Vous voulez lire de la merde? Continuez à en acheter…

on

Une des phrases que j’entends  le plus souvent, à propos du roman québécois est celle-ci:

Moi, je me force pour lire du roman québécois!

La personne te le dit avec fierté, en se disant que comme auteur, tu ne peux qu’encourager à acheter québécois. Ce qui m’attriste, c’est qu’ils ne réalisent jamais ce qu’ils viennent de dire:

ils se FORCENT…

Ce n’est pas un jugement. Moi aussi, je dois me forcer pour lire québécois. En fait, je ne me force même pas. J’ai décidé il y a longtemps que je ne lirais que ce qui me plairait, sans jamais m’attarder aux modes, aux avis des autres, ou à des facteurs extérieurs comme la nationalité ou le sexe de l’auteur. Malgré cela, je lis peu de femmes, et pratiquement aucun auteur d’ici. Certains styles cadrent simplement mieux avec mes goûts.

Je ne vois pas le point de lire un auteur simplement parce qu’il habite le même coin que moi. J’achète les romans de mes amis pour les encourager, mais ça s’arrête pas mal là. À quelques exceptions près, je ne suis pas trop friand des romans d’ici, et c’est tout.

Il y a sûrement des gens qui dévorent le roman québécois. Il doit y en avoir qui ne jurent que par ça. Je n’en ai jamais rencontré, personnellement, mais il y en a nécessairement. Des amateurs d’histoires braillardes, il y en a des tas. J’ai peu de sous pour m’acheter des bouquins, et je dois choisir prudemment. Je ne vois pas l’intérêt d’acheter quelqu’un d’ici si ça ne me plait pas. Non seulement je vais être pris avec un roman chiant, mais en plus, je vais encourager un style que je ne veux pas voir perdurer… À voir l’état du marché, je ne dois pas être le seul à le penser.

J’ai été élevé autant sur les classiques français que sur les best-sellers américains et anglais. C’est ce qui me plait, et c’est à l’opposé de notre littérature. De plus, non content de produire de la merde en quantité, notre marché littéraire est snob, et pas qu’un peu. On ne voit jamais que la même demi-douzaine d’auteurs à la télévision. Mon père a vendu près de deux millions de copies de ses romans, un record au Québec, et je vous mets au défi de trouver une émission d’importance à laquelle on lui ait demandé de participer. Par contre, Marie Laberge, Christine Brouillet et Michel Tremblay n’ont qu’à sortir un bouquin pour faire la tournée des grands ducs sur tous les réseaux de télé.  Naturellement, les auteurs que l’on voit le plus souvent sont toujours ceux qui n’ont pas besoin de pub pour vendre leurs romans…

Je ne prêche pas pour ma paroisse. Le marché ne m’a pas ignoré. Pour quelqu’un qui s’est fait sa pub sans aide de son éditeur, j’ai été plutôt bien reçu, notamment par Lettres Québécoises, qui m’a gâté de deux articles, et par la ville de Drummondville, qui m’a récompensé pour le roman en décembre dernier. Je pense à un auteur comme François Barcelo, qui devrait être beaucoup plus connu qu’il ne l’est, après avoir fait paraître autant de romans. Son nom a bien failli ressurgir, lorsqu’on a fait d’un excellent roman un très mauvais film, avec Cadavres, mais sinon, ces dernières années… On parle pourtant ici du premier Québécois (et du seul, à ma connaissance…) à avoir publié dans la célèbre Série Noire de Gallimard, non pas une, ni deux, mais trois fois. Son roman Moi, les parapluies est, à mon avis, le meilleur publié au Québec depuis trente ans. Suivi ensuite par… Cadavres, du même auteur… Je ne dis pas que Barcelo est le meilleur auteur que j’aie lu, mais aux standards du Québec? Ce type devrait être une rock star de la littérature…

Mais non… Pas d’homosexuel qui ne s’assume pas et veut partir au Congo pour redécouvrir sa richesse intérieure, dans ses romans… Pas de déchirures intérieures développées sur soixante pages… Comme moi, et comme nombre d’autres auteurs qui n’ont pas eu la chance de publier, François Barcelo raconte des histoires, du point A au point B. Avec humour et avec style, mais sans fioritures, et c’est ce qui manque à notre marché. Des conteurs. Pas des écrivains grandiloquents qui aiment se gargariser de leurs propres mots, mais des auteurs efficaces, qui vous tiennent sur le bout de votre siège. J’ai beau chercher, je ne parviens pas à en dénombrer une demi-douzaine, parmi mes collègues.

Notre marché va mal? Nos livres ne se vendent pas? Donnez-nous des histoires dont on ne puisse plus décrocher; c’est aussi simple que ça. Et pour l’amour du ciel, cessez de commander de la merde, si vous voulez qu’on cesse de vous en servir…

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