On verra ben, Justin…

Cher Justin,

Ça fait un an que j’y réfléchis, et je ne sais toujours pas quoi penser de toi…

Faut que je sois honnête, pour commencer. Je n’ai pas voté pour toi. J’étais traumatisé par le seul mot libéral, certes, mais surtout, dans mon comté, le gars du bloc avait mené une bonne course. Le pauvre vieux est arrivé dernier, sans qu’on puisse trop se l’expliquer. Ta représentante s’est également planté, derrière le NPD. Faut croire qu’on n’est pas trop branché politique, dans mon quartier…

Quand j’ai vu que tu avais gagné, j’ai haussé les épaules. Ni content, ni agacé, et je n’étais quand même pas assez con pour souhaiter le retour des conservateurs. Je n’avais jamais été parmi les haters de ton prédécesseur, mais je ne pouvais pas voter pour un type qui coupait dans la culture depuis le premier jour. Tu avais promis des millions pour la promotion de celle-ci. Je n’ai peut-être pas voté pour toi, mais sur ce coup, je t’ai cru. Un ancien prof, nécessairement, ne peut qu’avoir un bon fond, même s’il a mal tourné…

Ce n’était pas la connexion avec ton père qui me fatiguait, non plus. Je ne partageais peut-être pas ses opinions, mais ton vieux était un type habile, et profondément humain, sous une certaine froideur, absente chez toi. Je ne pensais pas non plus que tu allais être une marionnette pour de vieilles éminences grises du passé. Même si tu avais été une façade pour d’autres intérêts que les tiens, on ne traverse pas un telle campagne sans découvrir qui l’on est, et ce que l’on veut vraiment.

Naturellement, on te forme. Spécialistes de l’image, du discours, du contenu. C’est normal. Ça vient avec la fonction. Le problème, c’est que tu es à ton meilleur quand tu lâches ton script, quand tu parais naturel, même si tu es loin d’être parfait. C’est les petits détails qui plaisent. L’humanité. Quand tu veux prendre le relais de Stephen Harper, être humain est un avantage.

T’as l’air sympathique. Que ça vienne de ton inexpérience, d’un manque de prétention par rapport à ceux qui t’ont précédé, ou simplement d’une bonne nature, ça fait le boulot, pour l’électeur. J’ai l’impression que je pourrais vous inviter, toi et ta femme, pour une bière à la maison. Je ne suis juste pas certain que je devrais avoir ce genre d’impression, concernant mon premier ministre…

C’est peut-être parce que toutes les madames te trouvent donc beau… Ton programme, sur certains points, dépassait de loin celui de tes opposants, mais ton charme a joué pour beaucoup, et c’est peut-être ce qui m’agace, bien que ce soit mineur. Ça, ou le fait que malgré une intelligence supérieure, t’as vraiment plus une tête à ce que je t’appelle Justin que Monsieur le Premier Ministre. On jase pour jaser, là…

C’est juste que les selfies, et les chansonnettes, c’est parfois un peu beaucoup. Chaque fois que ta conjointe chante, je dois me rappeler qu’en politique, le naturel devrait être une vertu, et que j’apparais nécessairement en bedaine sur des photos de gens que je ne connais pas et qui étaient dans le sud en même temps que moi… Je sais bien qu’on ne t’imagine pas te baladant avec une mallette contenant nos codes nucléaires, mais l’électeur moyen tient tout de même à s’assurer que tu ne seras pas sur les pentes, ou une plage, quand la merde nous tombera dessus.

Puis, je me rends compte que si ces photos existent, c’est que t’as été assez sympa pour poser avec des touristes. Le premier ministre d’un des plus grands pays du monde. Awww…

À certains moments, t’as l’air d’un amateur, faut te le dire… En même temps, ça me rassure que tu ne prennes pas la peine de le cacher à chaque fois, parce qu’en fin de compte, tu es un amateur. Comme l’aurait été Mulcair, ou tout nouvel arrivant dans ce fauteuil. En d’autres occasions, comme le soir de ta victoire, tu avais tout ce que j’attends d’un premier ministre. Tu avais de la classe. Assez pour que je me dise qu’un libéral tirant vers la gauche valait mieux qu’un libéral tout court…

C’est peut-être que t’as pas l’air assez méchant… Tu es parfait pour annoncer un investissement, inaugurer un programme de recherche qui sauvera des vies ou promouvoir la fierté canadienne, ce qui est déjà pas mal, crois-moi, mais dans la lutte au terrorisme, je ne peux pas dire que tu me ferais très peur, si j’étais un méchant. Ceci dit, personne ne leur fait peur, alors pour ce que ça change… C’est juste que t’as une tête à embrasser des grand-mères et des bébés pour les photos. Je te vois moins menacer l’Arabie Saoudite de sanctions, c’est tout. Il y a des défauts plus agaçants, t’sais…

Quand je te vois dans des défilés de la fierté LGBT, j’y crois. Pour vrai, alors que je crierais à la manœuvre électorale pour n’importe qui d’autre. J’admire l’implication. Tu rattrapes chaque bourde ou prestation ordinaire par un geste que l’on devine authentique et sans calcul. Je suis sûr qu’il y a eu des conseillers pour te dire d’éviter ce genre d’événement pour ne pas t’aliéner la droite du parti…

Je ne suis pas très people, mais oui, ça fait du bien, un peu de jeunesse, également. Que la première dame soit agréable à regarder ne nuit pas non plus, pour ceux qui ne seraient pas amateur de ses tours de chant. Vous avez l’air vivants. Ça change.

Est-ce que quelqu’un d’aussi jeune aurait pu monter si haut, si vite, sans un nom connu? Sans doute pas, mais puisque tu pouvais, et que tu le souhaitais, pourquoi pas, en effet…

Alors tu vois, je ne suis pas plus avancé. Tu es étonnamment supportable, pour un libéral, et outre ta personnalité, il n’y a personne d’autre, comme tu peux le constater chaque jour. Comme sur la scène québécoise, ton opposition s’est effondrée, ou tes ennemis se sont bouffé le nez entre eux. Il n’y a pas à chercher loin pour voir ce qui se produit quand quelqu’un possédant un moins bon fond que toi profite de l’occasion. Je t’échange pour ton collègue Couillard demain matin, tant que tu veux… Que tu en sois encore à m’intriguer, après plus d’un an, c’est déjà pas mal…

En fait, Justin, je sais ce qui m’embête. T’as l’air honnête, tu vois, et ce n’est pas normal, pour un politicien… Pour un membre du parti libéral encore moins. Ça me gosse qu’entre deux bévues, tu sois arrivé à obtenir mon respect, pour ce qu’il vaut… Encore plus de me dire que le bloc ne valant plus une claque, et qu’aucun adversaire de valeur ne se profilant à l’horizon, je risque de me retrouver à voter pour toi, la prochaine fois.

Je laisse la chance au coureur, et certains ont pris de bien plus mauvais départs. Continue.

Mais je te surveille. Un vote, ça se gagne.

Et arrêtez de chanter, s’il vous plaît!

Ça se pourrait, qu’on ait besoin d’être pris au sérieux, un jour…

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