Cette année…

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Avril ’88. J’ai neuf ans, et des envies de meurtre. Je sauterais dans un autobus pour Boston armé d’un couteau à beurre pour aller régler le compte de Michael Thelven. Je ne suis pas très grand, mais je pourrais toujours le poignarder à la hauteur des genoux. Je n’ai jamais haï avec une telle intensité. Je dois rabattre ma rage sur mon oreiller, parce que je n’ai pas la permission de sortir de la maison, moins encore de la ville, ce qui vous laisse imaginer la réponse de mes parents si je demandais celle de sortir du pays. N’empêche, j’aurai la peau de cet enfoiré, un jour ou l’autre.

J’ai neuf ans, tout mon temps, et personne ne touche à Stéphane Richer, surtout en série…

J’ai tendance à croire que j’aimais le hockey parce que mon père aimait le hockey. On parle après tout du gamin qui avait appris les réponses à six mille questions d’un jeu sur le hockey juste pour pouvoir le battre et se faire remarquer. Pourtant, j’étais vraiment un passionné, ce qu’il m’est facile d’oublier, jusqu’à ce que je repense au coup de hache de Michael Thelven sur le poignet de notre dernier marqueur de cinquante buts. Il n’y avait pas eu, alors, de micro-fracture, mais une bonne vieille fracture à l’ancienne. Je connaissais le dégoût pour la première fois de ma vie.

Je ne sais pas ce qui m’a refroidi, avec le temps. Le nombre d’équipes, qui donnent l’air aux joueurs adverses de cousins éloignés qu’on voit une fois aux deux ans? La dilution du talent, qui donne comme résultat que chaque équipe est heureuse d’afficher deux bons joueurs et tout un tas de talentueux plombiers? La polémique ridicule autour de Randy Cunneyworth et de la langue française, qui m’avait franchement dégoûté d’être francophone? Le manque de vedettes charismatiques? La disparition de la Soirée du hockey? Allez savoir…

Un jour, j’ai simplement cessé de suivre les matchs, et me suis mis à lire les résultats dans le journal. J’étais fan, mais pas assez pour payer, et j’avais des besoins plus pressants. Alors que le hockey se doit d’être notre sport national, rassembleur et porteur d’espérances, il est de plus en plus difficile, pour une personne aux moyens modestes, d’y avoir accès autrement qu’à la radio. Essayez un peu d’aller voir une partie au centre Bell…

Au printemps, je retombe en enfance. C’est peut-être renforcé par le fait que j’écoute souvent les matchs à la radio, comme dans le temps, quand le père voulait avoir la paix pour écouter le hockey et m’envoyait me coucher après la première période. Je le sais bien, que je ne mérite pas de me réjouir comme vous, parce que je n’ai pas souffert durant plus de quatre-vingt parties pour y parvenir, mais tant pis. J’ai souffert en lisant la section des sports du Journal. Je vous garantis que la grammaire de certains journalistes est souffrante…

Deux matchs. Deux victoires, et je me revois, en ’93, sur Ste-Catherine, pour le défilé. J’y peux rien. C’est dans notre code génétique. À la maison, il y avait la religion et le hockey. Je ne crois pas que j’aurais fait tout un foin, si un type avait cassé le poignet de mon curé, mais il n’avait jamais compté cinquante buts en cinquante matchs non plus…

Je vais écrire ici un truc que je n’ai raconté qu’une ou deux fois, parce que je sais que la majorité d’entre vous n’y croiront pas. 1993. Les Nordiques mènent par deux parties et la ville est pratiquement en deuil. Personne n’arrive à y croire. J’ai quatorze ans, et je suis assis à la table de cuisine, devant l’arbre des séries que le journal imprime chaque jour. J’inscris les quatre matchs suivants pour le Canadien, puis, pour m’amuser, je décide du gagnant de chaque série, match par match, et des séries suivantes, tant qu’à y être, jusqu’à la coupe Stanley. L’idée est de remonter le moral du vieux. Je me rappelle de sa tête quand je le lui avais donné, ce jour-là… Comme si j’étais le dernier des cons, mais attachant tout de même, vous voyez… Je n’ai pas tellement changé.

Si j’avais eu dix-huit ans et que j’avais été assez stupide pour parier sur de telles prédictions, je serais aujourd’hui multi-millionnaire. Je ne me suis trompé que sur la durée d’une seule série, dans l’Ouest, ce qui ne changeait rien au résultat. Je trouvais qu’une série contre les Kings la foutrait bien, puisqu’on ne les voyait jamais. Après la mort de mon père, vingt-cinq ans plus tard, j’ai retrouvé dans son bureau l’arbre des séries que je lui avais offert ce jour-là. Il n’a jamais dit un mot sur mes prédictions…

Ce printemps, j’ai neuf ans à nouveau, et l’impression que c’est pour cette année. Vraiment. Je ne suis même pas vraiment un fan, et je le sais quand même. Il y aura un défilé au centre-ville, cette année. Ce serait con d’oublier de transmettre leur itinéraire…

Et si quelqu’un devait s’en prendre à Pacioretty, j’ai toujours un couteau à beurre, et une voiture, désormais…

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