L’homme qui racontait des histoires

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J’ai décidé, il y a quelques années, que notre façon de livrer l’information ne me plaisait pas. Trop d’histoires de rencontres de tapounes célèbres dans les parcs, de rapports  de bagarres au couteau à Montréal-Nord, de commissions Gomery et Charbonneau, dont on sait dès le départ qu’elles ne mèneront nulle part. J’étais assez déprimé comme ça, et les postes gratuits étaient sur le point de ne plus l’être. J’ai donc fermé ma télé, en me disant que je me prendrais le câble quand je m’en ennuierais. C’était il y a quatre ans. J’attends toujours de m’ennuyer.

J’ai découvert la radio à peu près au même moment. Je n’habitais pas dans une grotte avant ça, pour ceux qui se poseraient la question, mais je n’avais pas de voiture non plus, et pas de trajets à occuper. J’avais essayé les livres audios, mais comme ça m’endormait, ce n’était pas l’idéal, sur la 20. Le peu de musique rencontrant mes standards ne passant pas à la radio (ça arrive, quand on a des goûts de vieux…), j’ai adopté la première chaîne de Radio-Can et le 98,5 assez rapidement.

J’ai tout de suite remarqué François Bugingo, à l’émission de Benoit Dutrizac. En partie parce que j’appréciais l’effort, de nous présenter de l’international sur les ondes d’une radio qui n’en fait que peu, mais également par sa façon de présenter ses reportages. À une époque où la moitié des animateurs de radio s’expriment comme s’ils venaient d’avoir eu un acv, le français et la diction impeccable de Bugingo ressortaient. Chaque fois, je me disais qu’il détonnait, et qu’il augmentait  le niveau de l’émission par sa présence. Le type était marrant, et brillant. J’imagine que, malgré l’avalanche de merde qui lui tombe sur la tête ces jours-ci, il est toujours marrant, et brillant, même s’il l’est désormais à hauteur d’homme.

Cette histoire me fait chier. Sérieusement. Je n’aime pas voir quelqu’un être cloué au pilori par la populace, qu’il soit ou non coupable. Je n’aime pas les cirques médiatiques, et à une époque où la pourriture se retrouve à tous les paliers de gouvernement, je crois que le temps passé à parler de Bugingo pourrait être mieux employé. Depuis le temps où je plaide pour du vrai journalisme au Québec, toutefois, je ne peux guère me plaindre de l’enquête de la Presse, qui tient du génie. Si l’enquête en elle-même a été parfaitement menée, l’intuition qui l’a déclenchée est de celles qui font une carrière.

Je comprends le malaise, du point de vue de ses confrères.  Vu le travail nécessaire à découvrir une bonne histoire, c’est un peu cracher dans la soupe journalistique que de les inventer à partir de rien. Le problème, c’est que je vois également le résultat comme lecteur. Au nombre de bobards que les journaux tentent de nous faire avaler, j’ai tendance à pencher du côté de celui qui invente avec talent…

J’ai moi-même inventé des histoires, pour démontrer un point précis. Parfois par discrétion, parfois parce que ça la foutait mieux. Ceux qui suivent ce blog depuis ses débuts se souviennent peut-être de la Folle de Paris, un cauchemar survenu, selon le texte, à un de mes amis. L’ami, c’était moi. L’histoire avait seulement l’air plus vraie avec un peu de distance. L’emmerdement, c’est que Bugingo faisait l’inverse, en se mettant au centre d’histoires qui ne sont peut-être jamais survenues. Ce qu’on pourrait encore pardonner, s’il n’avait pas des centaines de milliers d’auditeurs. Ce qui pourrait encore passer, s’il n’avait pas été payé.

Le salaire vient avec une responsabilité journalistique. Sur un blog indépendant, François Bugingo aurait pu raconter n’importe quoi. Après tout, je le fais chaque jour… On s’attend par contre à une certaine rigueur, quand la moitié des organes de presse de la province t’emploie…

Je ne m’inquiète pas pour lui. Le cirque finira par quitter la ville, et ce n’est pas exactement comme si Bugingo avait dealé de la poudre… Sa crédibilité journalistique est ruinée, mais il demeure un type bougrement sympathique, avec beaucoup de talent. Je serais lui, je me mettrais au roman. Il a tout ce qu’il faut pour ça

Je me prendrais un pseudo, remarquez…

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