Les boîtes

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J’ai changé d’appartements quatorze fois en dix ans. Et j’ai habité plusieurs années à plusieurs endroits, là-dedans. Si on ajoute à ça le déménagement de dizaines de patients, à l’époque où je travaillais en psy, ça m’en fait environ quarante-cinq, depuis mon départ de chez mes parents. Je ne vous dis pas l’angoisse, désormais, lorsque mon regard tombe sur une boîte de carton…

Mon karma est à chier. Bon à empaqueter et à renvoyer à l’expéditeur. Mauvais voisins, équipements défectueux, séparations, reprise d’appart pour la famille; j’ai tout vécu. Je suis souvent parti aussi pour voir si c’était mieux ailleurs, pour me réinventer, pour fuir. Effacer le tableau et repartir ailleurs. Une nouvelle vie chaque fois.

J’ai habité Longueuil, et n’ai jamais eu envie d’y retourner. J’ai habité le quadrilatère chaud de Montréal-Nord et je n’y ai, pas une seule fois, été victime de racisme; autant pour les idées reçues. J’ai vécu dans l’Est, près du métro Cadillac, où j’ai sensiblement fait baisser la moyenne d’âge. J’ai habité, NDG, où j’ai pratiqué mon anglais. Le centre-ville, où je ne suis jamais parvenu à ramener de monnaie à la maison. Le plateau, qui est tout aussi bien qu’on le dit, quand on a 1300$ à mettre sur un loyer. Quand tu passes de St-Denis à St-Joseph, ça va encore. Tu ne te réinventes peut-être pas beaucoup, mais tu ne risques pas grand chose non plus. Ces derniers temps, question déménagement, ça s’est mis à sérieusement déconner.

Brossard, tout d’abord. Je me rappelle bien m’être dit que le loyer y serait moins cher, et que mon meilleur ami y habitait, mais ça semble des raisons bien minces d’aller habiter là, aujourd’hui. J’y suis demeuré deux ans, sans doute parce que j’en avais marre de faire des boites. C’est sympa si vous êtes… je sais pas, moi… mort?

Puis, j’ai cligné des yeux et j’étais fiancé. J’étais assis dans un camion de déménagement roulant vers Québec, avec des doutes plein la tête, et en poche les paroles de ma chum me prédisant un fiasco total. Ma propension à suivre les conseils des autres est inversement proportionnelle à l’intelligence de ceux-ci. Bref, je n’écoute pas quand je devrais. Est-ce que j’ai aimé Québec? Une fois que j’ai trouvé une place où me garer, on peut dire ça… Je n’ai pas bougé ma bagnole durant six mois. Quand je l’ai fait, c’était pour repartir. J’ai dit adieu à la fiancée avec moins de regrets qu’à mon spot de parking…

Vous me voyez partir vers Montréal, ma métaphorique crinière au vent par la fenêtre de mon Echo, comme un chien fou? Ouais, bon… Je me suis arrêté pisser à Drummond, comme tout le monde, et ma voiture n’a jamais voulu repartir…

Sérieusement, l’amour m’y a attiré, contre toute logique. Nouveau déménagement. Re-fiancailles. Re-Séparation et… re-déménagement!

Entretemps, j’avais découvert la ville, les gens, une ligue de poker bien organisée, et j’étais bien embêté. Le citadin en moi voulait se lever, se faire un café et aller se chercher un bagel chez St-Viateur, sur Mont-Royal. Le stressé, lui, aimait bien le rythme de Drummond, et de ne voir de la circulation que lors du passage d’un train au centre-ville. Le gâté voulait aller prendre une bière sur St-Denis et regarder passer les filles, mais le raisonnable soutenait qu’il y avait du soleil, de la bière, et des filles partout. Le paresseux voudrait faire dix minutes de métro, pour aller voir ses vieux chums, et pas une heure et demie de char, mais le cartésien a répliqué que la ligne orange était en arrêt deux heures par jour, qu’un déménagement coûtait la peau du cul, et qu’il fallait bien donner une adresse aux déménageurs avant que l’ex-harpie ne pète ses plombs. J’ai regardé le prix des apparts. Mon banquier a décidé que nous habiterions Drummond.

Une fois de plus, j’ai vidé des boites. À chaque déménagement, j’y ai mis un peu plus de temps. et un peu moins de soin. Les boites n’étaient pas identifiées. Ne l’ont jamais été, en fait, lors d’aucun déménagement, passé la demi-douzaine de boites. Soit le crayon mourrait, soit j’en avais assez. J’ai déménagé en juin dans mon nouvel appartement. J’ai fini de vider les boites en aout. J’ai fait une pile bien proprette de boites démontées en me tapant sur l’épaule, tout fier d’en être venu à bout. Le soir même, mon ex-fiancée s’est mise à fréquenter mon voisin du dessus.

J’ai regardé les boîtes. La roulette de tape. ‘Me suis rappelé que j’avais déjà déménagé deux fois à cause d’elle, en six mois. No way. Juste no fuckin way. Je ne remballe rien du tout, même si Satan se prend un appart à côté. Si je rappelle le clan Panneton, ils vont penser que je blague…

Alors à tous mes potes qui se demandent ce que je fais encore sur place, vous avez votre réponse.

Je regarde mes boites, et j’angoisse…

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