La folle de Paris, partie 2

Rappelons brièvement les faits. Du point de vue de Patrick, il vient d’arriver à l’aéroport Charles-de-Gaulles, à Paris, en compagnie de son amoureuse, dont les mouvements d’humeur l’ont un peu décontenancé, durant la semaine. De notre point de vue, ce pauvre Pat entame un voyage de dix jours à Paris avec une personnalité borderline qui est parvenue à faire croire qu’elle est normale, depuis trois mois. Toujours content de l’interrompre, je demande:

-Il ne t’est pas passé par l’esprit que si tu n’avais jamais dormi avec elle, ça n’avait peut-être rien à voir avec le fait que tu ronfles? Qu’elle n’était peut-être simplement pas capable de simuler la normalité douze heures en ligne?

-J’y ai pensé depuis…

Julie ne prend pas le métro. C’est trop commun. Ni l’autobus, d’ailleurs, pour les mêmes raisons.  Taxi, donc, et Patrick préfère ne pas réfléchir à la somme qu’il doit débourser une fois arrivés à destination. Julie pépie sans arrêt et semble heureuse, alors il ne veut pas gâcher son humeur.

La chambre, selon les standards locaux, est immense, et ses fenêtres donnent sur les jardins du Palais Royal. Elle est à deux pas de tout, et Patrick se dit que ça vaut bien les cinq cents dollars par nuit qu’il a déboursé. On pourrait aisément dormir à quatre dans le lit, et il y a même une cuisine, parce que Patrick tenait à lui faire ses déjeuners au lit. Patrick n’a jamais entendu dire qu’on pouvait pourrir une femme, ‘voyez, surtout si le fruit n’était plus très frais.

-C’est pas ça, notre chambre?

-Oui m’dame! C’est quelque chose, hein?

Pat n’est pas non plus très fort pour saisir les intonations.

-Ordinaire…

-Non! Elle a pas dit ça!

Ça, c’était pas Patrick. C’était moi.

Patrick est redescendu à l’accueil, et croyez-le ou non, a demandé un upgrade de sa chambre. Je l’aurais volontiers claqué.

Une fois la princesse satisfaite, ils sont finalement partis explorer Paris. C’était presque romantique, me dit mon pote, mais j’ai comme un doute sur la question. Vu ce qui est arrivé en soirée, il serait réaliste de penser que la demoiselle ne se sentait pas des plus romantiques… Ils ont néanmoins exploré la ville, où Patrick était déjà allé, mais toujours en solitaire. Je suis sûr qu’il se demandait déjà s’il n’aurait pas mieux fait de venir seul, encore une fois.

-D’autant plus qu’une prostituée t’aurait coûté beaucoup moins cher…

-Jim, calice!

Ça non plus, ce n’était pas Patrick. C’était mon ex. J’avais une fâcheuse tendance à oublier qu’elle était dans la pièce, parfois. Quand elle m’a laissé, j’ai mis trois semaines à m’en apercevoir.

Patrick ne s’est pas offensé. Il a simplement hoché du chef.

-Et au moins, j’aurais baisé!

-Quoi? Parce qu’en plus, elle ne t’a pas baisé à mort après un tel cadeau?

Ça, on pourrait croire que c’est moi. Toujours, mon ex, en fait… Quand la plus grande des féministes te sort un truc pareil, c’est grave…

Julie voulait voir la Tour Eiffel. Tout le monde veut la voir à son premier voyage. Une fois sur place, alors qu’ils étaient assis sur un muret de béton, Julie s’est retournée et a dit à son amoureux.

-Je t’aime pas. Tu le sais, hein?

Faut offrir des points pour la ligne directe, y’a pas…

-En fait non… Je l’apprend à l’instant… a dit Patrick, dépité.

Détruit serait plus juste. Il était vraiment amoureux.

-C’est pas que je ne t’aime pas, mais… Je ne suis juste sûre de rien… Pas sûre d’être attirée par toi, non plus…

Pat n’a rien répondu pendant un moment, les yeux fixée sur l’interminable file de touristes attendant à leur tour de monter. Il déteste grimper dans la tour, mais vient tout de même de se taper deux heures d’attente en bas, pour monter, et une en haut, pour redescendre.

-On s’entends plutôt bien… En attendant que tu sois sûre de ce que tu ressens, on sera bons amis…

Je n’arrive pas à croire qu’il ait dit ça:

-Bons amis, ok, mais tu l’as virée de la chambre dès ton retour à l’hôtel, non?

-Non. Elle pouvait retomber amoureuse de moi, non? Si je prenais très soin d’elle, et qu’elle le voyait?

Je suis certain que j’ai le même air qu’un type qui voit descendre un vaisseau de l’espace dans sa cour arrière. Je n’ai pas vraiment entendu ça. Je sais que l’amour rend con, mais là!

Après qu’elle l’eut laissé, il l’a emmené manger à la Tour d’Argent, le restaurant le plus cher de Paris. Je suis certain que nulle part sur la planète, ce soir-là, se tenait un type plus idiot que Patrick, mais c’est vraiment ce qu’il a fait.  S’il le faisait pour l’impressionner, d’ailleurs, il l’a eu dans le baba. Elle n’avait jamais entendu parler dd ce cinq étoiles, son menu à elle n’avait pas de prix, et elle n’a pas aimé la fine cuisine. Alors qu’il signait une facture de près de huit cent euros pour le repas, en soirée, elle a trouvé à se plaindre de la bouffe.

À leur retour dans leur palace, la demoiselle s’est dévêtue langoureusement devant Patrick, et il a repris espoir, quand elle est venue le rejoindre au lit. Jusqu’au moment où il a tendu la main vers elle et qu’elle s’est exclamé:

-Je ne suis pas une pute!

Subitement, les neufs jours restants parurent plutôt longs à notre ami…

À SUIVRE…

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