J’t’haïs, Québec…

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Pendant un temps, vraiment, j’ai pensé que je t’aimerais, Québec…

Quand j’étais un touriste. Quand je pensais que j’avais du charme à voir le nombre de femmes qui me souriaient, sur St-Jean, avant de comprendre que chaque restaurant flanquait une hôtesse dehors, pour attirer les gogos comme moi. Je t’aimais quand je voyais le château Frontenac comme un établissement mythique, et non comme un hôtel au service laissant à désirer, avec des chambres minuscules. Je t’aimais avant que je conduise et que je me rende compte que l’art du pas-de-parking n’avait aucun secret pour toi. Avant de comprendre que les Aubergines de Québec se cachaient dans les bosquets, pour être bien sûr de pouvoir te coller une contredanse, si tu dépassais d’une minute le sacro-saint délai. J’ai alors compris que tu m’aimais pour mon argent.

Je t’aimais avant de me fiancer à une conne, que tu héberges en ton sein. Avant de me mette à faire quatre fois par semaine le trajet entre le charmant village que tu es et la civilisation, trois heures plus à l’Ouest. Je t’aimais avant que le maire Labeaume n’accepte de nous marier, gracieuseté remerciée de notre part par une annulation, la veille de la cérémonie. Surtout, surtout, je t’aimais avant d’aller vivre chez toi… Six mois de cohabitation m’ont persuadé que nous n’étions vraiment pas fait l’un pour l’autre.

Depuis, j’t’haïs, j’y peux rien… J’ai vu l’envers du décor, et tu ne brilles pas fort. Ça me les casse. Tu étais parfaite pour une escapade de deux jours avec une femme. Juste assez creuse pour dépayser. Juste assez romantique pour faire semblant que tout n’est pas fake. Juste assez abordable, quand je ne pouvais me payer autre chose. Ça tombe presque bien que j’aie usé et abusé de toi, déjà, parce que tu n’es plus non plus abordable…

Je te regarde, en fait, et je me demande pourquoi tu pognes autant. T’es cute, ok, sous le bon éclairage, dans le Vieux, mais sinon? St-Roch? St-Sauveur? Limoilou? Pas de quoi écrire à sa mère, dans un sens ou dans l’autre… Tes plaines sont magnifiques, comme ta terrasse Dufferin, mais cela n’excuse qu’un certain nombre de travers…

Je t’haïs pour ta façon de vider le gousset de l’habitant en même temps que celui du visiteur. Il ne manque à tes commerçants qu’un foulard et une arme, pour parler de braquage. Quand je pense à toi, j’entends Samy Nacery, dans Taxi, dire: Un touriste qui ne se fait pas arnaquer, ce n’est pas vraiment un touriste…

J’hais ta façon d’aller piocher deux fois par an dans la poche du citoyen, pour une vignette à l’année et une vignette d’hiver. J’hais ta façon d’obliger ceux qui n’ont pu s’en procurer à aller payer du stationnement chaque fois qu’il neige, parce qu’ils doivent vider la rue. Pendant qu’on y est, j’hais vraiment qu’il neige aux dix minutes, de septembre à mai, chez vous! Et je ne comprends pas que tes déneigeurs ne soient pas plus compétents, vu ce qu’il tombe depuis aussi longtemps!

J’hais ça, attendre une demi-heure pour un verre d’eau, chez Victor, même s’il m’est apporté avec un sourire. J’hais ça, d’attendre une heure au Bonnet d’âne pour le même verre, apporté avec un air bête. J’haïs ça, magasiner chez Simmons! (VOIR: LE MAGASIN DES CLOWNS) Je ne comprends pas, le kick de payer une fortune au resto du capitole, pour une bouffe ordinaire, parce que ça donne sur une patinoire moins imposante que mes fesses où deux cent personnes doivent tourner toutes les deux enjambées. J’y suis allé, au resto qui tourne, avant sa fermeture et…

Non, vraiment rien à dire de négatif là-dessus. Comment ne pas aimer un resto qui tourne, merde…

Plus que tout le reste mis ensemble, Québec, j’hais ton sentiment d’infériorité mal assumé. Ça, vraiment, je ne peux plus. Avant, je ne pouvais dire un mot, puisque j’habitais Montréal et n’avait pas vécu aux deux endroits. C’est fait désormais, et j’habite à mi-chemin, entre les deux. J’ai donc la liberté de péter ma coche en toute légitimité.

Un message à tes concitoyens, pour commencer, que je mettrai en capitales pour souligner l’exaspération sous-jacente du propos; LA RIVALITÉ MONTRÉAL-QUÉBEC EST MORTE AVEC LES NORDIQUES, BOUT D’CHRIST!  En parcourant tes rues, aujourd’hui, j’ai écouté une heure d’une émission animée par  l’ancienne politicienne Nathalie Normandeau et par un nommé Duhaime, qui s’est égosillé à propos d’une blague faite sur Québec (franchement drôle, en plus) à l’émission La soirée est encore jeune, à Radio-Canada. Une heure de Montréal Bashing digne d’une radio étudiante plus tard, j’ai envie de te dire qu’un Montréalais ne te voit pas comme une rivale, Québec, parce qu’il ne lui viendrait même pas à l’esprit que tu peux rivaliser. C’est peut-être poche de te le faire dire de même, mais c’est ça qui est ça, ma belle…

Puisqu’on parle de radio… Quand l’animateur de ton émission la plus populaire du matin se met à faire l’apologie de la nouvelle sauce trois viandes du resto du coin ou de la dernière vente de chars, non dans une annonce, mais carrément entre deux sujets d’actualité, ça t’aide pas à te débarrasser de ton air provincial, t’sais…

Moi, c’que j’en dis… Tu peux ben faire ce que tu veux.

Du moment que j’te revois pas…

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