Où est Charlie?

C’était il y a un an. Je ne parvenais pas à croire qu’ils l’aient vraiment fait. Il y avait eu des menaces, naturellement, mais c’était comme dans les films. Lorsqu’on vous dit que le méchant va faire sauter l’Empire State Building, vous frissonnez, mais vous savez que quelqu’un l’en empêchera. La réalité nous rattrape toutefois de plus en plus rapidement. Je sens son souffle dans notre cou.

Le problème, avec l’état islamique, est le même qu’avec la vermine: les rats se multiplient plus rapidement que les dératiseurs.

Ils n’allaient pas oser. Ce n’était que des paroles en l’air. Personne n’allait risquer sa vie ou sa liberté pour quelques dessins, par des gens qui s’attaquaient à certains aspects stupides de la religion, sans épargner personne.

Subitement, ils avaient osé. Subitement, tout devenait possible. Ils ne s’étaient pas attaqué à une ambassade pour des questions politiques. Ils ne se lançaient pas dans des tours symboliques du grand géant américain pour prouver un point. Ils avaient tué des artistes. Ils avaient tenté de tuer la liberté d’expression en les faisant taire.

Voilà exactement en quoi le terrorisme me terrifie. La stupidité extrême de ses exécutants, à qui on bourre le crâne de balivernes et qui croyaient sans doute réellement que plus personne n’oserait s’attaquer au prophète s’ils faisaient taire Charlie Hebdo. Leurs chefs savent exactement ce qu’ils font, en montant la population contre des musulmans n’ayant rien à voir dans l’histoire, mais que les tueurs, eux, ne réfléchissent pas assez pour réaliser l’impact réel de leurs actions est ce qui me fait peur. Rien de pire que des exécutants aveugles, qui bouillent dans l’ombre, en attendant qu’on leur désigne une cible. Je ne veux pas vous casser le moral, mais comme disait l’autre, ils sont déjà parmi nous… Ils attendent seulement qu’on leur pointe la direction dans laquelle charger.

Charlie Hebdo a continué de se battre, même si la triste célébrité que lui a apporté les évènements, avec les ventes qui en ont découlé, semblaient contrarier plusieurs des survivants. Ceux-ci doivent être rassurés de voir que le numéro commémorant le premier anniversaire de la tuerie ne se vend absolument pas. Les gens oublient vite, et la mémoire collective est sélective.

Particulièrement lorsqu’on préfère oublier. Et plus encore lorsqu’un massacre dix fois plus important, visant cette fois le citoyen lambda, a lieu quelques mois plus tard.

Je donnais une conférence le soir des attentats de Paris. Je ne risque pas d’oublier la date, puisqu’il s’agissait de mon anniversaire. J’écoutais, stupéfié, les nouvelles à la radio. J’ai dû refaire une heure de route pour retourner chercher mes notes, que j’avais laissé à la maison. J’ai pensé à Charlie Hebdo, ce soir-là, et j’ai compris que ce n’était que le début. Que les choses iraient exponentiellement. Qu’un groupe serait remplacé par un autre, chaque fois que le monde en aurait marre et enverrait des forces exterminer l’ennemi. Ça m’a foutu le moral dans les talons.

Et c’est la connerie ultime de la religion, quand on y pense, de distordre la réalité et de créer des problèmes là où il n’y en a pas. Car l’objet de leur colère, Charlie Hebdo, se donne pour mission de nous faire rigoler…

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