Le franssais sans fôtes

La polémique sur l’affichage en français m’a toujours fait rigoler. Particulièrement lorsque je vois quelqu’un soutenir l’idée de franciser jusqu’aux marques de certaines chaînes étrangères. Je me suis toujours demandé si mon café aurait meilleur goût à la terrasse d’un Seconde Tasse plutôt qu’à celle d’un Second Cup. J’ai comme un doute…

Que l’on se comprenne bien, avant qu’un blaireau ne me traite de pion sur l’échiquier des méchants envahisseurs anglophones. Il est nécessaire que l’affichage se fasse en français au Québec. Que l’on soit servi en français également. Ce débat ne concerne que Montréal, pour commencer. Les unilingues anglophones possédant un commerce à Drummondville ou Québec doivent être assez rares. Ceci dit, si vous êtes montréalais, et frileux sur la question, choisissez votre quartier. Oubliez Westmount et NDG, disons, et votre niveau de contrariété devrait demeurer acceptable.

Ce combat, toutefois, est secondaire, et sert surtout à nous faire dévier du véritable problème…

 La vérité n’est pas agréable à entendre, mais le principal ennemi du français au Québec n’est pas l’anglais. C’est nous. Nous massacrons très bien notre langue sans l’aide d’entreprises venues de l’étranger. La paresse intellectuelle, pratiquement généralisée, fera disparaître ce que le français a de plus beau avant longtemps, sans qu’aucun anglophone ne s’en soit mêlé. Cette allergie à la culture qui est celle d’une bonne majorité de nos concitoyens a beaucoup plus contribué à appauvrir notre langue que toutes les enseignes Second cup de ce monde.

En nivelant par le bas, un peu plus chaque année, pour ne pas que nos pauvres étudiants aient à apprendre les exceptions de leur propre langue, nous déclarons forfait. En écrivant phonétiquement un mot sur deux sur les réseaux sociaux, nous nous rendons. En coupant dans les budgets de la culture et de l’enseignement, nous programmons notre perte. Quand certains de nos enseignants ne maîtrisent même pas la langue dans laquelle ils enseignent, c’est la fin des haricots…

J’ai toujours eu du mal avec les gens qui massacrent le français, mais c’est surtout la mauvaise foi qui m’exaspère. Quand j’amorce ce genre de débat, ce que j’essaie de faire le moins souvent possible, c’est toujours celle-ci qui me fait sortir de mes gonds. Vous remarquerez que ceux qui crient le plus fort, et qui ont le plus peur de l’anglais sont généralement ceux qui ne le parlent pas. La plupart des gens qui ont à cœur d’apprendre une seconde langue maîtrisent habituellement assez bien leur langue maternelle. Ceux qui écrivent et parlent le français n’importe comment sont toujours ceux qui hurlent à l’envahisseur, qui fermeraient nos frontières à tout ceux qui ne parlent pas leur langue et qui te traitent de pédant quand tu leur suggères d’améliorer leur français s’ils veulent effectivement en assurer la survie. Vous n’aurez qu’à lire les commentaires qui suivront immanquablement ce billet…

Les anglophones parlent et écrivent mal, alors pourquoi je me forcerais ? J’ai entendu cet argument si souvent qu’il ne me fait même plus sourciller. À quoi ça me servirait d’écrire sans faute ? Le monde me comprend ! en est un autre qui revient à tour de bras. Je sais, quand j’entends ça, que la discussion est sur le point de se terminer, ou de mal tourner. Il y a différents niveaux de langages ; ça rend la langue plus vivante ! Tout à fait d’accord. Encore faut-il maîtriser plus d’un niveau de langage pour pouvoir avancer cet argument ! C’est lorsque le plus bas niveau devient la norme que c’est inquiétant…

C’est du boulot, d’écrire sans faute. Ça demande du travail, et un minimum d’effort. J’en apprends sur ma langue chaque jour, parce que je cherche à en savoir plus, et c’est cette curiosité qui nous fait défaut, collectivement. Ce désir de bien utiliser une langue aussi complexe que magnifique est absent, chez la grande majorité des gens, et plus encore parmi les générations qui suivent la mienne.

Fais plus québécois ! est la critique qui revenait le plus souvent, de la part des éditeurs, avant que je ne publie mon premier roman. On aurait voulu plus de sacres, un français plus bâtard, pour que les lecteurs s’y reconnaissent. Je m’y suis toujours refusé. J’écris dans un français déjà épuré pour faciliter la lecture, parce que la prose et le thriller se marient bien mal. Même si ce n’était de ce détail, je suis foutrement borné, quand il s’agit de niveler par le bas…

On n’est pas en France ! est l’argument le plus stupide que l’on m’ait balancé sur cette question. Il ne faut pas avoir été en France trop souvent pour dire ça, car nos cousins souffrent des mêmes tares que nous. La langue française demeure la même partout, et qu’elle soit mal utilisée par d’autres ne justifie pas que vous vous y mettiez aussi.

J’ai souvent rigolé du dicton qui avance que seul un Français peut comprendre un autre Français qui parle l’anglais. Dans leur cas, toutefois, c’est une question d’accent. Un jour ou l’autre, si nous continuons sur notre lancée, il n’y aura qu’un Québécois pour en comprendre un autre, alors qu’il parlera français. Ou ce qu’il s’imagine être du français, à tout le moins…

Je vous laisse sur ce commentaire, lu sur internet, à propos de l’affichage en français. J’aimerais vous dire qu’il s’agit d’une exception, de quelqu’un qui se tapait une attaque d’apoplexie au moment de la rédaction ou d’un trait d’humour, mais il était malheureusement assez représentatif de ceux qui le suivaient :

 On devrais toutes les crisser dehors, les compagnie qui veule pas écrire en francais. Ses de même que sa disparait, la langue!

 Ça, ou si on te laisse écrire sans correcteur automatique…

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