Vivre sans internet

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Impossible. Simplement impossible.

L’internet a été coupé. En fait, j’allais le faire annuler deux jours plus tard, et c’est le numéro de la compagnie que j’allais chercher sur google, lorsque l’infâme Impossible d’afficher votre page m’est apparu. Lorsque tu n’as pas payé ta facture depuis trois mois, faute de fric, tu ne cherches pas très loin la cause de tes malheurs. Plogue et déplogue le modem. Marche pas? La compagnie a perdu patience…

Au milieu de mes boites, avec mille détails à régler ,l’événement ne parait pas majeur. Ma télé est emballée, et je ne songe pas un instant à Netflix, ma source première de divertissement télévisé depuis que j’ai rayé la télé de la carte, il y a quatre ans.

De déménager ne m’a pas rendu plus riche, loin s’en faut. Une fois la télé déballée, le problème me frappe. Plus d’internet. J’ai beau me dire que ce n’est pas Drummond, et que je n’aurai pas besoin de faire deux kilomètres pour trouver un café avec du wifi, j’ai un pincement au coeur quand même. Quand ta situation financière te refuse même ce que tout le monde possède, c’est chiant. Ma carte de crédit est trop loadée pour y faire mettre l’installation dite gratuite, et qui ne l’est jamais. Mieux vaut oublier pour le moment.

Tu fais le tour de l’appart en testant, avec ton portable, si tu n’aurais pas un voisin assez années ’90 pour avoir un routeur laissé sans protection. C’est pas beau, mais les ondes n’appartiennent à personne, et nécessité fait loi. Même pas. À croire qu’il n’y a pas un vieux dans le voisinage, où qu’ils sont trop vieux pour surfer sur la toile. Tant pis. Il fait chaud dehors et le wifi de la bibliothèque se rend sur le terrain.

Pas l’idéal quand tu utilises le net pour jouer au poker le matin en te réveillant, avec ton café. Pas tellement plus s’il pleut. Je me voyais mal, en pyjama, trempé, en train de sauter partout parce que j’ai gagné un tournoi. Demeurent les cafés. Pas tellement mieux pour le pyjama, mais c’est au sec. Si tu as les moyens de t’offrir un café… Aujourd’hui, c’est le cas, et ça me rend heureux. S’il y a quelque chose à dire de positif sur la pauvreté, c’est qu’elle remet en perspective les petits plaisirs de la vie, à défaut de pouvoir vous offrir les grands. Comme un café et de l’internet.

Les semaines ont passé. Sept semaines sans internet, et rien ne me manque tant que ça, maintenant que j’y réfléchis. Je peux survivre sans photos de ce que mangent mes amis facebook. Je peux me passer des dessins de minions qui disent un tas de conneries en y multipliant les fautes. Je peux me débrouiller sans qu’on m’invite à jouer à criminal cases et à Candy Crush quatorze fois par semaine. Je me suis évité tous les commentaires foireux sur la politique et le hockey. Sans télé ni internet, je suis un des rares à ne pas avoir trouvé que la campagne électorale était trop longue; je ne l’ai pas vue passer. Chaque fois que j’ouvrais la radio, j’entendais parler de niquab, de toute façon; cette campagne, comme les autres, a dû parler de tout sauf des vrais enjeux…

J’ai redécouvert mes vrais amis, noyés dans la centaine de facebookiens qui se torchent bien que je fasse ou non parti de leurs potes. Ceux qui se rejoignent également par téléphone et textos. Ceux qui demandent des nouvelles, même quand c’est plus compliqué que de simplement te chercher dans leurs amis et de t’envoyer un message de deux lignes. J’ai recommencé à les voir, une fois revenu en ville, en maugréant quand même un peu d’avoir maintenant à faire le trajet inverse pour aller voir les amis que je me suis fait à la campagne. Un soir où je trainais dans mon demi-bain (ouais, ça c’est un détail plutôt chiant du nouvel appart, mais bon, on s’y fait…) j’ai fait le compte et découvert avec stupéfaction que j’avais plus de vrais amis aujourd’hui qu’à n’importe quelle époque de ma vie. De ne pas s’écraser devant l’ordi ou la télé ne nuit pas à la vie sociale, il est vrai…

Surtout, j’ai redécouvert d’anciens plaisirs, comme la radio et la lecture. En un mois, je me suis retapé la moitié de Dumas, le Dracula de Stocker, et le monde de Sophie. Je m’apprête à sauter dans le trône de fer, de Martin, et je zieute du côté des romans de Mankell, pour les relire en ordre, depuis que ce pauvre bougre est décédé. Netflix me manque encore, mais l’internet, beaucoup moins. Je me rends compte que j’en faisais un bien mauvais usage, finalement.

Posez-vous la question: Facebook représente quel pourcentage de vos voyages sur la toile, vous?

Plus j’y repense, moins il est probable que je fasse de nouveau installer internet, quand ma situation financière me le permettra…

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