Je ne suis pas Aylan

on

Je savais que la mort de ce pauvre gamin serait récupérée par des politiques sans scrupules. Il n’y a rien à attendre de ce genre de types. J’espérais toutefois ne pas voir d’encart JE SUIS AYLAN apparaitre un peu partout. Naturellement, c’est en train d’arriver. C’est in, de se sentir concernés, même quand on ne fout rien… Tous les Charlie de ce monde se sont empressés de balancer ça sur facebook. J’étais Charlie, mais je ne suis pas Aylan.

Je compatis, naturellement. Évidemment, que la photo me brise le coeur! Il faudrait être un monstre pour que ce ne soit pas le cas. Je sais, par contre, que je suis au bord de la faillite, et que je n’ai pas d’argent à consacrer à la cause. Que je n’irai pas militer sur la rue pour qu’on accueille notre part de migrants, alors de mettre l’encart pour retourner à ma routine me semblerait d’une hypocrisie consommée. Je me fous d’être in. Il y a des années que je suis les déboires des migrants. L’histoire du China Sun, quand j’étais petit, m’avait fait pleurer. Je ne découvre pas le problème parce que soudainement, il devient critique. Je ne le découvre pas parce qu’un enfant s’est échoué sur une plage. Je ne le découvre pas parce que pour une fois, TVA est obligé de faire de l’international pour parler d’autre chose que de Céline Dion.

Je ne suis pas Aylan, parce que les déboires des Syriens, au jour le jour, je ne les connais pas. Le seul Syrien que j’aie connu était le mari d’une maitresse, et s’il a bien tenté de me causer du pays, en découvrant les agissements de sa femme, ce n’était pas pour me parler des migrants. Je ne vois pas non plus pourquoi la mort d’Aylan est plus triste que celle des enfants cubains qui se sont noyés depuis des décennies en voulant rejoindre les États-Unis sur des radeaux de fortune. Elle n’est pas plus triste que celle de centaines de milliers d’Africains tués dans des guerres civiles depuis cinquante ans. Il y avait des enfants parmi eux également, mais la planète n’a rien à foutre de l’Afrique. La mort d’Aylan est tragique, certes, et en passe de devenir un symbole, mais les symboles font souvent oublier les autres tragédies. Il n’y a qu’à penser aux massacres du Nigéria, alors que la terre entière pleurait Charlie Hebdo.

Si vous êtes prêts à accueillir un migrant sous votre toit pour quelques années, à le nourrir, à l’habiller, à l’aider à faire du Canada sa nouvelle demeure, soit. Vous êtes un héros, et le monde serait meilleur s’il y avait plus de gens comme vous. Multipliez-vous. Je m’interroge sur la question, et je ne suis pas sûr que je le ferais. À l’échelle internationale, c’est la même chose: le monde entier déplore les guerres civiles, mais pas au point d’intervenir, ou d’accueillir plus d’étrangers chez eux. Si les conflits en Syrie devaient se terminer demain, le mouvement ne se tournerait pas pour autant vers l’Afrique, où on meurt par milliers chaque jour dans l’indifférence générale. Pensez donc; personne n’intervient alors qu’ils meurent de faim et de soif. Pensez-vous réellement qu’ils feront le déplacement s’ils risquent de se faire tirer dessus?

Surtout, ceux qui viennent de s’éveiller à la réalité du monde retourneront dormir dès que le sujet se sera épuisé. Voilà ce que je déplore. L’Hypocrisie avec un grand H. Actuellement, c’est un bon sujet de nouvelle, et avant longtemps ce ne sera plus que ça. Qui pleurera Aylan dans un an? Qui pleure actuellement pour les dizaines de milliers de Syriens adultes qui crèvent de la même façon, tant qu’on y est? J’ai de la peine pour Aylan, mais je n’utiliserai pas son souvenir pour faire comme si je n’en dormais pas la nuit. Le monde me semble simplement un peu plus injuste qu’hier, alors qu’en fait, il ne l’est même pas.

Il l’a simplement toujours été. De temps en temps, on ouvre juste un peu plus grand les yeux…

Advertisements

2 Comments Add yours

  1. Entièrement d’accord avec vous. Trop facile l’émotion pour guider une action. Et je trouve, comme bien d’autres, que nos leaders, tant le conservateur que le libéral et le vieux-démocrate, agissent de façon très opportuniste.

    L’émotion ne remplacera jamais l’analyse pour comprendre ce qui se passe dans le monde. Pour analyser, pour comprendre, il faut faire ses devoirs. On en vient à comprendre que les événements peuvent avoir plusieurs dimensions et qu’il n’y a pas de solution unique et facile pour régler des problèmes.

    Les problèmes de la Syrie ont des racines très profondes dans le temps. C’est très complexe. Et de la même façon que de renverser le Shah d’Iran il y a quarante ans, Saddam Hussein et Kadhafi plus récemment, ont créer plus de problèmes qu’ils n’en ont réglé, au grand malheur des habitants de chacun de ces pays… au profit de qui en passant.

    J’aime

  2. Curtis dit :

    A reblogué ceci sur Curtis Zoneet a ajouté :
    Une fois l’émotion gérée et l’horreur passée, interrogeons-nous…

    J’aime

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s