Hochelaga, comme dans le temps…

-Salut Chéri! Tu veux t’amuser?
Je regarde la spécialiste qui vient de m’interpeller. Évidemment, je veux m’amuser, mais il me faudrait neuf autres de ses consoeurs, des jetons, et un paquet de cartes pour ce que j’ai en tête, parce que je ne paie pas pour ça. Parce que je n’ai pas d’argent, principalement, mais également parce que celles qui l’ont précédé, sous des dehors plus catholiques, m’ont volé bien plus qu’elle ne pourrait le faire sans me laisser à moitié mort. N’empêche que question personnalité, je n’ai rien contre les putes, parce que j’aime les gens sans faux-semblants. Que mon correcteur automatique ait tout d’abord transformé pute en pure me semble en dire long. Pour moi, la pureté est dans la vérité, et les péripatéticiennes peuvent difficilement cacher ce qu’elles sont.

N’empêche que ça annonce la couleur. Je suis de retour à Montréal, dans Hochelaga. Dieu soit béni pour ses petites faveurs, je suis de retour…

J’aime la couleur locale. Vraiment. Mon but premier était surtout de revenir en ville, mais j’avais une petite crainte sur le quartier que je m’étais choisi. Fini, les apparts à 1500$ par mois sur le plateau. Ici aussi, tous les gars ont des barbes pouilleuses, de toute façon. La moitié ne les font pousser que parce qu’ils n’ont pas de quoi se payer des rasoirs, c’est tout. Fini les grands restaurants, et les restaurants tout courts, de toute façon. J’étais riche, et me voilà pauvre. Sincèrement, à part l’inquiétude de ne pouvoir payer le loyer, je ne vois guère de différence. Dans Hochelaga (rebaptisé HOMA par ceux qui croient réellement que le Plateau finit à Viau et qui vont se taper des pintes à dix balles chez M.Smith) je me sens chez moi. Je suis parmi les miens. Des gens de toutes les couleurs, de tous les horizons, qui parlent toutes les langues, qui sont beaux, laids, ou entre les deux comme votre humble serviteur. Des weirdos, des normaux, des prétentieux, des gens qui ne peuvent se permettre de l’être; Des jeunes avec des attitudes de vieux et des vieux avec des attitudes de jeunes. Des quêteux pauvres et des quêteux qui jettent un oeil à leur iphone entre deux demandes pour du change. Montréal. Enfin de retour, après cinq ans à errer dans différentes villes, en me demandant ce que je foutais là…

Je n’ai pas besoin de la rue Mont-Royal, ni de payer un café sept dollars. J’ai Ontario, et la couleur locale rattrape le reste. Il me suffit de savoir que je peux sauter dans le métro pour me rendre n’importe où. Du transport en commun, enfin! Pour tout ceux qui ont déjà tenté de prendre le bus (ou de garer leur voiture, tant qu’à ça…) à Québec, vous savez ce que la vision d’une station de métro peut signifier. La liberté! Je dois me rappeler deux fois par jour que j’ai aussi une bagnole…

J’ai honte d’avouer qu’après avoir habité sur Dickson pendant près d’un an, je viens tout juste de visiter le parc Maisonneuve. Un seul mot: magnifique. Vaste, superbement entretenu, il rattrape tout ce que le quartier peut manquer de verdure. Un oasis de paix, vraiment.

Mais c’est b.s., Hochelag! C’est pauvre! C’est plein de drogues et de criminalité! Il y a du vrai, mais j’imagine qu’on attaque moins souvent un type bâti comme un tonneau qu’une jeune jouvencelle longiligne. Personne ne m’a offert de drogues jusqu’ici, non plus. Pour ce qui est d’être pauvre, je fais carrément local… La seule insulte qu’on m’ait faite jusqu’ici m’a été lancée hier, alors que je rentrais chez moi, vers une heure du mat’. Deux types fumaient un joint sur le coin d’une rue lorsque l’un d’entre eux s’est exclamé, en me voyant arriver:
-Attention! Le gars a l’air d’un policier!
Je me suis regardé dans une vitrine. J’en étais vraiment rendu là? Je dois perdre du poids…

Dans Hochelaga, comme dans la ville entière, je me sens surtout la liberté d’être moi-même. De m’habiller de façon excentrique, de mettre un de mes chapeaux qui faisaient salement sourciller, à Québec, ville grise et homogène. Ici, je peux être qui je veux; il y aura toujours, cent mètres devant ou derrière, quelqu’un qui a l’air plus étrange que moi, et j’adore ça. Un pu comme un New York cheap… Il faut toujours se méfier des apparences, de toute façon. La semaine dernière, j’ai complimenté un type sur sa casquette d’officier de l’Armée Rouge. Avec un accent à couper au couteau, en anglais comme en français, il m’a expliqué qu’il était… un ancien officier de l’Armée Rouge… HA!

J’en suis à un point, dans ma vie, où être ce que je suis, sans me soucier de ce qu’on en pense, est pas mal tout ce qu’il me reste. Sans éditeur, je suis redevenu un de ceux que Butten appelait  »ces auteurs-là » et ne peut guère me réclamer de ce corps de métier, actuellement, même si j’aurais pu continuer à publier de la merde en demeurant au même endroit. Toute ma vie, je me suis demandé ce que les gens que je croisais pouvaient penser de moi, avant de réaliser que personne, au fond, n’en avait rien à foutre. Ça a été un grand soulagement, et une magnifique libération.

À ce titre, je suis parfaitement à ma place dans Homa, où personne ne se soucie réellement de l’apparence de son voisin. J’habite un tout petit appart où la pression de l’eau n’est pas toujours suffisante pour finir de prendre votre douche. Parfois, la nuit, ça hurle sur la rue, et je m’identifie bien souvent à ce besoin de hurler. Mon balcon donne sur une ruelle où s’ébattent toujours une quinzaine d’enfants, qui appartiennent pas mal tous, à ce qu’on m’a dit, à la même famille. Où que j’aille, chez moi, depuis que ma chatte a eu une portée, je suis comme le joueur de flûte de Hamlin, avec six chats qui suivent mes traces et que j’ai vachement hâte de placer. J’apprécie ma solitude, néanmoins, et de ne plus avoir à gérer une conjointe ou une autre qui ne se sent bien qu’au milieu d’un conflit. Juste bien d’être moi, d’être là, d’être serein.

Et je dois avoir l’air plus joyeux, car passé onze heures, le soir, on me demande sans arrêt si je veux m’amuser…

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