Chronique  »voyages »: Le Mirage de Blainville; pas de quoi halluciner…

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Il m’est venu à l’esprit, cette semaine, que je n’avais encore jamais fait de chronique de voyage, si l’on fait exception de La Folle de Paris, qui n’en était pas vraiment une… Vous me connaissez; ce genre d’articles ne tombe pas dans ma palette habituelle. J’ai toutefois résidé dans un hôtel qui était une vraie blague en lui-même, cette semaine, et je me suis dit qu’il y avait de quoi rire un peu, pour changer des sujets sérieux…

Blainville. Ma version personnelle de l’enfer. Un endroit où je ne prévoyais aucunement mettre les pieds dans ma vie. J’ai horreur de la rive-nord, pour commencer, mais une fois sur place, on fait difficilement pire que Blainville. Bon. Peut-être Ste-Thérèse-de-Blainville, mais c’est un débat pour un autre jour. Des obligations familiales m’obligeant malheureusement à y passer deux jours. il a bien fallu trouver un hôtel.

Vous voyez une raison de passer par Blainville? Non? Les touristes non plus. Résultat: l’industrie hôtelière locale périclite solidement… Je doute fort que l’établissement qui m’a accueilli relève un jour le niveau.

Je parle d’hôtel depuis tantôt, mais entendons-nous: seul le second étage empêche de passer le Mirage de Blainville dans la catégorie des motels de passes. Il n’y a aucun lien entre le célèbre golf et cet établissement, je peux vous l’assurer… Aucun lien non plus entre les photos affichées sur leur site et la réalité…

En descendant de voiture, la première chose qui m’ait frappé a été un large panneau d’alu qui pendait de la marquise de leur  »spa ». Pas du tout dangereux… Je ne m’attendais pas à grand chose d’un hôtel situé au diable vauvert, sur Curé-Labelle, mais je ne m’attendais pas à un truc aussi moche non plus. La bouteille de Febreeze que je trainais dans mon sac ne suffirait peut-être pas…

Accueilli par une réceptionniste qui n’avait jamais entendu parler d’un sourire, nous n’avons guère remarqué le manque d’amabilité, trop occupé à plisser le nez devant l’odeur de la réception. Dans l’entrée, deux divans défraichis, et deux adolescents évachés, qui avaient pourtant de meilleures manière que l’employée. Après avoir allongé cent vingt-cinq dollars pour une nuit (pour vous donner une idée, le Palace Royal, en plein coeur du vieux-Québec, offre des nuits à 150$…) nous avons parcouru les couloirs poussiéreux sur des tapis qui n’ont sans doute pas connu de nettoyage depuis la défaite de Pauline Marois.

Je ne m’attendais pas à grand chose. En fait, il m’était à peu près impossible de baisser mes attentes, tellement elle se promenaient au niveau du sol. Pourtant, le Mirage est parvenu à faire pire que ce à quoi je m’attendais!

Si l’odeur du hall d’entrée était pénible, c’était un doux parfum de roses comparé à celle de renfermé de la chambre. Cette pièce criait: on ne m’a pas ouvert depuis des mois! en lettres néon roses grosses de même. Febreeze. Les moutons de poussière, au sol et aux murs, rappelaient ces boules d’amarante dans les westerns, qui passent toujours entre les deux adversaires, lors d’un duel. Après trois heures et demie de route et un pareil accueil, une douche s’imposait, pour me détendre. En voyant le lavabo, presque propre, j’ai eu l’espoir que la douche serait praticable, mais malheureusement, la baignoire doit venir d’accueillir une demi-douzaine d’enfants crasseux, à voir l’état du fond. J’embarque pas là-dedans…

Entre la literie défraichie, les tapis usés, et l’odeur que même le febreeze ne parvient pas à cacher, j’ai besoin d’air. Je me dirige vers la fenêtre, pour découvrir qu’elle ne s’ouvre pas. Et que même si elle s’ouvrait, elle donne… sur la salle à manger! Je ne m’étonne plus de l’odeur. Cette chambre n’a pas connu d’air frais depuis la construction! Quelque part vers 1850, si je me fie à l’état des lieux…

Je découvre une machine à café! Keurig, en plus, pas une cochonnerie datant de l’année de ma naissance! Laissez-moi me réjouir du peu que je peux… Yéééé! Du café! Ah, non. Ils ont une machine, mais pas de café, apparemment. L’eau du robinet a un bon petit goût de schnoute, et la machine à glace est brisée. Je descend demander des capsules pour la machine. Je patiente au bureau d’accueil durant près de quinze minutes, avec deux autres infortunés clients. Aucun employé en vue. Quand finalement Mme Sourire apparait, elle ne s’excuse pas de l’attente, et me dit qu’elle va envoyer quelqu’un me porter ça, même si je lui dis qu’il est inutile de déranger quelqu’un et qu’elle peut simplement me les donner dans l’instant.

Au moins, j’ai du café. Ah, non. Une demie-heure plus tard, elle appelle pour dire que le café ne pourra m’être remis que le lendemain… une heure après mon checkout. N’en jetez plus, la cour est pleine. Il faut voir le bon côté des choses: c’était un grand moment de quitter…

Cette histoire devrait se terminer là. Le lendemain, toutefois, je trouve sur mon répondeur le message d’un type à l’accent à couper au couteau, et dont je taierai le nom, uniquement parce que je serais incapable de le prononcer anyway… Il demande à ce que je le rappelle, mais n’est pas disponible lors de mes quatre appels suivants. Je fais le décompte de ce qui se trouvait dans mon sac pour savoir ce que j’ai oublié là-bas, en espérant que ça puisse m’être posté. S’il ne s’agit pas d’un de mes reins, je ne retournerai pas à Blainville. No way.

Lorsque, trois jours plus tard, je finis enfin par rejoindre le type, qui se présente comme le gérant, il m’avise, aussi aimable qu’une porte de prison, qu’il a chargé deux cent dollars de plus sur la carte de crédit parce que j’aurais fumé dans la chambre. L’arnaque la plus courante, dans ce genre d’hôtel de passes. Je tente de garder mon calme malgré son manque de manières. Je lui demande ce que j’ai bien pu aller foutre dans le stationnement, deux fois par heure, si je fumais dans la chambre, ce que son employée aurait pu lui dire si elle s’était trouvée de temps à autre au bureau d’accueil. Le gérant marmonne un truc avec son accent impossible et me raccroche au nez. Quand je rappelle, il se cache derrière la réceptionniste…

Finalement, le Mirage tient ses promesses: j’hallucine!

Je peux comprendre que tu veuilles survivre, quand ta baraque est vide, mais arnaquer carrément les clients? Vraiment?

J’ai parlé d’hôtel de passes, et ce n’est pas gentil, il faut bien le dire. Aucune prostituée digne de ce nom ne ramènerait de clients là-bas…

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