Seul à la maison…

Je ferme la télévision, après le bulletin de nouvelles. La scène politique américaine a elle seule a de quoi effrayer, mais le déclin de la nôtre est plus insidieux, et m’inquiète plus encore. Les films d’horreur qui m’empêchaient de dormir étaient ceux où le meurtrier s’avançait en douce dans le dos de sa victime. Les films où le détraqué déambule en pleine lumière dès la première seconde en criant qu’il va vous avoir m’ont toujours fait rigoler, jusqu’à ce que Trump se lance en politique.

Je ne suis pas un spécialiste en la matière. Je suis le type ordinaire, qui sait qui le dirige, et pourquoi les choses se font, mais guère plus. Je n’ai pas non plus dix heures par jour à y consacrer, alors je dois assumer que ceux qui font le boulot savent ce qu’ils font. Je crois savoir faire la part des choses entre une décision impopulaire et une décision stupide, mais comme n’importe qui, je n’ai aucun pouvoir sur ce qu’ils font.

Littéralement, le plus souvent, je suis un enfant couché dans son lit, le soir, qui espère que les adultes qu’il entend parler dans l’autre pièce savent où ils vont. Que même si certaines décisions lui paraissent ridicules, il y a une raison cachée à cela qui se révélera éventuellement.

Le problème, actuellement, c’est qu’au moment de me mettre au lit, j’ai le sentiment qu’il n’y a personne pour me protéger dans l’autre pièce. Que la porte est grande ouverte et que mes parents sont dieu sait où à se prendre la tête entre eux.

Il y a pire, en fait. Pendant que je dors, j’ai l’impression que le père que l’on m’a imposé pour quatre ans vient d’enlever les piles du détecteur de fumée, de briser une fenêtre ici et là, d’enlever une marche ou deux dans l’escalier. Il arrache la tuile de la cuisine parce que la mère d’avant avait des goûts qu’il ne partage pas, et la remplace par du prélart, parce que c’est moins cher. On n’achète plus grand chose, à la maison, parce qu’on doit se serrer la ceinture, mais on trouve quand même de l’argent à prêter ailleurs. Comme je suis un enfant, je n’ai pas vraiment le droit de questionner. Lorsque je le prend, on se réserve celui de m’ignorer.

J’ai le sentiment, soudainement, que j’en sais presque autant qu’eux sur la façon de diriger cette maison, et ça ne me rassure pas, parce que je suis loin d’en savoir assez. Même si ça ne se limite pas qu’aux parents qu’on m’a refilé cette fois, ça n’a jamais été aussi criant. Parfois, j’ai peur de découvrir qu’ils sont plus irresponsables que moi, dans l’autre pièce, et qu’ils jouent avec des allumettes. La baraque n’est déjà pas des plus solides, mais s’il fallait qu’elle flambe, en plus…

Alors je dors avec la lumière, et je ne laisse pas mes jambes traîner dans le vide. Ce n’est pas tant l’idée que quelque chose d’horrible puisse se cacher sous mon lit qui m’effraie, comme l’impression que les gens chargés de m’en protéger ne sont pas équipés pour faire face au danger…

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