Clan Panneton: voyage au coeur de l’horreur

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Je me faisais une joie de déménager. J’en rêvais depuis un an. Depuis le jour où mon ex-fiancée s’étais mise à fréquenter mon voisin d’en haut. J’en étais à un point où j’aurais volontiers vendu mon corps pour pouvoir partir, si j’avais pensé un instant qu’il y aurait pu y avoir un acheteur. Hier était le grand jour, le jour J, celui de ma libération. J’allais enfin m’échapper, et retourner à la maison.

Malheureusement, tout à mon enthousiasme, et parce qu’aucune autre compagnie ne semblait travailler le dimanche, j’ai commis la connerie ultime :

J’ai engagé le Clan Panneton. Oh, bordel, la connerie…

Je ne lis pas les journaux, ni les sites où les gens donnent leur avis (et sur lesquels vous pourrez retrouver cet article à profusion, dans les prochains jours, je vous en passe un papier. Ce papier, justement !). Je suis donc toujours le dernier à apprendre quelles compagnies s’apparentent à une beurrée de marde sans pain, comme le disait un de mes profs, jadis.

Apparemment, le Clan Panneton fait partie de ces compagnies, et pas qu’un peu. Je l’ai appris à la dure, aujourd’hui…

Je voulais, au départ, des déménageurs pour dimanche matin, afin d’éviter le trafic prévisible du retour en ville de l’après-midi. Plus encore avec une seule voie sur Jacques-Cartier, et une seule sur la 20, à la hauteur de DeMortagne, alors qu’il n’y avait strictement aucun travaux. On aurait pu croire, puisqu’ils vous chargent 250$ de transport avant même d’avoir levé le petit doigt, qu’ils vous enverraient vos employés quand vous en avez besoin, et non quand ça leur plait, mais non, apparemment. ..

Ils sont arrivés à 14 :15. Ils revenaient de faire un client de l’autre côté de la rue, à Drummondville, ce qui ne les a pas empêché de charger leurs deux heures de ‘’transport’’, qui avaient assurément été facturées au client précédent également. Quand j’ai mentionné ce détail, un de ces brillants spécimens m’a répondu, l’air bête à manger du foin :

-On est venu de Montréal, non ?

-Oui, pour l’autre client ! Pourquoi je paierais votre transport alors que vous l’avez déjà touché ?

Autant parler avec mes chats. Ils ne font pas de sens non plus, mais au moins, ils n’essaient pas de me voler. Bon, le clan Panneton n’a pas essayé de me voler. Ils ont réussi.

Heureusement, j’avais la chance d’avoir deux potes à Drummond pour m’aider, et deux autres à Montréal pour éviter aux deux de Drummond de faire le voyage, et vice versa. Avoir su que j’étais aussi bien entouré, je me serais pris un camion, simplement. Au lieu de quoi, j’ai vécu l’horreur d’un bout à l’autre de la journée.

Dès la sortie du camion, alors que nous les attendions depuis deux heures, on me lance :

-T’es chanceux, on est trois gars au lieu de deux !

-Dans la mesure où vous chargez le plein prix, et où votre équipe habituelle est composée de trois gars, en quoi est-ce que je suis chanceux ?

D’autant plus que je venais de les reconnaître. Il s’agissait de l’équipe qui m’avait fait faire Brossard-Québec, il y a trois ans. Le troisième larron avait plus de soixante-dix ans, et bien que sympathique, ce qui était plus que l’on ne pouvait en dire du reste de l’équipe, il était plus là pour jaser qu’autre chose. Ils sont forts, pour jaser, à 125$ de l’heure, les Panneton. Avant même que la première boite n’arrive dans le camion, j’en savais plus sur eux que ma famille n’en sait sur moi, et je n’avais posé aucune question.

Pendant ce temps, mes amis avaient déjà transporté le quart de mes effets près du camion. Autant à Drummond qu’à Montréal, nous avons d’ailleurs fait l’essentiel du travail. Si ce n’était que ça…

En voyant passer ma bibliothèque, que j’ai achetée d’occasion et qui a connu de meilleurs jours, je dis à mon ami Paul :

-Au moins, elle ne risque pas grand chose durant le transport. Je ne l’ai payée que 50$…

-Quoi ? Ça vaut même pas 10$ !

Pendant un instant, je cherche mon pote Martin des yeux, convaincu que c’est lui qui a parlé, mais je le vois sortir des toilettes. C’est un de ces crétins qui s’est permis de donner son avis sur mes meubles, alors qu’il prend ça relax, accoté contre le camion ! Je n’en crois pas mes foutues oreilles !

-Je te demande pardon ?

Mon ton indique clairement que j’ai très bien entendu, mais il en remet une couche :

-Si t’as payé ça plus de 10$, tu t’es fait fourrer !

Jamais autant que le jour où j’ai décidé de faire affaire avec le clan Panneton.

Dix minutes après, le même agrès repart de plus belle ! Cette fois, c’est mon vélo neuf qui y a droit. J’entends d’abord le vieux, son père, dire que ça vaut 10$ aussi, mais bien qu’il semble plaisanter, j’en ai déjà mon truck de ces hurluberlus. Je n’ai peut-être pas grand chose, mais j’aime ce que j’ai, et je ne permet pas que des types qui se la coulent douce à 125$ de l’heure se permettent d’en rire.

-Il vaut 760, et j ai fait rajouter 300$ d’équipement dessus !

-Ha ! ha ! ha ! Tu t es fait fourrer. Je regarde ça et je vois un vélo de Wall-marde !

Paul, Martin et moi nous regardons, avec le même air : nous n’avons pas entendu ça, bordel ! Certainement pas !

Ben oui. Pire : Ti-coun commence à nous vanter son vélo à 4000$, et ses roues achetées usagées à 700$, et que je raconte ma vie, et que je parle de mes tickets impayés parce qu’il doit nourrir ses quatre enfants, pendant qu’il ne fout strictement rien et que nous forçons comme des cons à traîner des boites. Avec le vieux qui ne fait pas grand chose, son fils qui se fait plus aller la gueule que les bras, il ne reste qu’un type des Pannetons qui travaille, et je le plains un brin d’avoir à se trimballer les autres. Anyway, j’ai atteint la limite de ma patience :

-Moi, tu vois, ce que je ne comprends pas, c’est quelqu’un qui est assez clown pour mettre 4000$ sur un vélo, alors chacun son truc, hein ?

Et je me retiens d’ajouter que ses enfants mangeraient pendant un foutu bout de temps, s’il vendait son vélo…

Grâce à mes amis, principalement, le camion est chargé en quarante-cinq minutes, ce qui nous fait déjà trois heures de leur tarif exorbitant. Et le pire est à venir.

Dans la mesure où ils étaient déjà à Drummond pour un autre client de 10000$ et auraient ramené le camion à vide à Montréal, j’ai d’abord présumé que les deux heures de transport représentaient ce qu’elle semblaient être : deux heures de transport, quoi ! Bah non, toi ! C’est juste l’arnaque type pour plumer le poulet assez con pour les engager. Ça me frappe alors que je suis naturellement pris dans le trafic depuis deux heures sur la 20., vu l’heure à laquelle ils ont daigné se pointer. J’attrape mon cell (je le sais que c’est pas beau, le téléphone au volant, mais j’avais parcouru deux mètres en vingt minutes…)

-Dites donc… Le transport que vous m’avez déjà chargé… Le compteur ne tourne pas alors qu’on est coincés dans le trafic depuis plus de deux heures, là…

-Ben oui, franchement !

Naturellement… Et bien sûr, ils se sont calés le cul dans la file de droite et sont arrivés une demi-heure après moi, alors que l’argument vitesse-voiture vs vitesse-camion ne pouvait même pas être avancés, puisque nous étions côte à côte en arrivant au bouchon. Rendu là, ils m’avaient déjà chargé près de cinq heures, alors qu’ils avaient ‘’travaillé’’ quarante minutes, J’étais déjà franchement moins souriant à leur arrivée, et moins enclin à supporter leurs conneries. Pour dire les choses comme elles étaient, j’étais en beau cali… fusil.

Ils n’ont pas aimé que je ramène la question du transport sur le tapis, pour commencer. Rien de pire que quelqu’un qui vous sort des arguments logiques que vous ne pouvez contrer, quand vous savez que vous volez le monde.. La même lumière qu’auparavant me sort, alors que mes chums et moi grimpons à toute vitesse mes effets en haut pour éviter les coûts :

-Christ, on se grouille à te monter ça au premier et tu chiâles ?

À ce stade, je suis trempé, mon cœur pompe l’huile, et je suis d’une humeur absolument massacrante. Pour chaque voyage qu’ils font jusqu’à l’appart, nous en faisons deux ou trois. Quand ils ne sont pas dans le chemin.

-Pardon ? (J’entends mon calme piquer un sprint au loin. ) T’aurais peut-être voulu que je déménage dans un rez-de-chaussée pour te faciliter la tâche, en plus ? Vous avez été payé à rien foutre tout l’après-midi, et mes amis et moi avons fait le gros de la job, en plus !

-Fais ben attention toé, me confie Ti-Coun, qui en racontant sa vie a confié habiter à deux rues de chez nous, parce qu’on peut se voir tous les jours, t’sais !

Génial. Des menaces, maintenant. À 125$ de l’heure, pendant qu’encore une fois, tout est arrêté, sauf mes chums qui peinent comme des bêtes de somme sous les boites. Je descends de six générations d’enfoirés sans patience qui prennent particulièrement mal les menaces, et je sens que ma génétique prend le dessus. Le vieux le sent aussi, parce qu’il essaie de calmer le jeu, alors que je propose à son fils d’appeler les flics puisqu’il vient de me menacer devant témoins. Quand JE propose d’appeler les flics, ça va mal, et pas qu’un peu. Mon ami Michel se tient tout près, le bras tendu pour me coincer si je fais mine de faire un geste. Je dois faire cent livres de plus que mon assaillant. Je me contente de dire au père :

-Sacrament, finissez-les, avant de les mettre en circulation !

Aucune classe, mais je n’ai jamais eu peur de descendre au niveau de mes adversaires…

J’entends ti-coun qui me sacre encore après alors que j’entre dans l’appart. Ça paraît bien quand tu arrives dans un nouveau voisinage…

Je ne souhaite plus qu’une chose : les voir dégager de ma vue.

-Mettez le reste sur le trottoir, préparez la facture, et bon vent bordel !

La dernière boite entre dans l’appart à 18 :13. Montée par mon pote, naturellement. Ça fait donc six heures, et ils n’ont pas bossé plus d’une heure là-dessus. Ce qui ne les empêche pas de charger un demie-heure de plus, sortie d’on ne sait où. Plus les taxes.

Résultats des courses ? 900 dollars pour me faire menacer, insulter, écœurer, tout en ayant fait le boulot nous-mêmes. Si je ne m’étais pas adjoint l’aide de mes potes, nous y serions encore…

En rentrant finalement, je me dirige vers mon lazy-boy parce que je suis brûlé. Ils ne l’ont pas remonté, naturellement. Pire encore, un de ces clowns est parti avec les pièces pour le faire. Un fauteuil de 1200$ désormais bon à jeter… N’en jetez plus, la cour est pleine…

J’ai déménagé quatorze fois en quinze ans. J’en ai vu, des compagnies merdiques. Jusqu’ici, déménagement Constantineau tenait bien haut la palme de l’incompétence et de l’impolitesse, mais nous avons maintenant de nouveaux champions.

898,50 pour un après-midi au royaume de l’incompétence et d l’impolitesse. Je leur ai donné 900.

Et j’ai regretté de ne pas avoir demandé ma monnaie…

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4 Comments Add yours

  1. Michel Tremblay dit :

    Je compatis avec vous, ca se déroulait comme chez vous jusqu’à ce qu’ils brisent un meuble que je leur avait dit fragile. Après ils se sont calmés. J’ai déménagé en juin pour ne pas être dans le « rush », le Panneton était débordé quand même, ils m’ont envoyé un sous traitant, un vieux camion rouge, avec un guenille comme bouchon de réservoir d’essence et 3 gars en camisole blanche, pas propre. Comme j’ai dit ca s’est calmé après le bris du meuble, ils m’on réduit la facture pour compenser en me faisant promettre de ne pas le dire à Panneton, mais lorsque j’ai découvert d’autreS bris, j’ai contacté Panneton et m’ont envoyé un réparateur. Ca c’est bien terminé.

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    1. Vous avez de la chance!!! Moi on ne m’a pas envoyé de réparateurs, on m a envoyé sur les roses…

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  2. André Lavallée dit :

    Merci pour votre texte. Journée d’enfer vécue avec le Clan Panneton : Déménageurs qui sentent l’alcool (à 9 heures am !?!) et qui se plaignent constamment de leur travail, mur de plâtre défoncé, tête de lit coupée en deux pendant le transport, luminaires brisés, gars pas trop pressé, menaces. Nous avons du faire venir la police pour terminer le déménagement.

    Premier déménagement raté sur un total de 10. Le Clan Panneton nous a même chargé l’heure supplémentaire pendant que nous attendions les policiers. J’ai même déplacé moi-même un meuble lourd puisque les déménageurs professionnels (!?!) étaient à court de solution C’est vraiment une compagnie qui manque de classe, tout comme les employées qu’elle engage. Belle gang de voleurs !!

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    1. JM David dit :

      Pareil pour moi, à l’exception que n’étant pas très flic, j’ai répondu à leurs menaces, et que je faisais deux fois le poids du petit connard qui s’est essayé à me menacer. Comme il habitait au coin de ma rue, il m’a dit qu’il comptait revenir chaque jour m’emmerder, et j’ai répondu qu’il devrait exiger des ambulanciers d’être conduit au CHUM plutôt qu’à maisonneuve-rosemont,après sa première et dernière visite chez moi. Il ne s’est jamais essayé…

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