Feuilleton: La folle de Paris, partie 1

J’ai envie de vous raconter une histoire. Une histoire vraie, en plus, même si elle a l’air des plus fausses. Comme auteur, je n’aurais même pas osé. J’ai envie de vous la raconter en feuilleton, comme dans le temps, un épisode à la fois. Au départ, ça porterait presque à sourire. Vers la fin, je ne sais pas… Vous rirez probablement, mais surtout de ne pas avoir été le dindon de la farce…

C’est l’histoire de Patrick. Patrick vient à la fois de se séparer et de conclure un gros marché, au travail, qui l’a rendu presque riche, du moins selon ses standards. Il vient de rencontrer une femme. Peut-être le rebound, il ne le sait pas, mais elle est vraiment charmante. Elle est mignonne, et surtout, elle est drôle, et Patrick a bien besoin de rire. Elle ne démontre pas une envie de s’attacher intempestive, il est vrai, mais les semaines se succèdent, à l’étonnement de Patrick, et elle est toujours là. Appelons-la Julie, disons. C’est son nom, après tout… Il est possible qu’il vous en vienne d’autres à l’esprit avant que tout ceci ne soit fini. Patrick finit donc par s’attacher. Le con. Il existe des femmes qui fuient lorsque vous leur dites je t’aime, pareil que dans notre clan à nous. Patrick a attendu trois mois, avant de le dire. Il n’a pas écouté, quand on lui a dit que c’était plus safe d’attendre qu’elle le dise en premier.  L’embêtement, vous voyez, c’est que Patrick, tout de suite après avoir dit je t’aime, a aussi dit: je nous ai pris un voyage de dix jours en amoureux à Paris!

Double-connard…

Julie serait partie, mais elle aime voyager. Patrick, lui, a fini par se dire que ce voyage-surprise, la semaine suivante, tombait vachement bien parce que l’attitude de Julie avait un peu changé depuis l’annonce. Elle l’assurait que le voyage la comblait de joie. Sa joie à elle le comblait lui. Il a décidé de lui en mettre plein la vue. Vol en première classe. Hôtel cinq étoiles à deux pas du Louvres. Grand restaurants. Argent de poche. C’est arrivé à cette partie que j’ai finalement perdu mon calme:

-Minute! Tu l’emmenais à Paris et tu lui fournissais en plus de l’argent de poche?

Je n’ai pas poussé. Son regard piteux en disait assez sur comment il se trouvait con.

Avant même d’embarquer dans l’avion, les choses se sont mises à déconner sérieusement. Vraiment. Deux jours avant le départ, au milieu d’une conversation banale, Julie a dit à Patrick:

-Je ne suis pas une prostituée!

Le pauvre gars en est demeuré comme deux ronds de flan. Hein? Elle aurait pu s’exclamer qu’elle ne venait pas de la planète X qu’il n’en serait pas demeuré plus bouche bée.

-Je te demande pardon?

-Tu me traites comme une pute!

Nouveau moment de silence, pendant lequel Patrick cherche ce qu’il a fait de mal, et ce qui, au nom du ciel, avait bien pu lui donner l’impression. Il lui emmène des fleurs, lui écrit des poèmes et des chansons, l’invite au restaurant, et après trois mois, elle n’a encore jamais essayé de régler une addition. Et c’est précisément ce qu’elle se met à lui reprocher, à deux jours du voyage!

-Tu m’entretiens comme si j’étais ta pute!

Patrick est bien tenté, un instant, de souligner qu’ils baiseraient sans doute plus régulièrement si elle était sa pute, mais il se retient, parce qu’il a été bien élevé. Dans cette éducation, d’ailleurs, on lui a enseigné qu’un homme s’occupait de l’addition, point barre. Si elle avait voulu payer un soir, il l’aurait laissé faire, mais elle n’a jamais essayé.

-Tu veux payer ta part du voyage, c’est ça? J’en suis à 7000$ actuellement… Sens-toi bien libre de me faire un chèque…

-C’est pas ça! (tiens donc…) J’ai même pas eu le choix de l’hôtel! Ni de l’avion!

-Hein? C’est un cinq étoiles dans le plus beau quartier de Paris! Plus des places en première classe! Qu’est-ce que tu veux de plus? Qu’est-ce que tu aurais choisi d’autre?

-Je l’sais pas, mais j’aurais eu le choix!

Patrick est reparti assez désorienté, ce soir-là, après une heure de conversation du même genre, sans queue ni tête. Il était surtout inquiet que sa copine soit malade, parce qu’elle n’avait jamais agi de la sorte. Pauvre vieux… Ce n’était que le début…

Le lendemain, Julie était revenue à la normale, et s’enthousiasmait pour le voyage. À n’y rien comprendre. Elle était devenue froide, la blonde de Patrick, mais il se disait que dix jours dans la Ville-Lumière allait faire le boulot et la ramener à de meilleures dispositions. Comme on peut se tromper.

À l’aéroport, Julie a pété une crise. Parce qu’elle avait oublié une paire de souliers qu’elle voulait emmener. C’était la faute de Patrick, naturellement, parce qu’il ne lui avait laissé qu’une semaine pour faire sa valise. Que son chum ait fait la sienne en vingt minutes sans rien oublier le matin même n’entrait pas dans l’équation. Puis, ça a été une crise parce que le douanier l’a obligé à abandonner sa crème solaire qu’elle trainait dans sa sacoche, ‘demandez-moi pas pourquoi… On sait tous qu’en novembre, à Paris, le soleil tape fort… Finalement, une troisième crise dans l’avion, parce que leurs sièges en première classe n’était pas du bon côté de l’allée.

-Et pourquoi tu ne l’as pas simplement dompée comme une merde à ce moment-là? que j’ai demandé à Patrick.

-J’aurais dû, après la seconde crise. À la troisième, on était déjà dans l’avion. Trop tard…

Effectivement, il était trop tard. C’était parti pour dix jours de plaisirs du même genre…

À SUIVRE…

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