En attendant mon meurtrier…

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On peut dire ce que l’on veut du Québec et du Canada. On peut dire que nous sommes une nation de porteurs d’eau, et il y aurait un fond de vérité. On peut dire que le Canada, sous l’égide de Harper, se fout de l’environnement, et ce ne serait pas faux. On peut dire qu’on privilégie une littérature et un cinéma de braillards, et ma foi, je ne vois pas comment je pourrais contredire ça. On peut dire Que Couillard est un incompétent, que Harper est un imbécile, que Pauline Marois était nulle comme première ministre. On peut dire que le Canadien est mené de main de maître, comme on peut dire que Therrien fait du n’importe quoi. On peut dire que les lois sont trop ou trop peu sévères. On peut dire que les musulmans, les juifs, ou les chrétiens nous font chier et réclament tous des traitements de faveur.

En fait, on peut dire ce qu’on veut, et c’est la beauté de la chose…

Raïf Badawi, lui, n’en avait pas le droit, et il l’a tout de même fait, en se doutant bien de ce qui lui arriverait…

Raïf n’est pas n’importe qui, et en même temps, il l’est. Il a gagné le prix reporters sans frontière, mais il est aussi M. Tout-le-monde. Ce qu’il dit tout haut, ils sont nombreux, en Arabie Saoudite, à le penser tout bas. Sur son site, il n’a pas appelé au meurtre de qui que ce soit, ni à une révolution violente comme celle du printemps arabe. Il a simplement milité pour que ses concitoyens aient le droit de penser par eux-mêmes. Il a insisté sur le fait qu’il pouvait, comme être humain, réfléchir en dehors des lois islamiques. Il a fondé un site internet demandant de libérer l’Arabie Saoudite du carcan de l’Islam. Ça prenait un foutu courage. Il savait qu’il allait payer le prix. Peut-être pas à ce point-là, remarquez…

Il a été arrêté et interrogé à propos son site, puis relâché. Il s’est exilé lorsque qu’une fatwa a été publiée pour le condamner d’avoir osé dire que nous étions tous égaux, sans égard à notre religion. Il a organisé une journée du libéralisme, qui lui a valu d’être à nouveau arrêté. Lorsqu’il est revenu de son exil, on l’a empêché de sortir du pays, puis on a bloqué ses comptes en banque. En 2012, on l’a arrêté définitivement…

Ces dernières semaines, on l’a condamné à recevoir mille coups de fouet en public, à dix ans de prison, et à… 318$ d’amende.  Putain, c’est les 318 piastres qui ont dû le faire chier…

Tout ça pour avoir simplement voulu être sensé, quand personne ne l’était. Les chances de voir cette sentence levée sont d’une sur un million, même si l’opinion mondiale se prononce. Les gouvernements occidentaux ne poussent pas trop le bouchon pour le défendre non plus, car enfin, L’Arabie est un pays ami, après tout…

Vendredi dernier, il a été fouetté sur la place publique. Après qu’un médecin se soit assuré qu’il était assez en forme pour ça… Si ce n’est pas le comble de la stupidité, je ne sais pas ce que c’est. Ils l’ont fouetté pour l’exemple. Pour démontrer que ne pense pas qui veut, en Arabie Saoudite. Ils l’ont fouetté pour éviter  que d’autres prennent exemple sur lui et se mettent à penser par eux-même. C’est contagieux, la liberté. Ça s’attrape vite, et il n’y a pas de retour en arrière une fois infecté. Ça se répand à travers les foules, et rendu là, allez savoir ce qui pourrait arriver… Un pays dont la pensée date de mille ans pourrait bien faire un bond en avant.

Ils l’ont fouetté, mais s’ils croyaient le faire plier, ils en ont été pour leurs frais. Il n’a pas émis un son.

Je te salue bien bas, collègue… Je doute fort que dans la même situation, j’aurais pu faire de même…

Dans ce blogue, je me suis moqué de la stupidité de notre gouvernement. J’ai décrit la mentalité musulmane comme attardée. J’ai torché l’Arabie Saoudite en long, en large, et en travers. Je me suis attaqué à des institutions. J’ai fait l’apologie de Charlie Hebdo.  J’ai démoli des flics qui le méritaient. J’ai ri de notre système de justice, mal foutu et créant plus de victimes qu’il n’en venge. Bref, je n’ai épargné personne.

J’ai reçu des courriels d’injures, oui, et une ou deux menaces voilées.  Des flics m’ont écrit pour me dire qu’ils n’appréciaient pas, mais alors pas du tout. Des musulmans m’ont écrit pour me traiter d’enfoiré. Personne, toutefois, n’est venu m’arrêter. Personne n’a tenté de venir me foutre une raclée, ou de me tirer dessus. Peut-être parce que j’habite désormais Drummondville et que ça fait loin pour venir faire chier quelqu’un, mais quand même… Je suis toujours vivant, et libre, pour l’instant. Libre d’aller à ma guise, et surtout, libre de penser.

Raïf, lui, est emprisonné, pour des propos beaucoup moins virulents que les miens. Je ne veux même pas imaginer une cellule de prison saoudienne. Le traitement qu’on doit lui réserver dans sa prison, même avec Amnistie Internationale qui veille. Ça ne les arrête pas vraiment, les Saoudiens, l’opinion des autres, en sachant le nombre d’alliés qui ont besoin de leur pétrole. Et s’ils le laissent sortir, il se trouverait assurément un enculé pour attenter à sa vie.

Terminons sur une  »bonne » nouvelle: la cession de flagellation qui devait avoir lieu aujourd’hui a été reportée, pour  »raisons médicales ». Je veux y voir une façon, pour l’Arabie Saoudite, de reculer sans perdre la face, mais je doute fort qu’on lui épargne la peine de prison. Ils ne peuvent se permettre de céder, car il y aura demain dix Raïf Badawi pour prendre la relève. Puis cent le surlendemain. Puis mille, puis…

Ce qu’ils ne semblent pas réaliser, c’est que Badawi a déjà réussi, qu’il soit ou non en captivité. D’autres prendront la relève. L’oppression a souvent l’effet inverse de celui désiré. Prenez simplement Charlie Hebdo. De petit canard satyrique, distribué à 75000 copies, ils ont vendu des millions d’exemplaires de leur dernier numéro. Rien à voir avec la qualité du produit. Tout à voir avec le fait de se tenir debout.

Je continuerai donc de prêcher dans le désert, en espérant que quelqu’un entende. Je continuerais même si on me menaçait. Je continuerais même si les flics en avaient après moi. Je ne parviendrais peut-être pas à subir la flagellation avec autant de flegme que ce héros, mais je continuerais néanmoins. Il a mille fois plus de courage que je n’en ai, alors c’est le moins que je puisse faire…

La bêtise humaine, je ne supporte pas, et de l’endurer en silence, encore moins. Alors en attendant le premier qui viendra s’en prendre à moi physiquement, je continue. En me rappelant que même si je trouve notre pays insignifiant, par moment, c’est mieux que la tyrannie.

Vous cherchiez une bonne action à faire aujourd’hui? Allez donc signer la pétition d’Amnistie internationale pour le libérer. Je doute fort qu’on y parvienne, mais peut-être pourrons-nous les faire hésiter à emprisonner le prochain. Même s’il n’y avait qu’une toute petite chance, ça vaudrait le coup.

https://www.amnistie.ca/outils/petitions/index.php?PetitionID=69&utm_source=All&utm_campaign=Selfies+Raif&utm_medium=email

Peut-être, aussi, parviendrons-nous à leur faire honte…

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