sentir au premier venu que sa présence comptait, et que son travail était apprécié, mais je m’aperçois que c’est une préoccupation que ne partage pas la plupart des gens, et je me demande pourquoi.

De quel droit, en fin de compte, peut-on se considérer meilleur que qui que ce soit, sans connaître un seul détail de leur vie? Ceux pour qui c’est la routine de cracher sur les détenteurs d’emplois qu’ils croient subalternes n’ont aucune idée de la vitesse à laquelle la vie peut les ramener sur le plancher des vaches. J’ai de la peine pour eux, parce qu’ils seront drôlement démunis lorsque le train les frappera. En période difficile, ce sont rarement les privilégiés au milieu de qui ils évoluent qui seront le plus à l’écoute. Ce seront justement ceux sur qui ils crachaient. Ceux qui connaissent la réalité; ceux qui savent que la vie est vache. En cette période de fêtes, il n’y a qu’à voir qui fait vraiment preuve de générosité. Les collectes de cadeaux et de denrées ne sont pas organisées par les riches, mais par ceux qui ont déjà mangé de la vache enragée et du boeuf à spring. Les actes de générosité sont le fait de ceux qui n’ont pas oublié par où ils sont passés.

Ce devrait être une façon d’être, dans un monde idéal. D’être à l’écoute du prochain. D’accorder à chacun la même importance, qu’il vous livre votre courrier ou dirige Poste Canada. Les respect devrait être une ligne de conduite, ce qu’il n’est que rarement. C’est dans la nature humaine de catégoriser les gens, influencés que nous sommes par leur boulot, leur apparence ou l’idée que nous nous faisons de notre place dans l’existence. Cette semaine, alors que j’entrais dans une entreprise pour livrer un paquet, une secrétaire discutait avec sa collègue de l’article de journal annonçant la remise du prix littéraire que m’a remis Drummondville la semaine dernière. Elle lui disait qu’elle irait sans doute acheter mon roman à son fils pour Noël. Elle m’a ignoré, le temps de terminer sa conversation, et m’a ensuite ordonné, sans sourire, de déposer le paquet plus loin et de lui faire signer la réception, parce qu’elle n’avait pas que ça à faire. Elle n’a jamais réalisé qu’elle avait ma photo sous les yeux. Ça m’a fait rigoler, mais je suis plutôt résilient face au mépris, et je ne travaillerai là que pour un mois. Ce genre d’attitude, sur vingt ans, pour un livreur de profession, provoque un tout autre effet, ce que cette dame ne comprendra jamais, bien qu’elle occupe elle-même une position  »subalterne »… Les gens ne voient que ce qu’ils veulent voir, et les moins confiants d’entre eux ne parviennent à assurer leur assise qu’en marchant sur les gens qu’ils croient inférieurs. Triste…

Pas vous, par contre, hein? Tous les auteurs aiment à se faire une idée de leurs lecteurs, et je vous vois brillants, généreux, et à l’écoute de votre prochain. Je vous vois simples, réalistes et intelligents. Vous savez donc que personne n’est au-dessus, ou en-dessous de vous. Vous savez que nous sommes tous égaux, que nous allons tous aux chiottes de la même façon, et qu’un salaire ou un poste ne définit en rien qui nous sommes.

Je sais donc que vous allez laisser un généreux pourboire et un grand sourire à votre serveuse ce midi. Que vous allez donner l’impression à votre barmaid que vous n’avez jamais reçu un aussi bon service, ce soir, et que vous allez même aller à la rencontre de votre livreur, au boulot, pour lui ouvrir la porte. Ça ne vous prendra pas trente secondes, mais ça va leur faire du bien, et à vous également. Plus on donne, et plus on reçoit; il y a réellement un karma.

Vous allez faire tout ça parce que vous pourriez bien vous retrouver en panne sur le bord de l’autoroute, au retour du travail, avec un cellulaire dont la batterie est à plat, et que vous savez très bien que ce n’est pas le PDG de compagnie dans sa BMW qui va s’arrêter pour vous venir en aide.

Ce sera la serveuse de ce midi, qui a déjà eu une Honda accord qui tombait en rade à tous les coins de rue, et qui connaît l’effet que ça fait. Elle a retenu la leçon, parce qu’elle a écouté.

Puissions-nous tous en faire autant…

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