Les lignes ouvertes

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-Vous êtes un gnochon, un cave et un imbécile, mon cher monsieur! 

-Je suis pas d’accord avec vous!

-Allez, raccrochez! Avant que je le fasse pour vous!

J’ai sept ans. C’est mon premier contact avec la radio, et avec les lignes ouvertes. Ma gardienne aime Gilles Proulx. Moi, j’aime entendre un adulte insulter d’autres adultes qui n’appellent que pour ça. Je ne comprends pas pourquoi un type ordinaire appelle à la radio, et encore moins pour se faire rentrer dans le mou, mais je trouve ça drôle.

Deux ou trois ans plus tard, j’écoute les matchs de hockey à la radio, parce que mon vieux a décidé que c’était moins épuisant que je suive trois périodes dans ma chambre qu’une seule à ses côtés. Après les parties, il y avait une émission de dépressifs qui s’appelait Repartir à zéro, ou un truc du genre. J’écoute, fasciné, les gens qui appelaient la ligne ouverte et déballaient leur vie misérable. C’est à ce moment que j’ai compris que les adultes éteint aussi mal barrés que nous. C’était terrifiant.

J’ai cessé d’écouter la radio.

Vingt-cinq ans plus tard, en achetant ma première voiture, je m’y suis remis, parce que Montréal-Québec, c’est vachement long, lorsque tu ne possèdes que quatre disques. Je ne comprends toujours pas les gens qui appellent à la radio. Pas plus pour parler à Isabelle Maréchal qu’à Ron Fournier. J’éprouve un genre d’attraction-répulsion pour le phénomène, pour ces gens qui déballent leurs déboires sur la place publique  à dix heures le matin. Il y a une grosse détresse derrière ces appels…

Pas de détresse chez les fans de Ron. Pas pour le moment en tout cas… Mais je m’interroge quand même à leur sujet.

-Heil Ron! Penses-tu que le Canadien va gagner à soir?

Penses-tu vraiment que son avis va changer quelque chose, l’ami?

-J’appelle pour dire que c’est dégueulasse, parce qu’il y avait un hors-jeu pis que le but était pas bon, bon!

Pas mal sûr que le juge de ligne n’est pas en train de t’écouter…

-Si y jousaient comme du monde, Price serait pas le seul à toute faire, baptême!

Laisse-moi traduire ça dans une langue que je connais… Oui, t’as parfaitement raison!

Je trouve ça sympa, là… Je ne ris pas de personne. Je me demande juste pourquoi un adulte normalement constitué voudrait absolument s’entendre dire à la radio que c’est grâce à Price qu’on est encore là, ce qu’on sait à peu près tous… Je ne doute pas que Fournier soit le plus aimable des hommes, mais je ne le connais pas, alors pourquoi je l’appellerais?

Sans parler d’appeler une émission de madames pour me confier sur les difficultés d’être un homme au 21e siècle!

En quelque part, j’espère vraiment que c’est pour avoir leur quinze minutes de gloire. J’espère que ce n’est pas par besoin de parler, parce que là, ce serait triste. J’espère que les gars qui appellent Ron appellent ensuite leurs chums pour savoir ce qu’ils ont pensé de son intervention.

Quant aux lignes ouvertes de nuit, tuez-moi… Je m’attends toujours à apprendre que l’animateur s’est flanqué par une fenêtre. Doit travailler dans un sous-sol, celui-là…

N’empêche que j’ai toujours envie d’appeler Ron, en série, pour lui demander ce qu’il pense du Rugby Néo-Zélandais, après avoir dit à sa recherchiste que je voulais parlais de Pacioretty. Juste pour le voir figer un peu…

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