Radio-Village

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Quand j’ai à me rendre à Québec, ce que j’essaie d’éviter comme un traitement de canal, il n’y a pas de moment plus triste, pour moi, que celui, passé Laurier-Station, où la radio de la voiture cesse de capter le 98,5, ou le radio-can de Montréal, selon mon degré de trashitude du jour. J’étire la sauce tant que je peux, à essayer de comprendre à travers les parasites ce que dit l’animateur, puis, la mort dans l’âme, je tourne le bouton pour capter la station la plus proche, afin de ne pas détourner mon attention de la route. Ce serait con d’entamer mon séjour à la campagne en frappant une charrette et son âne…

Le problème, c’est que l’âne n’est jamais sur la route,  mais à la radio. Parce que la station la plus proche du 98,5 est le 98,1. Radio-X.  Oui oui, le poste qui hébergeait jadis Jeff Fillion. Je ne connais guère Fillion, car je n’ai attrapé que sa dernière émission, en chemin vers les Maritimes, avant qu’on ne le vire cul par-dessus tête. Sincèrement, je ne vois pas comment il pouvait être pire que ce que j’entends chaque fois que je dois subir la radio amateur de Québec. Le problème, c’est que tous les postes du coin sont du même genre. Même pas amateur, en fait. Juste une coche en-dessous.

Lors de mon pénible séjour de quelques mois là-bas, j’évitais le plus souvent de me servir de ma voiture. Parce que les gens y conduisent souvent comme des pieds, certes, et parce qu’une fois mon stationnement perdu, je pouvais mettre deux heures à en trouver un nouveau, mais surtout parce que je m’endors au volant si je n’écoute pas la radio, et qu’après deux semaines, elle me rendait malade. Radio-Canada région, passe encore, mais les autres, seigneur!

Chaque fois, je repense à un démo qu’un ami et moi avions fait pour un poste de radio de Saint-Hyacinthe, à une époque où le réalisme n’était pas notre point fort. Nous y étions mauvais, mais alors là si mauvais qu’il m’est impossible d’y repenser aujourd’hui sans rougir ou éclater de rire. Et comme tous les mauvais, nous étions convaincus d’être bons.

Je ne saurais mieux résumer la radio de Québec.

C’est en écoutant la radio là-bas que j’ai compris que la rivalité Montréal-Québec existait vraiment, alors que j’avais toujours pensé que c’était un mythe. Elle existe au moins d’un côté de la 20, en tout cas. Comme je suis de Montréal, Québec n’a jamais été pour moi qu’un gros village de vacances se résumant à un seul quartier intéressant, où j’allais me faire arnaquer comme touriste une fois tous les deux ans. Mignon, festif, mais certainement pas assez important pour parler de rivalité. Du temps des Nordiques, peut-être, mais les gens ne semblent pas réaliser que leur équipe perdante n’y est plus. Ne semblent pas réaliser non plus qu’elle est loin d’être revenue. En allant y habiter, sur un très mauvais coup de tête, j’ai compris que pour les gens de l’endroit, cette rivalité existait vraiment. J’ai aussi compris la différence, niveau plaisir, entre le tourisme et l’immigration.

En ouvrant la radio, à Québec, on comprend pourquoi ils entretiennent cette rivalité. Le Montréal-bashing représente 50% de leur contenu!  90% si on parle de Radio-X. Chaque fois, j’ai l’impression qu’un arriéré mental consanguin a pris tout le monde en otage et s’est emparé du micro. Chaque fois, j’hésite, en me disant que de m’endormir au volant et de finir dans un poteau ne serait pas nécessairement pire que d’avoir à écouter ça.

Pour commencer, le ton. Anglicisme sur anglicisme, un juron après l’autre, et toujours, toujours, ce mépris au mot Montréal, qu’ils ne se donnent absolument pas la peine de dissimuler. En fait, je réalise qu’on entend beaucoup plus parler de Montréal que de Québec, sur leurs ondes, parce que leurs auditeurs sont également sous l’impression de cette rivalité. Je me souviens d’un poste de radio amateur, situé à Longueuil, dont il m’arrivait parfois de rigoler quand j’habitais là-bas, mais il ne me viendrait plus l’idée d’en rire, aujourd’hui. J’ai connu Québec, depuis. Les animateurs de Longueuil, qui faisaient ça gratuitement et avaient tous un autre boulot, étaient dix fois plus professionnels que le type que j’ai eu à supporter durant une heure, ce matin.

Bon, supporter… Pour dire la vérité, chaque fois, je suis fasciné. Je n’arrive pas à croire qu’on laisse le micro à quelqu’un qui s’exprime aussi mal, et qui a aussi peu à dire. Les entrevues y sont du mauvais théâtre d’été, carrément drôles à écouter, même si je doute que ce soit leur but.  Ce matin, une ancienne députée de la CAQ, qui incroyablement siège toujours, a fini une entrevue où elle soutenait le droit à s’armer, en disant:

-T’sais, les vaches que tu manges, faut ben les tuer, hein? C’est de même depuis le début des temps!

J’imaginais Paul Arcand lui rentrer dedans, et lui demander de quand datait sa dernière chasse à la vache. Dans quels abattoirs elle se fournissait, et si elle recrachait du plomb de temps en temps. En train de faire valoir qu’effectivement, les hommes des cavernes, au début des temps, affectionnaient particulièrement le calibre 12. Mais non. L’animateur a acquiescé.

Hein?

Je regardais jadis les émissions de madames (aujourd’hui, les horoscopes influencent-ils vraiment votre vie?) ou les trucs de sports (-Oui, mais Ron! Carey en a laissé passé une, pis le gérant fait rien, t’sais! C’est pas comme dans le temps du Rocket, moé j’te le dis!) avec une certaine hauteur, mais désormais, je sais qu’en comparaison, c’est encore de la grande radio…

Naturellement, que les animateurs eux-mêmes te vantent la sauce à spaghat’ du resto du coin, et fassent de la pub entre deux nouvelles fait descendre le niveau de professionnalisme encore plus bas, si possible. Jamais compris pourquoi on leur faisait faire ça, parce que ça rend le tout surréalisme. Et quand André Arthur est entré en scène, pendant que je revenais à toute bringues vers la civilisation, on a atteint des sommets. Le sujet du jour? Descendre les vedettes. Écrivez-nous et racontez-nous quelles vedettes ont été les plus désagréables avec vous. Et que je te traite Éric Lapointe de plein de marde, et que je descends Ginette Reno en la traitant de grosse pas de classe, et que je te crache sur Rémy Girard, qui est tellement méchant! Une heure de ça.  Que ce soit vrai ou non (et sincèrement, qu’est-ce que je m’en bats le cul par terre sur l’air de la traviata!) où est la pertinence, dans tout ça? Quel est le but, à part de cracher sur le monde?

Et je vous jure que le sieur Arthur a raconté par le détail, sans mettre en doute une seule seconde la véracité du récit d’un auditeur mythomane, la rencontre, dans un bar de Sept-Îles, entre ce monsieur et… Bill Gates! On aurait pu croire qu’un des deux animateurs allaient au moins, pour la forme, dire quelque chose en ce sens, mais non… Ils y croyaient. Des lumières, je vous dis…

C’est à ce moment que j’ai fermé la radio et que j’ai décidé que je préférais encore m’endormir et prendre le champ. Histoire de tuer une vache sans avoir besoin d’une arme…

 

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2 Comments Add yours

  1. Ce n’est pas surprenant que nous soyons incapables de nous offrir un pays dans un contexte semblable. Une ville provinciale qui prétend être une capitale nationale et une métropole déchue sous la tutelle d’une minorité qui veut se séparer du reste du pays. Une ministre fédérale de la culture qui se dit plus montréalaise que québécoise et qui gère aujourd’hui le développement culturel de régions disparates étalées sur la moitié d’un continent.

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  2. JM David dit :

    Et quelle ministre, ouch! Et nous ne sommes guère mieux servis au provincial. Un jour, j’ai pris un verre avec notre ancienne ministre de la culture, St-Pierre, et elle m’a confié qu’elle ne lisait à peu près pas. Au secours!

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