Drummond-Beach-by-the-river

Encore une fois, j’avais déménagé pour la mauvaise raison. Pour quelqu’un qui n’aurait pas mérité que je change de rue, et à plus forte raison de ville, pour elle. Je revenais de Québec, toutefois, et à part d’aller m’installer dans un dépotoir municipal, je ne pouvais guère tomber plus bas.

J’ai donc décidé de faire contre mauvaise fortune bon cœur et de laisser la chance au coureur. Une ville qui venait de me décorer pour mon premier roman ne pouvait m’apparaître que sympathique, après tout…

J’ai toujours eu un petit faible pour Drummond. Sans doute parce que je détestais la revue Croc, dont les attaques gratuites ciblaient la ville sans arrêt. Surtout, je passais mes étés dans un village des environs, et à part de retourner à Montréal, une visite à Drummondville était ce qui se rapprochait le plus de la liberté. À douze ans, trop de verdure m’angoissait… Nous ne faisions jamais Montréal-Québec, et je n’avais jamais vu l’endroit comme les toilettes de la 20, ce que j’ai entendu à outrance durant les deux ans où j’y ai habité. Toujours par du monde de Québec, d’ailleurs…

En fait, j’y trouvais les gens anormalement souriants, durant mes passages. Montréal a bien des qualités, mais l’amabilité du voisin n’en fait pas partie, et j’avais toujours l’impression, en mettant le pied à Drummond, que je venais d’arriver à la fin d’une blague, ou d’être moi-même la blague en question. Je suis habitué… Les semaines ont passé, et je me suis rendu compte qu’on y retrouvait simplement, au prorata, plus de gens sympathiques qu’ailleurs. Quelque chose dans l’eau, peut-être, ou dans la poutine de chez Louis…

Je ne pouvais m’asseoir sur une terrasse sans qu’on me dise bonjour, pour commencer, et dix fois plutôt qu’une. Je ne pouvais même pas mettre ça sur le compte de ma photo dans l’Express lors de la remise du prix, puisqu’on m’y avait coupé la moitié de la tête à la mise en page et que j’y avais l’air d’un vieux chauve, alors que je ne suis ni vieux, ni… bon, à moitié chauve, d’accord… Ils n’ont qu’accéléré le mouvement.

Les gens me disaient simplement bonjour parce que la ville est humaine, et que les êtres humains ne sont pas sensés s’ignorer les uns les autres, en principe. Peut-être aussi parce que la ville compte sa juste part de citoyens de l’âge d’or, et que les bonnes manières ne se perdent jamais, une fois inculquées.

Ce n’est pas l’endroit pour trouver du boulot, certes ; on ne peut guère argumenter là-dessus. À moins d’avoir en tête un boulot inintéressant, mal payé, ou qui cumule ces deux qualificatifs. J’en ai moi-même aligné quelques uns, durant mon passage là-bas, mais vous savez quoi ? Les gens y sont également plus aimables qu’ailleurs avec ceux qui les servent… On y retrouve également, dans les restaurants et les bars, les plus magnifiques serveuses que j’ai vues de ma vie. La prochaine fois que vous arrêtez pisser à Drummond, allez donc prendre un verre, et vous comprendrez…

J’ai surtout vu la fierté de la population, qui aime profondément sa ville. En été, on peut y voir des spectacles presque tous les soirs, et pour tous les goûts. Qu’on ait presque dû forcer le responsable de ces divertissements à accepter un salaire en dit long sur la mentalité de l’endroit. Les gens veulent participer, et le font avec des résultats spectaculaires. Cette ville est la seule où j’ai habité (et elles sont nombreuses) qui suscite réellement un sentiment d’appartenance. On devient tous natifs de l’endroit dès qu’on y met les pieds…
Entre les espaces verts, pour les amoureux de la nature, et les bons petits restaurants pour ceux qui préfèrent ce qu’elle produit, Drummond a tout à offrir. Du beau monde, des sports, de magnifiques parcs, des terrasses nombreuses et un centre-ville tout à fait charmant. Le développement continu de la ville promet d’en faire un endroit avec lequel il faudra compter, dans l’avenir, et qu’elle continue de prospérer en faisant systématiquement les pires choix politiques prouve bien à quel point sa communauté d’affaires est efficace…
Ceux qui me lisent depuis longtemps savent que je suis un fana de poker. J’ai plus appris aux tables de Drummond que n’importe où, et le billard Hériot, pour ne pas le nommer, offre un cadre génial pour le faire. J’ai rencontré, autour de ces tables, un échantillonnage tout à fait représentatif de la population de la ville. Jeunes et vieux, riches et pauvres, sympathiques, talentueux (et oui, quelques emmerdeurs, mais moins qu’ailleurs…). Je me suis fait plus d’amis dans cette ville, en deux ans que je ne m’en suis fait à Montréal en deux décennies.
Ne laissez pas le fait que j’écrive cet article d’un café de la rue St-Denis vous arrêter. Si j’avais trouvé un bon boulot là-bas, j’y serais encore. Ma famille y demeurant toujours, je reviendrai régulièrement, mais j’aime à croire que je reviendrais de toute façon. Qu’un jour ou l’autre, dans dix ou vingt ans, je m’y choisirai un quartier, et une maison, pour n’en plus bouger. Je me vois très bien vieillir, et écrire, dans le coin…
Les gens y sont inspirants.

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