Je ne suis pas féministe

Cette semaine, notre ministre de la condition féminine s’est légèrement enfoncé le pied dans la bouche en déclarant qu’elle n’était pas féministe. Il n’en fallait pas plus pour provoquer un brouhaha dans les rangs de celles qui portent avec fierté cette étiquette.

J’ai eu pitié de la pauvre femme, qui devrait clairement virer les gens sensés la préparer à affronter les journalistes. Je comprenais ce qu’elle voulait dire. J’ai vu le sous-titre qui disait: Je ferai tout pour faire avancer la cause des femmes, mais non, je ne suis pas une des enragées qui ternissent l’image du féminisme en ramenant tout à ça. N’empêche qu’elle aurait dû savoir que de capter les sous-titres n’a jamais été la force des militants et militantes de ce monde. Eux, ils écrivent en majuscules. Comme Marie-Chantal Toupin. Je vais arrêter ici l’analogie entre les deux avant de me faire lyncher…

Dans l’imaginaire populaire, toutefois, il est de fait que le terme féministe provoque une image de militante et de contestataire. Comme on ne brandit pas toujours le micro devant la bonne personne, et que chez les militants des deux sexes, il y a des extrémistes dont la stupidité dépasse largement la bonne volonté, M. Tout-le-monde, que le débat intéresse peu, se souviendra le plus souvent de celui dont les propos dépassent les bornes. Il n’y a qu’à penser à Amir Khadir, qui a épuisé son capital de sympathie à s’opposer à tout ce qui passe, et à s’exprimer sur des sujets qui ne concernaient en rien son parti de trois députés…

La polémique m’a surtout fait remarquer que j’étais entouré de femmes de caractère. De femmes fortes, brillantes et indépendantes. De femmes ayant réussi leur vie, sans qu’il m’arrive d’entendre, ne serait-ce qu’une seule fois, le mot féminisme franchir leurs lèvres. Je parle ici de femmes de ma génération, de femmes qui considèrent que de brandir l’étendard du féminisme en exigeant d’être considérées comme l’égale d’un homme, c’est de reconnaître qu’au départ, quelqu’un a pu penser que ce n’était pas déjà le cas.

Personnellement, je ne suis pas un féministe, bien que mon avis sur la question n’ait aucun intérêt.  Je suis l’ennemi, alors qu’est-ce qu’on s’en fout… Vu les fonds de tiroirs avec lesquels j’ai été en relation par le passé, que je ne sois pas un misogyne fini tient déjà de l’exploit. Je le dois à mes amies, principalement, qui ont continué de me démontrer, par leur présence, que des femmes extraordinaires, il y en avait partout, et que j’avais simplement des goûts merdiques et aucun jugement quand venait le temps de me choisir une compagne. Mon cercle social est constitué à 90% de femmes, et comme j’aime les femmes de tête, on pourrait croire qu’il y en aurait dans le lot pour lutter contre la monstrueuse oppression des hommes.

Non. Juste non.

Le fait est que s’il y a encore des inégalités entre les sexes, nous ne sommes plus non plus en 1920. Je n’ai jamais été moi-même témoin de ces inégalités, mais je suis convaincu qu’elles existent, vu le niveau sonore de celles qui les dénoncent. N’empêche que je ne connais pas un seul homme qui croit réellement être supérieur parce qu’il est un homme. Pas un. Je sais qu’ils existent, mais je doute qu’ils soient aussi nombreux qu’on aimerait nous le faire croire. Je ne pourrais pas m’entendre avec un type pareil, de toute façon. Je ne crois pas non plus que la façon de niveler les inégalités soit de faire passer ceux avec qui vous négociez pour des hommes du Neanderthal qui voudraient ramener les femmes dans une cuisine. Les changements à apporter sont plus subtils que le droit de vote, pour faire une comparaison, et rejoignent moins la population, alors il faut du doigté, et beaucoup d’information pour faire avancer les choses. Le problème, lorsqu’on aborde de telles questions, est que le premier réflexe des médias est de réunir un panel de féministes souvent enragées, dont l’absence totale de subtilité fait passer au second plan les enjeux qu’elles devaient au départ faire progresser. Sur la première chaine de Radio-Can, Masbourian a osé suggérer à un tel groupe de renommer le féminisme. On aurait pu entendre une mouche voler dans le studio…

Le problème, bien souvent, vient des gens que tu envoies te défendre. Bien des accusés affublés d’un avocat merdique pourraient vous le confirmer. ‘Sont rares, les activistes féministes super sympathiques, t’sais… J’ai eu une copine qui travaillait en politique et qui militait activement pour les femmes. J’avais l’impression que 75% de nos conversations portaient là-dessus. Quand je l’ai laissée, elle était parvenue à faire reculer la cause chez quelqu’un qui ne s’en était jamais soucié…

Quant à demander à Philippe Couillard s’il est féministe, soyons sérieux… Le gars réalise à peine qu’il est premier ministre… Lui demander d’être plus d’une chose à la fois, c’est dépasser de beaucoup ses capacités intellectuelles, et courir au désastre…

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