Pas tout à fait extrême…

on

Il y a eu une époque où je sautais par-dessus des poubelles avec un skateboard. Bon, ok. Il y a eu une époque où je me cassais la gueule en skateboard en tentant de sauter par-dessus des poubelles. Une époque où je me lançais d’une énorme butte dans une piste de BMX sécuritaire comme un champ de mines, à la base de plein air de Longueuil, en faisant des pseudos-cascades à chacun des obstacles. Une époque qui s’est terminée, si je ne m’abuse, le jour où mon lacet d’espadrille s’est pris dans la chaine de mon vélo alors que je m’élançais du haut de ladite bute. J’avais onze ans.

Ensuite, j’ai du prendre de l’âge, je sais pas… L’idée de me lancer du toit d’une maison dans une piscine ne m’a jamais effleuré, même s’il semblait toujours qu’elle vienne à quelqu’un, dans chaque party alcoolisé où le thermomètre dépassait vingt degrés. Je ne rêvais pas d’aller chercher mon permis, à seize ans, pour rouler à 200 km/h sur la 20. J’avais calculé le nombre de minutes que je gagnais, sur cinq cent kilomètres, à rouler le double de la limite permise. Je ne me souviens plus de la réponse, mais je me rappelle que ça ne valait pas le coup…

À dix ans, mes deux soeurs m’ont emmené, légèrement de force, dans une montagne russe. Petite, la montagne…  Quinze mètres dans le gros top. Elles riaient encore de ça des années plus tard. J’ai été terrifié. Je trouvais surtout ça particulièrement con. C’est un truc bâti et entretenu par l’homme. L’homme est un crétin. Vous êtes dans une voiturette rien moins que sécuritaire, à cinquante mètres dans les airs, et vous prenez une courbe à 80km/h. Faites le calcul comme vous voulez, mais inévitablement, quelqu’un ne prendra pas cette courbe comme les autres.  Les gens font la file pour assouvir un besoin suicidaire.

Je peux comprendre le parachute. De tout temps, l’homme a voulu voler. Par contre, sans vouloir casser les couilles de personne, tu ne voles pas, là… Tu chutes, mon frère… Je comprends néanmoins, et c’est peut-être la seule connerie que je ferais encore. Pour prouver quelque chose au gamin qui devenait vert dans la grande roue de Wildwood…

Je ne suis quand même pas fait pour comprendre le besoin de certains d’atteindre l’extrême. À l’époque Jackass, où l’idée était de se faire le plus mal possible devant son camescope, je savais déjà que l’humanité était vouée à sa perte, à plus ou moins longue échéance.

Du parachute au base jumping, qui consiste à se jeter de structures fixes, comme des gratte-ciel, certains ont besoin de tout mettre dans la balance pour se sentir vivants. Un adepte bien connu de ce genre de pratiques, Dean Potter, est mort ces derniers jours avec l’un de ses acolytes, à Yosemite, où malgré l’interdiction, ils pratiquaient le saut extrême. Leurs parachutes ne se sont jamais déployés. Leurs corps ont été retrouvés au pied du promontoire Taft Point.

Je voudrais faire comme si je ne comprenais vraiment pas, mais un souvenir s’interpose chaque fois. Une image qui ne s’est jamais effacée, et qui doit surtout me venir des témoins, parce que j’étais l’acteur de l’évènement. J’ai dix ans, et avec trois amis, nous avons décidé de mettre à profit le fait que la rénovation du parc de l’école est tombée en panne par manque de fonds. Il y a des buttes de terre partout, des trous où l’on pourrait perdre un enfant, et l’ilot principal, sur lequel se trouve la structure de jeu, est réellement un ilot, parce qu’un trou de deux mètres de large de trois de profond l’entoure, le nouveau terrassement ayant sans doute prévu autre chose. Je ne me souviens plus quel crétin a suggéré que nous ajoutions à la glissoire un monticule de terre sensé permettre de sauter le précipice avec nos vélos. Comme ça avait été un sacré boulot de monter ceux-ci dans la structure, après avoir passé les douves, impossible de se dégonfler. Je m’élance donc avec mon BMX dans une glissade en métal, vers une commotion cérébrale probable, lorsqu’un doute me prend finalement au moment d’atteindre la rampe d’envol que nous avions construite. Au lieu de freiner, ce qui m’aurait précipité dans le trou, je tire donc sur mes poignées de toutes mes forces, au moment où mes roues quittent le sol. Trop tard.

Il y a un bon Dieu pour les gamins avec une faible estime d’eux-mêmes. Devant les yeux ébahis de mes amis, ma manoeuvre me valut d’effectuer un 360 degrés parfait, dans les airs, avant de retomber calmement sur mes roues, et de freiner en faisant un effet avec ma roue arrière, en me disant que si je vomissais maintenant, j’allais ruiner l’effet…

Je peux donc comprendre, un peu, l’effet produit, mais quand même… De l’adrénaline, tu peux en avoir en faisant du jogging…

Pour info, les trois gars qui m’ont suivi sur cette glissade ont fini dans le trou. Le dernier  a dû se faire faire des points de suture sur le crâne, parce que son vélo est arrivé après lui.

Je dis ça comme ça, là… Juste au cas où vous auriez prévu sauter d’un immeuble, aujourd’hui…

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s